Mgr Martinelli au symposium interchrétien de Thessalonique : les migrants ont fait de la péninsule arabique un « laboratoire d’Église interculturelle »

mardi, 29 septembre 2026 eglises locales   oecuménisme   inculturation   evangélisation  

Courtesy of Apostolic Vicariate of Southern Arabia

Thessalonique (Agence Fides) - Les flux migratoires mondiaux qui caractérisent notre époque croisent de manière surprenante et mystérieuse les chemins de l’œuvre apostolique.

Ainsi, au cours des dernières décennies, les multitudes de travailleurs immigrés affluant vers la péninsule arabique ont fait de cette région du monde une sorte de « laboratoire » où s'épanouit une Église plurielle et « interculturelle », qui devient également un lieu de rencontre entre les peuples et les cultures. C’est ce qu’a exposé Mgr Paolo Martinelli, Vicaire Apostolique d’Arabie du Sud, dans une intervention détaillée qu’il a consacrée aux transformations provoquées par la mobilité des peuples.

L’intervention de Mgr Martinelli a constitué le discours d’ouverture du XVIIIe Symposium interchrétien de Thessalonique, une initiative œcuménique majeure promue par l’Institut franciscain de spiritualité de l’Université Pontificale « Antonianum » et par le département de théologie de la faculté de théologie orthodoxe de l’Université Aristote de Thessalonique. L’édition de cette année, consacrée à « La foi chrétienne dans un contexte multiculturel », a abordé les transformations d’une société marquée par les migrations.


Le Pape Léon XIV, dans un message adressé aux participants au colloque, a fait remarquer que « dans la société contemporaine, la foi chrétienne ne constitue plus la seule référence culturelle », ce qui « impose aux Églises et aux croyants de repenser la manière d’exprimer et de témoigner de l’Évangile ».

Bartholomée Ier, Patriarche œcuménique de Constantinople, a lui aussi adressé un message au colloque, dans lequel il a rappelé que « le multiculturalisme crée de nouvelles possibilités de communication et de collaboration, mais pose en même temps aux chrétiens la question de savoir comment ils peuvent témoigner de leur foi dans de telles conditions ».

Des processus qui se déroulent « sans nous demander notre avis »

Dans son exposé intitulé « La foi chrétienne dans un contexte multiculturel. Cartographie des enjeux », Mgr Martinelli a rappelé que la mobilité a toujours fait partie de l’histoire de l’humanité, du salut et de l’Église. Mais aujourd’hui, les mouvements et le brassage des peuples se produisent « dans des proportions jamais atteintes auparavant ». Et c’est précisément la péninsule arabique qui constitue un observatoire privilégié pour observer certains effets imprévisibles de ce phénomène historique.

Aux Émirats arabes unis, a rappelé l’Évêque, plus de 90 % de la population est constituée de migrants, et plus de 200 ethnies et nationalités y sont représentées. Même les baptisés qui fréquentent les églises catholiques proviennent de plus d’une centaine de pays et forment une communauté « multiculturelle, multiethnique, multispirituelle ».

Martinelli la définit comme « un laboratoire d’Église interculturelle ». De cette expérience naît une question : comment vivre la différence sans l’effacer et sans la transformer en séparation ? Le Vicaire Apostolique observe que le processus de mélange des cultures ne peut en aucun cas être arrêté : « Il ne s’agit pas d’un choix politique […] mais d’un processus qui se déroule sans nous demander notre permission. Ce processus doit être géré avec sagesse et clairvoyance ».

Ni assimilation, ni « melting pot »

L’exposé de l’Évêque, qui appartient à l’Ordre des Frères Mineurs Capucins, a donc examiné les différentes notions d’« assimilation », de « multiculturalisme » et de « melting pot ». Pour Mgr Martinelli, tous ces modèles s’avèrent insuffisants. La voie à suivre est plutôt celle de l’« interculturalité », entendue comme une ouverture et une disposition à « faire interagir les différences et non à les surmonter ». La référence paradigmatique, pour un regard de foi, est ce qui s’est passé le jour de la Pentecôte : « À la Pentecôte, ce ne sont pas les langues qui sont surmontées, mais c’est l’unité qui se manifeste dans la diversité des langues et des cultures ». Une dynamique qui se décline en trois dimensions : l’inculturation de l’Évangile, l’évangélisation des cultures et l’interculturalité de la foi.

Le « paradigme » de la Pentecôte

L’inculturation – a précisé le Vicaire d’Arabie du Sud – est le processus par lequel la foi en Christ peut rencontrer et s’approprier la culture des peuples ; l’évangélisation de la culture rappelle que l’Évangile interpelle et transforme chaque culture ; l’interculturalité amène les différentes cultures – avec leurs connotations propres – à se rencontrer autour de la même foi. Le point décisif est donc la réciprocité. « L’Église – a reconnu l’Évêque franciscain – ne vit pas de l’autonomie des différentes cultures dans lesquelles elle est présente, mais de la réciprocité féconde des différences culturelles ». Sur cette voie, ce sont précisément les migrations qui marquent et redessinent également le visage des communautés chrétiennes, et l’interculturalité devient une dimension concrète de la vie ecclésiale.

Ainsi, la question posée par Léon XIV et Bartholomée – comment exprimer et témoigner de l’Évangile dans une société multiculturelle – trouve dans la réflexion de Martinelli une perspective : favoriser « l’interaction des différences culturelles autour de l’unique foi chrétienne », en apportant la contribution spécifique de la communauté ecclésiale au service de la coexistence et de la paix.(EG) (Agence Fides 29/9/2026).

Courtesy of Apostolic Vicariate of Southern Arabia

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