Fides News - French (Standard)https://fides.org/Les Dépêches de l'Agence FidesfrLes contenus du site sont publiés sous licence Creative Commons.AFRIQUE/ÉTHIOPIE - Retour des tensions au Tigré : on craint une nouvelle guerre civilehttps://fides.org/fr/news/78236-AFRIQUE_ETHIOPIE_Retour_des_tensions_au_Tigre_on_craint_une_nouvelle_guerre_civilehttps://fides.org/fr/news/78236-AFRIQUE_ETHIOPIE_Retour_des_tensions_au_Tigre_on_craint_une_nouvelle_guerre_civileMekelle – La crainte d’une nouvelle escalade en Éthiopie s’intensifie, après la reprise des combats dans le nord du pays et l’offensive menée par les combattants du Tigré dans les régions voisines d’Afar et d’Amhara. La formation d’une nouvelle alliance de groupes armés, qui a déclaré vouloir renverser le gouvernement du Premier ministre Abiy Ahmed, est également source d’inquiétude.<br /><br />Le 23 septembre, les combattants du Tigré ont pris le contrôle du principal aéroport de Mekelle et se sont affrontés aux forces fédérales dans les régions d’Afar et d’Amhara. Les jours précédents, le Front de libération du peuple du Tigré , parti politique et formation paramilitaire qui a gouverné la région, avait rejoint une nouvelle coalition composée de sept groupes rebelles et créée dans le but déclaré de renverser le gouvernement d’Addis-Abeba.<br /><br />Les forces fédérales ont réagi par des attaques de drones et des opérations terrestres. Parmi les incidents signalés figure également une attaque contre un convoi des Catholic Relief Services chargé de transporter de l'aide alimentaire.<br /><br />La situation humanitaire au Tigré reste particulièrement critique. La région est soumise depuis des mois à un état d’isolement, le gouvernement fédéral limitant l’approvisionnement en carburant et en fournitures médicales et ayant bloqué le versement des salaires des fonctionnaires. Parmi les scénarios redoutés figurent également de nouvelles coupures d’électricité et de communications.<br /><br />Des sources locales font également état de graves dégâts causés aux infrastructures publiques par les combats, avec des répercussions sur les hôpitaux, les écoles et les institutions religieuses.<br /><br />Le Comité international de la Croix-Rouge a annoncé avoir réussi à évacuer du Tigré environ 160 personnes, parmi lesquelles des agents de la police fédérale éthiopienne, des employés d’Ethiopian Airlines et des observateurs de l’Union africaine. Les observateurs s’inquiètent non seulement pour la population du Tigré, mais plus généralement pour la sécurité des civils dans tout le nord de l’Éthiopie.<br /><br />Le 25 septembre, sept groupes armés provenant de différentes régions du pays, dont le TPLF, ont annoncé la création de l’Alliance des forces populaires éthiopiennes pour la survie, déclarant avoir pour objectif la destitution du gouvernement d’Addis-Abeba.<br /><br />Au cours de la même période, le TPLF avait pris le contrôle de trois aéroports, jusqu’alors gérés par la police fédérale. Ethiopian Airlines a donc annoncé la suspension des vols à destination du Tigré « en raison de la situation actuelle ». Le lendemain, les liaisons vers la ville historique de Lalibela ont également été suspendues, en raison des combats dans les zones environnantes. Dans le Tigré, entre-temps, la population a commencé à faire des provisions de denrées alimentaires et d’argent liquide, craignant une nouvelle détérioration de la situation.<br /><br />Le TPLF a gouverné l’Éthiopie de 1991 à 2018, date à laquelle il a été évincé par l’arrivée au pouvoir d’Abiy Ahmed. La rupture qui s’en est suivie entre le gouvernement fédéral et les autorités du Tigré a conduit à la guerre civile qui s’est déroulée entre 2020 et 2022.<br /><br />La reprise des affrontements remet une nouvelle fois en cause l’accord de Pretoria, ou Accord de cessation des hostilités , signé le 2 novembre 2022 sous la médiation de l’Union africaine. Cet accord avait consacré la cessation des hostilités entre le gouvernement fédéral éthiopien et le TPLF, mettant fin à deux ans de guerre.<br /><br />Face à cette nouvelle escalade, le président de la Commission de l’Union africaine, Mahmoud Ali Youssouf, a exhorté le 22 septembre toutes les parties à faire preuve de la « plus grande modération » et à reprendre les pourparlers directs.<br /><br />Pendant le conflit de 2020-2022, le Tigré était resté en grande partie isolé du reste du monde. Les communications avaient été coupées et l'accès à la nourriture, à l'argent liquide et aux médicaments fortement limité, plongeant des centaines de milliers de personnes dans des conditions proches de la famine. Cette nouvelle escalade ravive ainsi la crainte d'une crise humanitaire et d'un conflit de plus grande ampleur dans le nord de l'Éthiopie.<br /><br /> Wed, 30 Sep 2026 13:40:28 +0200L'Évangile porte ses fruits parmi les minorités ethniques des montagnes du Nord-Vietnamhttps://fides.org/fr/news/78234-L_Evangile_porte_ses_fruits_parmi_les_minorites_ethniques_des_montagnes_du_Nord_Vietnamhttps://fides.org/fr/news/78234-L_Evangile_porte_ses_fruits_parmi_les_minorites_ethniques_des_montagnes_du_Nord_Vietnampar Andrew Doan Thanh Phong <br /><br />Păc Năm - Au lieu d’attendre que les habitants viennent à lui, le prêtre Pietro Nguyen Quang Doan va à leur rencontre.<br />La première occasion se présente lorsqu’il va faire ses courses au marché local ; c’est là qu’il noue des relations simples et directes avec les gens, et qu’il peut leur faire savoir que la messe est célébrée le dimanche à l’église. Il se rend ensuite dans les villages pour rendre visite aux familles et nouer des liens d’amitié avec elles, en partageant des conversations quotidiennes et en les écoutant attentivement. Ainsi, le père Pietro fait lui aussi l’expérience, jour après jour, de ce principe fondamental : « pour annoncer l’Évangile, il faut avant tout comprendre la culture locale, faire preuve d’empathie envers la situation des gens et marcher à leurs côtés ».<br /><br />Après des années d’évangélisation, près de 500 personnes appartenant à des groupes ethniques tels que les H’Mông, les Tày, les Dao Rouges et les Sán Chí ont reçu le sacrement du baptême et ont rejoint l’Église catholique.<br />Plus précisément, rien qu’entre 2025 et 2026, plus de 200 personnes issues de groupes ethniques minoritaires vivant dans les montagnes et les forêts de Păc Năm ont été baptisées.<br />Le 4 octobre 2025, la communauté catholique locale a été officiellement élevée au rang de paroisse catholique. Il s’agit d’une petite Église naissante, dirigée par son premier curé, le père Pietro Nguyen Quang Doan, de la Congrégation du Très Saint Rédempteur, située à environ 270 kilomètres au nord du siège épiscopal de Bac Ninh.<br /><br />Il s’agit de l’un des territoires missionnaires les plus reculés et les plus difficiles du diocèse de Bac Ninh ; il s’étend sur une vaste région montagneuse d’environ 473,64 kilomètres carrés, caractérisée par un relief escarpé et vallonné et par un paysage parsemé de nombreux villages éparpillés.<br />La population locale est principalement composée des groupes ethniques Hmong et Tay, ainsi que d’autres communautés ethniques telles que les San Chi et les Dao Rouges, qui tirent principalement leurs moyens de subsistance de l’agriculture, des ressources forestières et de l’élevage.<br /><br />En 2021, peu après son ordination sacerdotale, le père Pietro Nguyen Quang Doan a été nommé vicaire de la paroisse de Bac Kan, où il s’est consacré à la pastorale de la communauté paroissiale et est également devenu responsable des catholiques de Păc Năm.<br /><br />À cette époque, la communauté ne disposait ni d’une église ni d’un terrain pour le centre pastoral ; le père Pietro Doan a donc loué une petite maison de plain-pied qui lui servait à la fois de résidence privée et de lieu où célébrer la messe quotidienne pour une minuscule communauté composée d’à peine cinq familles, des migrants originaires du delta du fleuve Rouge, dans le nord du Vietnam.<br /><br />Au début de l'année 2026, à la grande joie de toute la communauté catholique, l'église de Păc Năm a été inaugurée et est immédiatement devenue un lieu commun de prière, d'enseignement du catéchisme et de célébration de la messe quotidienne, remplaçant ainsi la petite maison de plain-pied utilisée depuis de nombreuses années. De plus, l'église sert également de lieu commun de rencontre culturelle pour des personnes issues de différents groupes ethniques. Les frères et sœurs appartenant à des minorités ethniques viennent généralement ici pour dialoguer entre eux ; ici, les cultures autochtones sont respectées et ils sont eux-mêmes accompagnés dans la culture de leur jeune foi catholique. <br /><br />Le 25 août 2026, Mgr Joseph Do Quang Khang, Évêque du diocèse de Bac Ninh, a effectué une visite pastorale à la paroisse de Păc Năm. Au cours de cette visite, il a inauguré la salle de prière dédiée à saint Gérard, a présidé la bénédiction d’une statue de la Vierge Marie vêtue du costume traditionnel de l’ethnie Hmong et a célébré le sacrement du baptême pour 105 catéchumènes issus de divers groupes ethniques, parmi lesquels les Hmong, les Tay, les Dao Rouges et les San Chi. Les costumes ethniques colorés, associés aux visages illuminés par les sourires doux et sincères des participants à la messe, ont créé une atmosphère enchanteresse, solennelle et accueillante dans cette région missionnaire montagneuse.<br /><br />L'image de la Vierge de Păc Năm, vêtue du costume traditionnel du peuple Hmong, est comme un signe de proximité avec la culture locale et représente l'image de la Mère qui accompagne, protège et guide sans cesse ses enfants vers Jésus. Dans son homélie, Mgr Joseph Do Quang Khang n’a pas pu cacher sa joie de voir ces âmes simples et humbles rejoindre aujourd’hui la famille de notre Église, et il a déclaré : « Le fruit d’aujourd’hui n’est pas seulement le résultat d’un effort humain ; c’est avant tout un don de la grâce de Dieu qui, en silence, a semé, nourri et fait grandir les graines de la foi au milieu de tant de difficultés et d’épreuves. » Après la réception des sacrements, l’évêque a également invité les 105 nouveaux baptisés à continuer à nourrir et à faire grandir leur foi afin de devenir des témoins de l’Évangile au sein de leurs familles, de leurs villages et de leurs communautés locales, dans la simplicité de la vie quotidienne. Leur existence même peut devenir une proclamation tangible et vivante de l’Évangile dans le milieu où ils vivent. .Wed, 30 Sep 2026 13:38:46 +0200Les expériences missionnaires de « Wecare » / II - Quand la mission devient un cheminement de foihttps://fides.org/fr/news/78232-Les_experiences_missionnaires_de_Wecare_II_Quand_la_mission_devient_un_cheminement_de_foihttps://fides.org/fr/news/78232-Les_experiences_missionnaires_de_Wecare_II_Quand_la_mission_devient_un_cheminement_de_foipar Laura Gómez Ruiz<br /><br />Rome – Une expérience missionnaire peut commencer par un geste concret : construire, aider, partager la vie quotidienne avec une communauté. Mais les questions qui surgissent au cours de cette période peuvent ouvrir d’autres voies. Qui suis-je ? Que peut recouvrir le désir que je porte dans mon cœur ? Qu’est-ce qui peut me rendre vraiment heureux ?...<br /><br />Pour les jeunes qui participent aux expériences de Wecare, le service s’accompagne d’un parcours de réflexion qui vise justement à donner de la place à ces questions.<br /><br />Comme raconté dans la première partie de cette histoire , certaines rencontres avec les autres peuvent changer la façon dont on envisage sa propre vie. Et il y a des gestes et des paroles de proximité qui peuvent accompagner les questions qui émergent au cours du voyage.<br /><br />Les racines de Wecare remontent aux premières expériences de volontariat lancées en 2005 au Pérou, tandis que l’association telle qu’elle existe aujourd’hui a vu le jour en 2023, après avoir regroupé les différentes initiatives développées au fil des ans. « Nous ne voulons pas que ce soit simplement une expérience de volontariat », explique Fernando Lozada Baldoceda, initiateur des expériences de volontariat à l’étranger et aujourd’hui directeur de Wecare.<br /><br />Préparer le terrain<br /><br />Parallèlement à un travail concret, l’organisation propose un parcours de réflexion inspiré des valeurs de l’Évangile, sans toutefois les présenter de manière explicite. C’est pourquoi elle le définit comme un parcours de « pré-évangélisation ».<br />Cette proposition part de questions ancrées au plus profond du cœur de chacun concernant son identité, la souffrance, l’amour, l’amitié, le bonheur, la mission et la vocation. « Ce sont des questions qui peuvent amener à s’interroger également sur le surnaturel », observe Fernando. Il ne s’agit donc pas d’offrir des réponses toutes faites, mais de créer un espace dans lequel chaque jeune puisse se confronter à ce qu’il vit et aux questions qui traversent son existence.<br />Le parcours alterne moments de réflexion en communauté et rencontres en petits groupes. « Ce sont des conférences », explique Fernando, mais les jeunes ont ensuite la possibilité de partager et d’échanger entre eux. De plus, la réflexion ne se limite pas à ce qui s’est passé pendant le voyage : les questions interpellent également sur leur propre histoire, leurs choix, leurs relations et leur façon d’envisager la vie.<br />À ce parcours s’ajoute un journal de voyage. Chaque thème est accompagné de textes, notamment issus de la littérature chrétienne, et de questions qui aident à transformer la lecture en une réflexion personnelle. Les contenus sont liés à ce que les jeunes vivent : « L’idée est que le thème ne reste pas déconnecté de l’expérience », explique Fernando.<br /><br />Un accompagnement discret<br /><br />C’est précisément là que la présence du prêtre revêt un rôle particulier. Le père Gonzalo Len Alvarez, vice-recteur de l’église Saint-Paul-à-la-Regola, à Rome, accompagne les jeunes au cours de leurs expériences missionnaires et partage avec eux leur parcours, leur vie quotidienne et leurs moments de réflexion. Pour lui, l’un des éléments fondamentaux de cette initiative est de permettre aux jeunes de parvenir à « la rencontre avec le Christ à travers deux expériences fondamentales : la rencontre avec l’autre et la rencontre avec soi-même ».<br />La première, explique le père Gonzalo, naît de la proximité avec des personnes et des communautés qui vivent des situations différentes des siennes. Le jeune entre en contact avec des histoires qui ne font pas partie de son quotidien et « apprend à vivre le service, la gratuité, la charité et le don de soi », explique le prêtre.<br />C’est de là que peut naître la deuxième rencontre : celle du jeune avec lui-même. Le père Gonzalo explique qu’« il existe également un véritable cheminement intérieur qui invite chacun à se confronter aux grandes questions de la vie : qui suis-je, qu’est-ce qui rend vraiment heureux, pourquoi la souffrance existe-t-elle ou que signifie aimer ? ». Tous les jeunes ne suivent pas le même chemin ni n’aboutissent aux mêmes conclusions. Chacun répond à partir de son histoire et en toute liberté.<br />Pour certains, raconte le père Gonzalo, cette expérience peut signifier « redécouvrir une foi qui s’était éloignée de leur vie ; pour d’autres, trouver une lumière face à une décision importante ou redécouvrir la beauté de la prière et de la vie chrétienne ». Dans certains cas, et ils ne sont pas rares, la rencontre avec le Christ se présente sous un jour nouveau : « Le Christ n’est pas simplement une proposition religieuse, mais la réponse la plus profonde aux désirs du cœur ».<br />Dans ce parcours, la présence d’un prêtre qui partage avec les jeunes l’expérience missionnaire revêt une signification particulière. L’accompagnement ne intervient pas seulement après coup, pour donner un sens à ce qui a été vécu, mais fait partie intégrante du parcours lui-même. Le prêtre participe à l’expérience concrète et peut accompagner les questionnements qui en découlent. La dimension spirituelle n’apparaît donc pas comme un élément ajouté à la fin d’un projet de volontariat, mais est liée à la rencontre avec les personnes, au travail accompli et au regard que chaque jeune porte sur sa propre vie.<br /><br />Pas de réponse toute faite<br /><br />Pour Lozada Baldoceda, c’est aussi la raison pour laquelle ce parcours ne se présente pas comme une simple activité de formation. L’expérience cherche à établir un lien entre ce que le jeune voit à l’extérieur de lui-même et ce qu’il porte en lui. Les textes et les questions du journal intime, les discussions de groupe et l’expérience de service font partie d’un même parcours. L’objectif n’est pas d’offrir des réponses toutes faites. Les questions peuvent ouvrir la voie à un processus que chacun suivra à sa manière et qui peut se poursuivre même après le retour.<br /><br />Le père Gonzalo conclut en expliquant que « c’est précisément dans ces petits et grands changements que je découvre l’esprit missionnaire de l’Église : des jeunes qui, après avoir fait l’expérience de l’amour du Christ et s’être laissés transformer par l’Évangile, ressentent naturellement le désir de partager avec les autres ce qu’ils ont eux-mêmes reçu ». Il ne s’agit pas d’une obligation à ajouter à la fin de l’expérience, mais de la conséquence d’une rencontre qui a laissé une empreinte : celui qui a reçu quelque chose de bon souhaite le communiquer.<br /><br />L’histoire même de Wecare offre un exemple de la manière dont le service peut se poursuivre en prenant différentes formes.<br />Pendant la pandémie, lorsque les voyages prévus ont dû être suspendus, certains jeunes ayant participé aux expériences précédentes ont cherché un autre moyen d’apporter leur aide. C’est ainsi qu’est né « Sosteniamoci », un projet qui a débuté par la collecte de denrées alimentaires et la préparation de colis destinés aux familles dans le besoin de Rome, puis de Milan. Au fil du temps, cette expérience et les initiatives internationales ont convergé vers ce qui est aujourd’hui Wecare.<br /><br />Vingt ans après ces premières expériences au Pérou, le défi reste le même : veiller à ce que la mission ne se résume pas à faire quelque chose pour quelqu’un, mais devienne une rencontre capable de transformer le regard. L’aide concrète compte. Mais ce qui compte aussi, c’est ce qui se passe lorsqu’un jeune se demande ce que signifie pour lui d’avoir rencontré cette personne, d’avoir vu cette réalité et d’avoir partagé son temps avec elle. De la rencontre avec l’autre à la rencontre avec soi-même ; et de là, pour certains, à la rencontre avec le Christ. De ce qui a été reçu peut naître, enfin, le désir de repartir à la rencontre des autres. <br/><strong>Link correlati</strong> :<a href="https://www.wecareprojects.com/esperienze">Lien vers la page Wecare :</a>Wed, 30 Sep 2026 13:27:28 +0200AFRIQUE/BÉNIN - Des familles qui forment les séminaristes missionnaires : des petits pas concrets pour surmonter les conflits et construire la paixhttps://fides.org/fr/news/78233-AFRIQUE_BENIN_Des_familles_qui_forment_les_seminaristes_missionnaires_des_petits_pas_concrets_pour_surmonter_les_conflits_et_construire_la_paixhttps://fides.org/fr/news/78233-AFRIQUE_BENIN_Des_familles_qui_forment_les_seminaristes_missionnaires_des_petits_pas_concrets_pour_surmonter_les_conflits_et_construire_la_paixCalavi – Jeudi 1er octobre débutera, au Centre Brésillac d’Abomey-Calavi, dans l’Archidiocèse de Cotonou, au Bénin, l’année internationale de spiritualité pour 42 séminaristes de la Société des Missions Africaines . Originaires de 12 pays d’Afrique et d’Asie, âgés de 20 à 30 ans, ils ont déjà achevé leurs études de philosophie, obligatoires pour ceux qui se préparent au sacerdoce missionnaire.<br /><br />« Accompagnés par une équipe de cinq formateurs, ils vivront pendant neuf mois une expérience de discernement, à travers des moments d’intériorité, d’écoute de la Parole et de prière, en vue de prendre une décision concernant leur avenir : poursuivre leur vocation en tant que membres de la SMA ou s’orienter vers une autre forme de vie et de service. »<br /><br />Ce témoignage a été transmis à l’Agence Fides par le père Antonio Porcellato qui, après six ans de service en tant que Supérieur général de la SMA, s’est vu confier une nouvelle mission par son successeur, le père François du Penhoat, qui l’a nommé formateur pour un mandat de trois ans, renouvelable.<br /><br />« Je continue à mettre mes compétences au service de la formation initiale des séminaristes, un domaine dans lequel j’ai déjà travaillé de 1989 à 2001 : six ans à Gênes, un an à Calavì et cinq ans à Ibadan, au Nigeria », explique le missionnaire. C’est le père Porcellato lui-même qui lui avait suggéré d’assumer une fonction dans le secteur de la formation. « Je suis en effet convaincu que le discernement et la formation initiale comptent parmi les tâches les plus urgentes pour la SMA d’aujourd’hui, qui connaît un grand essor des vocations en Afrique, une croissance plus modérée en Asie et une présence quasi nulle en Europe et en Amérique. »<br /><br />« Cette année encore, une trentaine de familles béniniennes ont contribué activement à la formation missionnaire des jeunes, en accueillant gratuitement chez elles, pendant tout le mois de septembre, les séminaristes qui ont besoin de perfectionner leur connaissance du français avant le début du programme annuel », poursuit le missionnaire.<br /><br />Chaque matin, les séminaristes se rendent au Centre Brésillac, où ils retrouvent leurs camarades pour les cours de français et prennent leur déjeuner. L’après-midi, chacun retourne dans sa famille d’accueil, où il passe la soirée et la nuit, avant de revenir au Centre le lendemain matin. En général, les familles ont des enfants en âge scolaire : le séminariste interagit et converse naturellement avec eux, participant également aux activités quotidiennes, aux repas et aux moments de prière.<br /><br />« Le groupe des familles qui offrent leur hospitalité existe désormais depuis des décennies et s’est progressivement auto-organisé, en identifiant chaque année les familles disposées à accueillir un séminariste. Dans la lignée de la tradition africaine d’hospitalité, ces familles vivent l’accueil comme une occasion de rencontre et sont heureuses de pouvoir héberger des jeunes venus d’autres pays. C’est ainsi que naissent des relations qui se poursuivent souvent bien au-delà des neuf mois de l’année de spiritualité passée au Bénin.»<br /><br />C’est le cas de Pascaline Assogba, professeure d’université récemment retraitée, qui raconte avec joie l’expérience acquise au cours de vingt ans d’accueil : aujourd’hui, elle peut compter sur une véritable famille élargie dans différents pays africains. « Si je dois me déplacer sur le continent, je retrouve pratiquement dans chaque pays un missionnaire SMA que j’ai accueilli chez moi et qui fait désormais partie de ma famille », raconte-t-elle.<br /><br />Samedi 26 septembre a eu lieu une fête de clôture au cours de laquelle les 24 séminaristes accueillis dans les familles ont exprimé leur gratitude pour l’expérience vécue.<br /><br />Le mois passé au sein d’une famille béninoise, outre qu’il favorise la pratique de la langue française, représente une étape importante dans la formation des futurs missionnaires. Les jeunes sont appelés à s’adapter à des plats qu’ils ne connaissaient pas, à des rythmes de vie différents – comme, par exemple, l’habitude de dîner très tard – et à des formes de dévotion parfois nouvelles pour eux.<br /><br />Il s’agit, en substance, d’une école concrète de proximité, d’interculturalité et de capacité d’adaptation, compétences fondamentales pour ceux qui sont appelés à vivre la mission dans des contextes différents du leur. Cette expérience contribue en outre à créer une connaissance et une confiance réciproques entre des personnes issues de pays et de continents différents, même lorsque ceux-ci sont marqués par des tensions ou des conflits.<br /><br />Ce sont là de petits pas concrets pour surmonter les divisions, tisser des liens et contribuer à la construction de la paix.<br /><br /> <br />Wed, 30 Sep 2026 13:11:58 +0200ASIE/BANGLADESH - Dans la région tribale de Joypurhat, « le nouveau diocèse entre pauvreté et espoir », raconte Mgr Gomeshttps://fides.org/fr/news/78229-ASIE_BANGLADESH_Dans_la_region_tribale_de_Joypurhat_le_nouveau_diocese_entre_pauvrete_et_espoir_raconte_Mgr_Gomeshttps://fides.org/fr/news/78229-ASIE_BANGLADESH_Dans_la_region_tribale_de_Joypurhat_le_nouveau_diocese_entre_pauvrete_et_espoir_raconte_Mgr_Gomespar Paolo Affatato<br /><br />Joypurhat – « Dans la pauvreté et la faiblesse, il y a la Providence de Dieu, il y a Son Esprit qui nous accompagne et nous apporte des dons qui nous surprennent. Nous en faisons l’expérience chaque jour dans la vie de notre communauté à Joypurhat, au nord-ouest du Bangladesh », déclare Paul Gomes, premier Évêque du nouveau diocèse de Joypurhat, créé le 25 mars 2026 par le Pape Léon XIV, issu des territoires des diocèses de Rajshahi et de Dinajpur, en tant que diocèse suffragant de l’archidiocèse métropolitain de Dacca, lors d’un entretien avec l’Agence Fides.<br />« Par exemple – raconte-t-il –, dans ce diocèse tout juste créé, les infrastructures restent à construire. Actuellement, je vis dans l’église paroissiale de Marie, Secours des Chrétiens, à Khanjanpur, confiée aux religieux salésiens, qui fait office de cathédrale. Nous devons concevoir et construire un véritable siège épiscopal et un centre pastoral : il y a beaucoup de bonne volonté, mais nous avons besoin d’aide et nous en recevons déjà beaucoup », déclare l’évêque, qui a pris ses fonctions dans le diocèse en juin dernier.<br /><br />La communauté de Joypurhat compte environ 25 000 fidèles catholiques, répartis dans 13 paroisses, appartenant en grande majorité à des communautés autochtones et tribales, telles que les Santals, les Oraons, les Mahalis, les Mundas et les Paharias, qui caractérisent la population de l’ensemble du territoire de Joypurhat, soit environ 7,7 millions d’habitants.<br />L’Évêque indique que « les fidèles catholiques autochtones de la région comptent parmi les groupes les plus vulnérables socialement du Bangladesh. Ils vivent dans la pauvreté, travaillant principalement comme ouvriers agricoles à la journée ou comme petits agriculteurs. Ils souffrent d’une inégalité et d’une discrimination chroniques dans l’accès aux ressources et à la terre ». Les communautés autochtones de la région, rappelle-t-il, « sont également confrontées à l’analphabétisme, à la vulnérabilité face aux catastrophes naturelles et à la migration vers les villes ou à l’étranger à la recherche d’un emploi ».<br /><br />Dans un contexte géographique et social marqué par de graves difficultés, « la création du diocèse de Joypurhat a suscité un grand espoir chez tous, tant parmi les fidèles que dans les communautés musulmanes et hindoues de la région », souligne-t-il.<br />En effet, « l’Église catholique au Bangladesh est reconnue pour ses œuvres caritatives et pour la qualité de ses services sociaux, offerts sans aucune distinction de caste, de culture ou de religion », rappelle l’Évêque. Ainsi, « à Joypurhat, notre engagement se concentre sur deux axes fondamentaux pour le développement du territoire : créer des écoles accessibles à tous et renforcer les services de santé, en particulier dans les villages périphériques ». L’Église est déjà engagée dans la région à travers des actions dans les domaines de l’éducation, de la santé et des programmes de développement humain, notamment le microcrédit et la formation professionnelle. Ainsi, note l’Évêque, « la communauté catholique favorise l’inclusion sociale et un dialogue interreligieux quotidien qui contribue à désamorcer la violence sectaire qui traverse parfois la société ».<br /><br />L’Évêque tient à souligner un aspect : « Dans un diocèse qui ne compte que 15 prêtres et 18 religieuses, les catéchistes et les laïcs sont des piliers irremplaçables de l’Apostolat et du service social ». « Dans les villages ruraux isolés, la survie même de la foi dépend de leur action quotidienne », reconnaît-il.<br />Dans le nord-ouest du Bangladesh, leur rôle est celui de « gardiens de la foi dans les périphéries », car de nombreux villages autochtones du diocèse se trouvent dans des zones isolées, difficilement accessibles aux prêtres, sauf à quelques occasions par an : « Les catéchistes laïcs vivent en permanence au sein de ces communautés : ils animent la prière dominicale de la Parole, veillent au bon fonctionnement et à l’animation des chapelles en terre et en bambou, assistent les malades et préparent les enfants et les adultes aux sacrements ».<br /><br />« Les catéchistes – observe-t-il – sont, en outre, les acteurs principaux du processus d'inculturation de la foi : étant presque tous membres des tribus locales, ils surmontent les barrières linguistiques et culturelles, traduisent les textes sacrés et les chants dans les langues tribales et intègrent les symboles et les coutumes traditionnelles locales dans les célébrations. Ainsi, les gens perçoivent l'Évangile comme proche de leur identité et de leur vie. »<br /><br />Par ailleurs, sur le plan sociopolitique, les laïcs jouent le rôle de médiateurs et de défenseurs des populations autochtones de Joypurhat, souvent victimes d’expropriations foncières illégales, de discriminations civiles et d’abus en raison de leur vulnérabilité sociale et de l’analphabétisme : « Les laïcs catholiques, souvent formés dans le cadre des programmes diocésains et de Caritas Bangladesh, aident les chefs de village à défendre leurs droits légaux, à protéger leurs biens ancestraux et à dénoncer les violations », explique Mgr Gomes.<br /><br />Compte tenu des grands besoins pastoraux d’une Église naissante, les laïcs coopèrent activement à l’organisation de rencontres pastorales et encouragent les vocations au sacerdoce et à la vie consacrée, en accompagnant les jeunes dans leur cheminement vocationnel, « afin qu’ils soient des acteurs à part entière dans l’Église et dans la société ».<br />Dans le nouveau diocèse, conclut donc l’Évêque, l’évangélisation et la promotion humaine vont de pair, « au sein d’une communauté catholique jeune, pauvre, mais qui a confiance dans le fait que, comme le dit le psaume, le Seigneur achèvera son œuvre ».<br /><br />Wed, 30 Sep 2026 13:01:35 +0200Les Cieux ouverts, la mission de l'Évêque et la grâce d'être un petit troupeauhttps://fides.org/fr/news/78237-Les_Cieux_ouverts_la_mission_de_l_Eveque_et_la_grace_d_etre_un_petit_troupeauhttps://fides.org/fr/news/78237-Les_Cieux_ouverts_la_mission_de_l_Eveque_et_la_grace_d_etre_un_petit_troupeaupar le Cardinal Giorgio Marengo* <br /><br /><br />Roma - Le 29 septembre, Anthony James Corcoran, SJ, a été ordonné évêque sous les voûtes de la basilique Saint-Paul-hors-les-Murs à Rome. Le cardinal Giorgio Marengo, qui a prononcé l’homélie, l’a invité à garder les yeux tournés vers les « choses plus grandes » promises par le Christ, même au milieu des exigences concrètes liées à la conduite de la petite communauté catholique du Kirghizistan. <br /><br />Administrateur Apostolique du pays depuis 2017, Mgr Corcoran entame désormais un nouveau chapitre de son ministère dans ce pays. Avec l’autorisation du cardinal Marengo, nous publions ci-dessous son homélie traduite de l'anglais.<br /><br /><br />§§§<br /><br />« Vous verrez le ciel s’ouvrir… ».<br /><br />Au Kirghizistan — comme en Mongolie et dans les pays d’Asie centrale —, le ciel s’étend à perte de vue à l’horizon. Il semble presque plus réel que le sol même sous nos pieds. <br /><br />Pour ces peuples, le ciel éternel — Tengri — est l’élément déterminant de leur spiritualité ancestrale et de leur relation avec Dieu. Or, en Christ, ce ciel s’est ouvert et reste ouvert, nous permettant de contempler Dieu fait homme et d’entrer dans une relation unique et personnelle avec Lui. Un accès nouveau et définitif au Dieu trinitaire est désormais ouvert à tous, en Jésus-Christ.<br /><br />Ce don du salut en Christ nous parvient sous une forme sacramentelle — c’est-à-dire par l’intermédiaire de Celle que le Christ a unie à Lui-même en tant qu’Épouse : la Sainte Église. Comme l’a rappelé le Concile Vatican II : « L’Église est en Christ comme un sacrement, c’est-à-dire un signe et un instrument à la fois d’une union très étroite avec Dieu et de l’unité de toute l’humanité » . Le Saint-Père Léon XIV a récemment réaffirmé cette vérité, en soulignant que l’Église « ne s’identifie pas parfaitement au Royaume de Dieu, mais en est la semence et le commencement, car son accomplissement ne sera accordé à l’humanité et au cosmos qu’à la fin ; […] elle ne se proclame pas elle-même ; au contraire, tout en elle doit renvoyer au salut en Christ ».<br /><br />C’est précisément pour cette raison que le Saint-Père lui-même — en tant que successeur de saint Pierre et soucieux du bien du Peuple de Dieu au Kirghizistan — a voulu que leur Ordinaire soit un évêque, partageant ainsi le charisme des Apôtres, auxquels la transmission de la foi à travers les générations et dans le monde entier est inextricablement liée. C’est donc un jour de grande fête pour l’Église au Kirghizistan et pour toute la Conférence épiscopale d’Asie centrale, heureusement représentée ici par plusieurs de ses membres.<br /><br />Nous sommes tous étroitement rassemblés autour de vous, cher évêque élu Anthony, en contemplant comment le Seigneur vous a guidé jusqu’à ce jour. En effet, l’Évangile qui vient d’être proclamé nous rappelle à quel point nous sommes connus et aimés par le Christ : « Avant que Philippe ne t’appelle, je t’ai vu sous le figuier. »<br /><br /> Nathanaël était un homme érudit — une allusion sans doute contenue dans l’image du figuier, qui était associé à l’arbre de la Loi — et versé dans la pratique religieuse. Il en va de même pour vous, cher Anthony, avec vos diplômes en sciences politiques et en théologie, ainsi que la vaste expérience apostolique acquise au cours de plus de quarante ans de vie religieuse et missionnaire. Pourtant, toi comme chacun d’entre nous, nous découvrons que la connaissance que le Christ a de nous est bien plus grande et précède nos propres efforts. <br /><br />Tu l’as suivi au sein de la Compagnie de Jésus, en exerçant ton ministère en Fédération de Russie – notamment en Sibérie – en tant que supérieur provincial, recteur du petit séminaire de Novossibirsk, curé et vicaire général de ce même diocèse ; puis au Kirghizistan, où tu as exercé ton ministère pendant plusieurs années.<br />Aujourd’hui, une nouvelle étape de votre suite du Christ s’ouvre à vous alors que vous rejoignez le collège des Apôtres.<br /><br />Être connu et aimé si profondément par le Seigneur nous ouvre à la connaissance et à la contemplation de choses « plus grandes ». Un évêque est un disciple du Seigneur au regard pénétrant — celui qui choisit chaque jour de lever les yeux vers des « choses plus grandes » et conduit ainsi le peuple qui lui est confié vers le Seigneur. <br /><br />Le ministère épiscopal — en particulier sous sa forme actuelle, au milieu des complexités d’un monde en mutation rapide et dans le contexte d’une Église encore jeune comme celle du Kirghizistan — implique de gérer quotidiennement des questions pastorales très concrètes : les infrastructures, les projets et les initiatives. <br /><br />Nous savons, par exemple, que vous supervisez la construction de la cathédrale de Bichkek, tout en entretenant de bonnes relations avec les autorités locales et en menant de nombreuses autres initiatives. Pourtant, l’évêque s’occupe de toutes ces questions non pas en tant que PDG d’une entreprise, mais en tant qu’homme de Dieu — pleinement conformé au Christ, le Bon Pasteur — qui sait constamment lever son regard et son cœur vers Dieu.<br /><br />Le lieu choisi pour cette liturgie solennelle nous rappelle avec force cette vérité fondamentale : être conformé au Christ — à l’instar de saint Paul, qui est allé jusqu’à donner sa vie pour Lui, témoignage suprême de fidélité et d’abnégation. « Ce n’est plus moi qui vis, c’est le Christ qui vit en moi » . <br /><br />Ici, juste sous l’autel de la Confession, sont conservées, pour la vénération des fidèles, les chaînes qui, selon la tradition, auraient entravé le corps de saint Paul pendant son emprisonnement à Rome. Grand apôtre parce qu’il était un grand contemplatif, Paul était conscient d’avoir reçu un don surnaturel et que la proclamation de l’Évangile était avant tout une affaire spirituelle — au sens le plus profond du terme —, avec le Saint-Esprit comme protagoniste et le serviteur de l’Évangile comme un homme transfiguré par l’intimité avec le Christ Seigneur. <br /><br />Cela vaut également pour vous aujourd’hui, cher évêque élu Anthony, alors que vous entamez votre ministère épiscopal. Celui-ci portera d’autant plus de fruits que vous serez le premier à accueillir en vous-même la grâce que vous êtes ensuite appelé à répandre sur ceux qui vous entourent.<br /><br />Aujourd’hui, nous prenons part à une liturgie riche en signes évocateurs : au-delà des textes de la prière de l’Église — reçus et transmis selon une chaîne ininterrompue remontant aux premiers temps de la communauté apostolique —, nous retrouvons des gestes anciens et solennels, tels que l’onction sacrée, la prosternation de l’élu et le Livre des Évangiles ouvert au-dessus de sa tête ; puis les insignes épiscopaux : l’anneau, la mitre et la crosse pastorale. Telle est la beauté de la Sainte Liturgie, ici préservée et cultivée par la communauté bénédictine.<br /><br />Tout témoigne d’un don surnaturel qui vous unit, cher Mgr Anthony, au Collège des Apôtres et vous donne la force — par la grâce qui vous a été accordée — de guider dans la foi le saint peuple de Dieu, en particulier celui du Kirghizistan. Comme le pape François nous l’a rappelé, à nous les Ordinaires d’Asie centrale, lors de sa visite apostolique au Kazakhstan en 2022 :<br /><br />« L’Évangile dit qu’être “petit”, pauvre en esprit, est une bénédiction, une béatitude, et même la première des béatitudes . Car dès lors que nous reconnaissons notre petitesse, nous pouvons nous en remettre humblement à la puissance de Dieu, qui nous enseigne à ne pas fonder notre activité ecclésiale sur nos propres capacités. C’est là une grâce ! » Il a ensuite poursuivi en décrivant la réalité de nos Églises particulières : « Je le répète : il y a une grâce cachée à être une petite Église, un petit troupeau, car au lieu de faire étalage de nos forces, de notre nombre, de nos structures et d’autres choses qui sont importantes d’un point de vue humain, nous pouvons nous laisser guider par le Seigneur et nous rapprocher humblement des autres. Sans rien posséder et pauvres en tout, marchons avec simplicité aux côtés de nos sœurs et frères, en apportant la joie de l’Évangile dans les situations de la vie quotidienne. Tels le levain dans la pâte et la plus petite des graines semées en terre , puissions-nous nous immerger dans les événements joyeux et douloureux de la société dans laquelle nous vivons, afin de la servir de l’intérieur ».<br /><br />Quelques heures à peine plus tôt ce jour-là, cher Mgr Anthony, vous aviez rencontré le Saint-Père en compagnie de vos confrères jésuites ; la photo du pape François coiffé du chapeau traditionnel du Kirghizistan avait déjà fait le tour du web… En effet, notre service en Asie centrale favorise le dialogue avec la société et enrichit l’Église universelle des dons uniques des peuples avec lesquels nous cheminons dans la foi.<br /><br />Chers frères et sœurs, laissons-nous donc entraîner et interpeler par les mystères que nous célébrons — enveloppés de la lumière et de la vie du Ressuscité — alors que notre frère Anthony rejoint le Collège apostolique. Prions pour lui, afin que cette nouvelle étape de sa vie qui commence aujourd’hui soit toujours placée sous la protection des Archanges et de la Reine des Apôtres et des Anges — la Bienheureuse Vierge Marie, la Mater Domini si chère à saint Ignace de Loyola. C’est devant cette image même que l’on peut dire que la Compagnie de Jésus est véritablement née. Nous vous confions, Votre Excellence, à la Vierge Marie — dont vous continuerez d’être un fils dévoué, en diffusant son message de consolation et de joie évangélique.<br /><br />Cardinal Giorgio Marengo<br /><br /><br /><br />* Préfet Apostolique d'Oulan-BatorWed, 30 Sep 2026 12:56:32 +0200ASIE/KIRGHIZISTAN - « Le destin du troupeau est mon destin » : le parcours missionnaire de Mgr Anthony Corcoranhttps://fides.org/fr/news/78228-ASIE_KIRGHIZISTAN_Le_destin_du_troupeau_est_mon_destin_le_parcours_missionnaire_de_Mgr_Anthony_Corcoranhttps://fides.org/fr/news/78228-ASIE_KIRGHIZISTAN_Le_destin_du_troupeau_est_mon_destin_le_parcours_missionnaire_de_Mgr_Anthony_Corcoranpar Marie-Lucile Kubacki<br /><br />Biškek - Aujourd’hui, 29 septembre, le Cardinal Giorgio Marengo impose les mains sur la tête du père Anthony Corcoran, jésuite d’origine américaine, pour le consacrer Évêque. Il est ainsi confirmé par le chrême de la succession apostolique dans la mission qu’il exerce depuis près d’une décennie : celle de pasteur de quelques centaines de catholiques dispersés dans un pays à majorité musulmane d’Asie centrale, le Kirghizistan.<br />Quand on lui demande comment il en est arrivé là, il sourit avant de répondre. « J’adore cette question : comment un garçon du Texas a-t-il pu devenir Évêque du Kirghizistan ? Cela ne peut être que le mystère de la Providence divine. Je pense que chaque pas que nous faisons s’inscrit dans un plan plus vaste pour nos vies. Lorsque nous essayons de Lui dire oui et de nous en remettre à Lui, Il nous guide vers la prochaine étape », a-t-il confié à l’Agence Fides, alors qu’il participait au cours de formation pour les nouveaux évêques organisé par le Dicastère pour l’Évangélisation.<br /><br />Ce jeune homme originaire du Texas est en réalité né en Arizona, le 19 avril 1963, à Tucson. Comme l’indiquent les profils publiés par le diocèse de Tucson, ses deux parents étaient originaires de Bisbee, dans le comté de Cochise, et deux de ses grands-parents étaient eux-mêmes natifs du sud de l’Arizona. Il a été baptisé à l’église Saint-André, à Sierra Vista, avant que sa famille ne déménage au Texas alors qu’il était encore enfant.<br />Dans les souvenirs de famille qu’il a évoqués lors d’une précédente interview publiée par le diocèse, la foi faisait partie intégrante du quotidien, indissociable d’une communauté composée de personnes d’origines et de confessions diverses. Le meilleur ami de son père, un catholique polono-américain pratiquant, est devenu l’un des premiers témoignages concrets de cette foi. Corcoran se souvient également de l’admiration que ses parents portaient à leurs voisins mexicains catholiques : non pas pour se plier à une quelconque leçon abstraite de cohabitation, mais en reconnaissance de la générosité et de la dignité avec lesquelles ces voisins vivaient leur foi. <br /><br />Cette expérience précoce d’une région frontalière pluraliste et accueillante allait le marquer à jamais. Cependant, la prêtrise ne faisait pas partie de ses projets. Pas au début. « J’avais entrepris des études qui n’avaient rien à voir avec la prêtrise », se souvient-il dans une interview accordée à Fides. « Je fréquentais une université où enseignaient des jésuites et c’est là que j’ai fait leur connaissance. Je ne me considérais pas comme un jésuite jusqu’à la fin de mes études, quand ils nous ont invités à faire les Exercices spirituels. Je suis tombé amoureux d’Ignace, des Exercices, et de l’idée de devenir missionnaire. »<br /><br />En Sibérie, après l'effondrement de l'URSS<br /><br />Anthony Corcoran est entré dans la Compagnie de Jésus à Grand Coteau, en Louisiane, en 1985. Derrière cette décision se cachait quelque chose de plus ancien, quelque chose qu’il avait appris à genoux lorsqu’il était enfant. « C’est là que je suis entré au noviciat. J’avais toujours rêvé de devenir missionnaire. Enfants, nous priions chaque jour trois Je vous salue Marie pour la conversion de la Russie, comme l’avait demandé Notre-Dame de Fatima. Je crois que cela a permis à Marie d’entrer dans mon cœur et dans mon âme, pour me préparer à aller vers ces personnes. »<br /><br />Il a obtenu une licence en sciences politiques à l’université Marquette, un master en développement politico-économique international à Fordham, puis une licence et un doctorat en théologie sacrée à la Weston Jesuit School of Theology. Il a été ordonné prêtre le 8 juin 1996 au Spring Hill College de Mobile, en Alabama. À ce moment-là, l’histoire avait déjà exaucé, à sa manière, la prière de son enfance. « Lorsque j’étais prêt pour l’ordination sacerdotale, l’Union soviétique venait de s’effondrer et saint Jean-Paul II avait demandé que des prêtres se rendent dans cette région. Ma communauté m’a envoyé en Russie, d’abord en Sibérie. De là, j’ai découvert le Kirghizistan, où j’ai ensuite été affecté », raconte-t-il à Fides.<br />Il passera plus de vingt ans en Russie en tant que Vicaire Général à Novossibirsk, puis comme supérieur majeur de la région russe des jésuites à Moscou, où il a prononcé ses vœux perpétuels en 2002. En 2017, le Pape François l’a nommé Administrateur Apostolique du Kirghizistan.<br /><br />En repensant à tout ce parcours, il rejette les explications simplistes. « Bien sûr », affirme-t-il, « tout cela est l’œuvre de la Providence divine : lorsque nous essayons de dire oui à une étape, aussi imparfaitement que nous le fassions, cette étape nous mène quelque part. Il n’est pas si important pour nous de savoir exactement où et comment. Ce qui compte, c’est de savoir avec qui : avec Dieu. C’est ainsi que je suis arrivé au Kirghizistan ».<br /><br />À la frontière avec la Chine<br /><br />Au Kirghizistan, un pays de plus de sept millions d’habitants situé à la frontière avec la Chine, les catholiques ne sont que quelques centaines, explique Corcoran. Le Pape François a trouvé les mots justes pour le décrire. « L’Église au Kirghizistan est charmante », déclare le père Corcoran à Fides. « Elle est minuscule. Le Pape François a qualifié l’Église d’Asie centrale et de Mongolie de « jeune pousse ». Car nous sommes un petit troupeau ».<br /><br />La germe parmi les déportés<br /><br />Leur histoire commence en exil. « Leurs familles ont été envoyées en Asie centrale et en Sibérie pendant la guerre, par Joseph Staline. C'est surtout avec leurs enfants et leurs petits-enfants que nous avons travaillé, depuis la fin de l'Union soviétique. » Puis, dès que la communauté a retrouvé un ancrage, elle a commencé à se vider. « La grande majorité de ces personnes a émigré à l’étranger : il n’est pas du tout exagéré d’affirmer que peut-être quatre-vingt-dix-huit, voire quatre-vingt-dix-neuf pour cent de notre population catholique est partie. Nous espérons, si Dieu le veut, que les bases qu’elles ont reçues dans la foi leur permettront de les transmettre ailleurs. J’ai entendu dire, dans les paroisses où ils se sont installés — en Allemagne, en Russie —, que les personnes venues du Kirghizistan étaient souvent très pieuses. Cela faisait partie du plan de Dieu. »<br /><br />Ce qui reste est modeste à tous égards, et il ne prétend pas le contraire. Neuf prêtres exercent leur ministère dans tout le pays. Les prières sont récitées principalement en russe ; certains prêtres, dont lui-même, apprennent le kirghize. Quelques jeunes d’origine kirghize assistent désormais à la messe, aux côtés de la communauté hétérogène qui subsiste. Et pourtant, il y voit une source de joie. « C’est un très beau témoignage d’espoir, le fait que Jésus ait son Église ici, là où Il le veut — peut-être pour la prochaine génération, ou peut-être, si nous restons fidèles, verrons-nous ses fruits dès cette génération. C’est son œuvre. En tant qu’Évêque, je comprends que parfois les gens disent que je suis le chef, mais en réalité j’espère être un fidèle collaborateur à ses côtés. C’est ainsi que nous concevons notre petite communauté. »<br /><br />Des terres et des peuples unis par la Route de la Soie<br /><br />Il parle des Kirghizes eux-mêmes avec l’attention de quelqu’un qui a passé des années à observer un peuple de l’intérieur, avec foi et une grande intelligence émotionnelle. « L’histoire du peuple kirghize est récente par rapport à celle de nombreuses autres cultures du monde, mais il possède sans aucun doute un sens de sa propre identité, ainsi que la dignité de cette identité et la fierté qui en découle, dans le sens positif du terme. En même temps, grâce à leur culture, ils sont plutôt ouverts aux autres peuples. Cette région faisait partie de la Route de la Soie, et celle-ci a pu exister en partie grâce à des peuples comme les Kirghizes. Quelqu’un a fait remarquer avec beaucoup de perspicacité que les Kirghizes n’aiment généralement pas le fanatisme. Ils prennent la vie telle qu’elle est, centrée sur la manière dont la nature se manifeste, sur la manière dont Dieu agit, sur la manière dont sont leurs familles. Je pense que ce sont là des vertus naturelles : Dieu les donne à un peuple qui les développe, pour construire sa propre société, pour rencontrer Dieu de la manière dont Il le souhaite ».<br />Il revient spontanément sur une leçon tirée de ses années passées à l’école catholique. « Quand j’étais enfant à l’école catholique, on nous enseignait qu’une vertu est comme un muscle : un don de Dieu. Sans elle, nous ne pourrions rien faire, nous ne pourrions pas bouger. Mais ensuite, c’est presque entièrement à nous qu’il revient de la développer chaque jour. Un muscle se développe plus efficacement lorsqu’une force opposée s’y oppose : il peut même s’affaiblir, pour ensuite se renforcer à nouveau. C’est ce que je constate chez les Kirghizes et les peuples d’Asie centrale : une hospitalité, une ouverture et, en même temps, une conscience de qui ils sont, de leur identité. C’est là un trait caractéristique des gens d’ici. »<br /><br />Appartenir au Christ, en faisant partie de son peuple<br /><br />Devenir leur Évêque, dit-il, n’est pas un titre conféré par une communauté quelconque. C’est quelque chose de tout à fait différent. « L’appel au sacerdoce, ou à l’épiscopat, vient de Jésus-Christ lui-même », assure-t-il. « Ce n’est pas quelque chose qu’une communauté nous donne. Et pourtant, comme toute spiritualité qui s’incarne, la spiritualité de l’Évêque s’incarne en des personnes spécifiques, à un moment précis, dans des circonstances particulières. Dieu le sait. Il sait tout et choisit de faire coïncider les choses. Quand Dieu choisit l’Évêque, Il choisit aussi les personnes ; cette relation est scellée par Son amour pour elles et par leur bonté. Nous appartenons tous à Jésus-Christ, et je pense que cela se fait de manière concrète : nous Lui appartenons à travers des personnes concrètes, des lieux concrets, des moments concrets. Comme Il le dit Lui-même, c’est Lui qui nous a appelés, ce n’est pas nous qui L’avons appelé. »<br /><br />Tous les noms des membres de son petit troupeau<br /><br />C’est une affirmation qu’il a mise en pratique dans sa propre vie, et pas seulement en paroles. Il a récemment obtenu la nationalité kirghize et est désormais un citoyen local. « Être évêque ne fait que le confirmer davantage. On s’engage totalement. Obtenir la nationalité me semble donc tout à fait naturel. Le destin du troupeau est mon destin. Je ne serai jamais un des leurs, mais je peux faire mien tout ce qui est à eux, afin que, je l’espère, je puisse devenir l’un des leurs, et qu’ils soient dans mon cœur. » Il a connu des paroisses bondées. Aujourd’hui, il connaît presque tout le monde par son nom.<br /><br />« Lorsque j’ai été ordonné pour la première fois, alors que j’étais encore aux États-Unis et que je terminais ma préparation en vue de venir en Russie, je me trouvais dans une paroisse qui comptait des centaines et des centaines de fidèles, où plusieurs messes étaient parfois célébrées en même temps. Aujourd’hui, arriver dans un endroit où se trouvent plusieurs centaines de catholiques est vraiment émouvant ». Corcoran affirme avoir interprété la décision du Pape Léon XIV comme un signe indiquant que, même s’ils sont très peu nombreux là-bas, ils devraient avoir leur propre pasteur, un Évêque.<br /><br />L'avantage d'être petit<br /><br />« Pour moi, c’est très émouvant de connaître personnellement presque tous les catholiques, de faire partie de leur vie. Bien sûr, nous prions pour que les gens se rapprochent de Jésus-Christ et que l’Église grandisse. » La petitesse, pour lui, n’est pas un problème à résoudre. C’est une forme que la mission a toujours revêtue.<br />« Être missionnaire et être du coin, sans y être né, sans être autochtone, mais, espérons-le, bien ancré, cela signifie être missionnaire comme toujours, tout comme tous ceux qui sont missionnaires, même lorsqu’ils restent dans la ville où ils sont nés. Car la mission ne concerne pas exclusivement le territoire ou la géographie, même si ceux-ci font partie du lieu où elle s’incarne. La mission concerne le territoire des cœurs, des esprits et des âmes. »<br /><br /> Au cours de notre visite ad limina, et à d’autres occasions, le Pape François a répété que, pour Dieu, le petit n’est pas un problème, mais une possibilité, une opportunité. Pensons à la première communauté de Bethléem : combien ils étaient peu nombreux, et combien ils étaient précieux ! Son plan est là, pour chaque personne, qu’elle le connaisse ou croie en Lui, ou qu’elle se retrouve un jour en sa présence et ait pour mission de le connaître, de l’aimer et de le faire connaître. Faire partie d’une petite communauté est pour moi une véritable joie et une consolation — et en même temps un défi. Un jour, puisse notre Église s’agrandir et accueillir davantage de personnes. Et en même temps, que ce noyau qui est là aujourd’hui demeure. Dieu œuvre à travers son petit reste. »<br /><br />Le petit reste<br /><br />Deux souvenirs sont à la base de tout ce en quoi il croit concernant ce petit reste. Le premier est récent et si petit qu’il tient dans la main. « Il y a une histoire que j’adore », se souvient-il avec un sourire. « Un vendredi, dans une petite ville où je me trouvais, un jeune garçon est sorti de la mosquée. J’étais habillé en prêtre. De toute évidence, il avait entendu parler de nous à l’école. Il portait une casquette. Il s’est approché de moi, m’a regardé avec une innocence totale, de la curiosité et un véritable respect, et m’a dit : “Tu es un disciple du Christ.” Il ne parlait pas russe et ne connaissait pas le mot “disciple” en kirghize — je crois qu’il était simplement intrigué, comme s’il n’en avait jamais rencontré un, ou s’il n’avait jamais pensé à poser la question à quelqu’un. Je me souviens avoir été très ému, en pensant : quelle grâce de pouvoir répondre oui. Quelle grâce, quand les gens peuvent venir vers nous et nous regarder avec curiosité, scepticisme ou espoir — mais quels mots plus grands pourrions-nous jamais entendre, et laisser pénétrer dans nos cœurs, si ce n’est ces mots : « Es-tu un disciple du Christ ? » J’espère, tout au long de ma vie, pouvoir être reconnu comme une personne — comme un disciple du Christ. »<br /><br />Dans un signe de croix, toute la foi de nos grands-mères déportées<br /><br />Le deuxième souvenir est plus ancien et remonte à une époque où je n'avais même pas encore mis les pieds au Kirghizistan. « Dans les années 90, lorsque je suis arrivé pour la première fois en Sibérie, il m'arrivait parfois de me rendre en Asie centrale. J’étais toujours frappé lorsque je rencontrais des personnes qui se disaient catholiques. Les grands-mères, les babouchkas, avaient été arrêtées en 1937, en 1941, puis envoyées en Sibérie et en Asie centrale. C’est en grande partie grâce à cela que, par la Providence, l’Église existe aujourd’hui en tant qu’institution. Je me souviens d’avoir rencontré des personnes qui n’avaient jamais vu de prêtre, mais qui étaient fermement convaincues d’être catholiques. Je leur demandais : « Que signifie être catholique, si vous n’êtes jamais allés à la messe, si vous n’avez jamais reçu aucun sacrement à part le baptême ? » Certains avaient été baptisés par leurs grands-mères. Je leur demandais : « Que savez-vous de ce que signifie être catholique ? Comment avez-vous conservé votre foi ? » Il y avait trois choses qui unissaient ces personnes, même si les réponses étaient aussi nombreuses qu’il y avait de personnes. L’une d’elles nous semble très simple : elles savaient faire le signe de croix, tout comme nous. Elles me le montraient avec une telle dévotion que j’en suis encore ému aujourd’hui quand j’y repense.<br /><br />Aujourd'hui, 29 septembre, avec ces images profondément gravées dans son âme, Anthony Corcoran dit à nouveau « oui ».Tue, 29 Sep 2026 11:51:51 +0200Mgr Martinelli au symposium interchrétien de Thessalonique : les migrants ont fait de la péninsule arabique un « laboratoire d’Église interculturelle »https://fides.org/fr/news/78227-Mgr_Martinelli_au_symposium_interchretien_de_Thessalonique_les_migrants_ont_fait_de_la_peninsule_arabique_un_laboratoire_d_Eglise_interculturellehttps://fides.org/fr/news/78227-Mgr_Martinelli_au_symposium_interchretien_de_Thessalonique_les_migrants_ont_fait_de_la_peninsule_arabique_un_laboratoire_d_Eglise_interculturelleThessalonique - Les flux migratoires mondiaux qui caractérisent notre époque croisent de manière surprenante et mystérieuse les chemins de l’œuvre apostolique.<br /><br />Ainsi, au cours des dernières décennies, les multitudes de travailleurs immigrés affluant vers la péninsule arabique ont fait de cette région du monde une sorte de « laboratoire » où s'épanouit une Église plurielle et « interculturelle », qui devient également un lieu de rencontre entre les peuples et les cultures. C’est ce qu’a exposé Mgr Paolo Martinelli, Vicaire Apostolique d’Arabie du Sud, dans une intervention détaillée qu’il a consacrée aux transformations provoquées par la mobilité des peuples.<br /><br />L’intervention de Mgr Martinelli a constitué le discours d’ouverture du XVIIIe Symposium interchrétien de Thessalonique, une initiative œcuménique majeure promue par l’Institut franciscain de spiritualité de l’Université Pontificale « Antonianum » et par le département de théologie de la faculté de théologie orthodoxe de l’Université Aristote de Thessalonique. L’édition de cette année, consacrée à « La foi chrétienne dans un contexte multiculturel », a abordé les transformations d’une société marquée par les migrations.<br /><br /><br />Le Pape Léon XIV, dans un message adressé aux participants au colloque, a fait remarquer que « dans la société contemporaine, la foi chrétienne ne constitue plus la seule référence culturelle », ce qui « impose aux Églises et aux croyants de repenser la manière d’exprimer et de témoigner de l’Évangile ».<br /><br />Bartholomée Ier, Patriarche œcuménique de Constantinople, a lui aussi adressé un message au colloque, dans lequel il a rappelé que « le multiculturalisme crée de nouvelles possibilités de communication et de collaboration, mais pose en même temps aux chrétiens la question de savoir comment ils peuvent témoigner de leur foi dans de telles conditions ».<br /><br />Des processus qui se déroulent « sans nous demander notre avis »<br /><br />Dans son exposé intitulé « La foi chrétienne dans un contexte multiculturel. Cartographie des enjeux », Mgr Martinelli a rappelé que la mobilité a toujours fait partie de l’histoire de l’humanité, du salut et de l’Église. Mais aujourd’hui, les mouvements et le brassage des peuples se produisent « dans des proportions jamais atteintes auparavant ». Et c’est précisément la péninsule arabique qui constitue un observatoire privilégié pour observer certains effets imprévisibles de ce phénomène historique.<br /><br />Aux Émirats arabes unis, a rappelé l’Évêque, plus de 90 % de la population est constituée de migrants, et plus de 200 ethnies et nationalités y sont représentées. Même les baptisés qui fréquentent les églises catholiques proviennent de plus d’une centaine de pays et forment une communauté « multiculturelle, multiethnique, multispirituelle ».<br /><br />Martinelli la définit comme « un laboratoire d’Église interculturelle ». De cette expérience naît une question : comment vivre la différence sans l’effacer et sans la transformer en séparation ? Le Vicaire Apostolique observe que le processus de mélange des cultures ne peut en aucun cas être arrêté : « Il ne s’agit pas d’un choix politique […] mais d’un processus qui se déroule sans nous demander notre permission. Ce processus doit être géré avec sagesse et clairvoyance ».<br /><br />Ni assimilation, ni « melting pot »<br /><br />L’exposé de l’Évêque, qui appartient à l’Ordre des Frères Mineurs Capucins, a donc examiné les différentes notions d’« assimilation », de « multiculturalisme » et de « melting pot ». Pour Mgr Martinelli, tous ces modèles s’avèrent insuffisants. La voie à suivre est plutôt celle de l’« interculturalité », entendue comme une ouverture et une disposition à « faire interagir les différences et non à les surmonter ». La référence paradigmatique, pour un regard de foi, est ce qui s’est passé le jour de la Pentecôte : « À la Pentecôte, ce ne sont pas les langues qui sont surmontées, mais c’est l’unité qui se manifeste dans la diversité des langues et des cultures ». Une dynamique qui se décline en trois dimensions : l’inculturation de l’Évangile, l’évangélisation des cultures et l’interculturalité de la foi.<br /><br />Le « paradigme » de la Pentecôte<br /><br />L’inculturation – a précisé le Vicaire d’Arabie du Sud – est le processus par lequel la foi en Christ peut rencontrer et s’approprier la culture des peuples ; l’évangélisation de la culture rappelle que l’Évangile interpelle et transforme chaque culture ; l’interculturalité amène les différentes cultures – avec leurs connotations propres – à se rencontrer autour de la même foi. Le point décisif est donc la réciprocité. « L’Église – a reconnu l’Évêque franciscain – ne vit pas de l’autonomie des différentes cultures dans lesquelles elle est présente, mais de la réciprocité féconde des différences culturelles ». Sur cette voie, ce sont précisément les migrations qui marquent et redessinent également le visage des communautés chrétiennes, et l’interculturalité devient une dimension concrète de la vie ecclésiale.<br /><br />Ainsi, la question posée par Léon XIV et Bartholomée – comment exprimer et témoigner de l’Évangile dans une société multiculturelle – trouve dans la réflexion de Martinelli une perspective : favoriser « l’interaction des différences culturelles autour de l’unique foi chrétienne », en apportant la contribution spécifique de la communauté ecclésiale au service de la coexistence et de la paix. .<br />Tue, 29 Sep 2026 13:11:47 +0200LE PAPE EN FRANCE/XI - Léon XIV à Metz : dans la « Lanterne du Bon Dieu », l'Europe cherche la paixhttps://fides.org/fr/news/78226-LE_PAPE_EN_FRANCE_XI_Leon_XIV_a_Metz_dans_la_Lanterne_du_Bon_Dieu_l_Europe_cherche_la_paixhttps://fides.org/fr/news/78226-LE_PAPE_EN_FRANCE_XI_Leon_XIV_a_Metz_dans_la_Lanterne_du_Bon_Dieu_l_Europe_cherche_la_paixpar Marie-Lucile Kubacki<br /><br />Metz - « Un Pape américain qui parle depuis Metz, à la frontière avec l’Allemagne, de “De Gasperi” avec l’accent français », écrit le journaliste Iacopo Scaramuzzi sur le réseau social X. Sans doute y a-t-il là un concentré de ce qui s’est joué dans le déplacement de Léon XIV dans la ville aux trois frontières, où les traces de la guerre sont encore visibles sur les pierres de certaines maisons et dans l’histoire de ses habitants. Voilà le sens de la venue du Saint-Père dans cette ville de l’Est de la France qui se souvient peut-être davantage qu’ailleurs pourquoi certains de ses enfants, comme Robert Schuman, qui repose à quelques kilomètres de là, dans la commune de Scy-Chazelles, voulurent un jour construire l’Europe.<br />Au terme de son voyage en France, le Pape a célébré la messe dans la cathédrale Saint-Étienne, au cœur d’une ville façonnée par les conflits et les changements de frontières. Il y a confié au Seigneur « le cheminement de la communauté diocésaine de Metz comme celui de toute l’Europe ». La paix, a-t-il rappelé, est un don de Dieu, mais elle exige aussi une réponse humaine : « la paix qui est un don de Dieu exige une réponse des hommes, dans un effort partagé ». <br />À partir des images du prophète Isaïe, le désert, le jardin et la maison, Léon XIV a plaidé pour le droit, la justice et la paix, avant d’insister sur le pardon, la miséricorde et la réconciliation.<br /><br />La lumière et les différences<br /><br />L’image la plus marquante de l’homélie est celle de la cathédrale, appelée la « Lanterne du Bon Dieu » en raison de ses 6 500 mètres carrés de vitraux historiés. Ses bâtisseurs, observe le pape, semblent avoir « réduit au minimum les murs, qui restent solides, afin que la lumière puisse parvenir en abondance aux fidèles ». Les vitraux font de la cathédrale une « biblia pauperum », une « source de prière et de méditation, à travers les reflets aux mille couleurs ». Cette lumière s’est enrichie du génie de Marc Chagall. Les œuvres de ce « grand peintre juif », intégrées aux fenêtres de la cathédrale, transforment, selon Léon XIV, la « Lanterne du Bon Dieu » en un « symbole œcuménique et de dialogue interreligieux extraordinaire ». Une image d’une unité qui ne signifie pas uniformisation : « La lumière de Dieu n’efface pas les spécificités, mais unit des histoires et des cultures différentes en une seule et merveilleuse mosaïque de paix », a déclaré Léon XIV.<br /><br />« L’avenir de l’Europe ne réside pas dans l’uniformisation, mais dans l’harmonie des différences », a-t-il poursuivi. Dans cette harmonie, a-t-il ajouté, « la blessure du passé devient une brèche laissant passer la lumière ». À Metz, ville où les cicatrices de l’histoire demeurent, l’idée selon laquelle les différences et les blessures peuvent participer à une œuvre commune résonne particulièrement sous les voûtes de cette cathédrale dont les flancs restent marqués par les cicatrices laissées par les balles et les projectiles tirés lors des combats pour la libération de Metz, à l’automne 1944.<br /><br />Appliquant cette métaphore à l’Église, le pape a insisté sur le fait que ses structures « n’ont de sens que dans la mesure où elles nous aident à apporter au monde la lumière de l’Évangile ». Sans les vitraux, les fenêtres de la cathédrale ne seraient que des « espaces inondés de lumière aveuglante ». Avec eux, « elles deviennent des livres qui nous rassemblent pour faire mémoire d’histoires merveilleuses, pleines d’héroïsme, de bien, de miséricorde, d’amour et de beauté morale »<br /><br />Aux racines de l’Europe<br /><br />Plus tôt dans la journée, au Centre des Congrès Robert-Schuman, le pape avait déjà placé l’étape messine sous le signe de la mémoire européenne. S’adressant aux participants de la rencontre « Aux racines de l’Europe pour la paix et l’unité », il a rendu hommage à Robert Schuman, dont la vie fut marquée par les bouleversements de cette région et par les frontières mouvantes. La Déclaration du 9 mai 1950, a-t-il rappelé, fut à la fois « point de départ et d’arrivée » de son engagement pour la réconciliation du continent.<br /><br />Léon XIV a inscrit la construction européenne dans une histoire de rencontres, traversée par les crises et les conflits, mais capable de renaître lorsque les peuples savent accueillir l’autre et réinterpréter leur héritage. Il a notamment rappelé la contribution du christianisme et du monachisme à la formation culturelle et sociale de l’Europe, évoquant aussi saint Chrodegang et l’esprit de fraternité, de communion et de partage associé à Metz.<br /><br />L’héritage de Schuman, a-t-il souligné, appelle aujourd’hui à défendre le dialogue, le droit international et le multilatéralisme, alors que la guerre a de nouveau frappé l’Europe. La paix ne saurait se réduire à un « irénisme naïf » : elle exige « des efforts créatifs », du courage dans la négociation et la capacité de renoncer à certaines positions au nom d’un bien supérieur. Le pape a appelé à se garder de l’illusion du réarmement comme réponse suffisante aux menaces, et à se demander si des efforts créatifs sont réellement déployés pour favoriser la paix. <br /><br />L'Appel de Metz et la responsabilité des croyants en faveur de la paix<br /><br />Lors de la rencontre interreligieuse, également organisée au Centre Robert-Schuman, le pape avait insisté sur la responsabilité commune des croyants. Metz, « ville de frontières et de passages », rappelle que les lignes de fracture peuvent devenir des ponts, a-t-il dit. « Le dialogue ne diminue pas notre identité, mais l’exprime avec simplicité et vérité en l’ouvrant à la diversité de l’autre. »<br /><br />Invoquer Dieu pour justifier la violence ou l’oppression, a-t-il averti, « revient à profaner son nom ». « Rien de ce qui défigure la dignité humaine ne peut prétendre être inspiré par Dieu », a-t-il poursuivi, appelant le discours religieux à « désarmer les cœurs et les mots ». Les traditions religieuses ont aussi, selon lui, une responsabilité dans la protection de la vie et des plus vulnérables : « La grandeur d’une civilisation ne se mesure pas à ses réalisations matérielles, mais à la manière dont elle prend soin de la personne humaine, la protège et la défend. »<br /><br />Cette rencontre a été marquée par la signature de l’« Appel de Metz » par des responsables de plusieurs cultes, quarante ans après la rencontre interreligieuse d’Assise. Le texte souligne que, dans un monde où la montée des conflits menace le droit international, les traditions religieuses ont la responsabilité de contribuer au dialogue et à la paix.<br /><br />De l’hommage à Schuman à la rencontre des religions, puis à l’homélie dans la cathédrale, l’étape de Metz a ainsi relié trois exigences : se souvenir des fractures, reconstruire la confiance et faire place à l’autre sans renoncer à son identité. À l’issue de son voyage en France, Léon XIV a souhaité que la communauté messine soit « un phare d’espérance pour ce pays, pour l’Europe et pour le monde ». Dans la « Lanterne du Bon Dieu », sa dernière image aura été celle d’une lumière qui n’écrase pas les différences sous une intensité aveuglante, mais leur permet de s’harmoniser.<br /><br />Tue, 29 Sep 2026 12:59:59 +0200AFRIQUE/ÉTHIOPIE - « Comment être Église là où il n'y a pas encore d'église ? » Une nouvelle présence missionnaire à Ghinnir, dans le Bale orientalhttps://fides.org/fr/news/78225-AFRIQUE_ETHIOPIE_Comment_etre_Eglise_la_ou_il_n_y_a_pas_encore_d_eglise_Une_nouvelle_presence_missionnaire_a_Ghinnir_dans_le_Bale_orientalhttps://fides.org/fr/news/78225-AFRIQUE_ETHIOPIE_Comment_etre_Eglise_la_ou_il_n_y_a_pas_encore_d_eglise_Une_nouvelle_presence_missionnaire_a_Ghinnir_dans_le_Bale_orientalGhinnir – Après sept ans de présence à Robe, la fraternité de la Communauté missionnaire de Villaregia a franchi une nouvelle étape dans son parcours missionnaire en s’installant à Ghinnir, au cœur du Bale Est. Un choix mûri au terme d’un long processus de discernement et de l’expérience vécue ces dernières années dans une région où la présence de l’Église catholique est encore très limitée.<br /><br />« Il y a des moments où la mission nous demande de rester, de prendre racine, de tisser des liens, et d’autres où elle nous demande de reprendre la route, de franchir de nouveaux horizons. Pour nous, le moment est venu de repartir », raconte Teresa Zullo, missionnaire de la Communauté de Villaregia, présente en Éthiopie depuis sept ans, à la suite de l’invitation du père Angelo Antolini, OFM Cap., Préfet de la Préfecture Apostolique de Robe.<br /><br />« Nous nous sommes installés à Ghinnir, au cœur du Bale-Est. Ce choix est le fruit d’un cheminement de discernement et des années d’expérience vécues dans un territoire que nous avons appris à connaître de plus en plus intimement », explique la missionnaire. Depuis 2023, la communauté a commencé à atteindre avec plus de régularité les communautés du Bale Est, s’engageant notamment dans la sensibilisation contre les mutilations génitales féminines et les mariages précoces . En rencontrant des personnes et des communautés, en parcourant les routes et en rejoignant des villages éloignés, une question a mûri en nous : peut-être ne suffit-il pas de continuer à aller vers ces réalités ».<br /><br />Ce déménagement représente ainsi une nouvelle étape du cheminement missionnaire : « Sortir de ce que l’on connaît, entrer dans une nouvelle réalité et apprendre à être présents là où il n’existe pas encore de communauté catholique ». Dans un contexte à très large majorité musulmane, la présence des missionnaires se veut avant tout « une présence de relation, d’écoute, de service et de fraternité ».<br /><br />De Ghinnir, il sera en outre possible d’atteindre plus facilement les zones reculées du Bale-Est, y compris celles proches de la région somalienne d’Éthiopie. « Ce transfert n’est donc pas simplement un changement de lieu. C’est une nouvelle étape : une nouvelle réalité à découvrir, de nouvelles personnes à rencontrer et de nouvelles routes à parcourir. Une maison à habiter, mais une tente dans le cœur : prêts à nous arrêter, à rencontrer et, le moment venu, à repartir. »<br /><br />Il y a sept ans, la Communauté missionnaire de Villaregia avait pris en charge la pastorale des petites paroisses de Robe et de Goba. « Nous avons commencé à faire nos premiers pas dans ce contexte qui n’est pas sans défis. Un lent parcours d’apprentissage de la langue, les échanges avec les gens et le temps passé sur la route ont permis, petit à petit, le démarrage des activités pastorales et notre intégration dans cette nouvelle réalité ».<br /><br />Une expérience concrète a également contribué à nous pousser vers une présence plus stable dans le Bale-Est. « Il y a trois ans, une longue période de sécheresse a contraint de nombreuses personnes à quitter la région du Bale-Est pour se diriger vers Robe en quête d’une vie meilleure. En passant près de la gare routière de Robe, nous avons remarqué leur présence. Nous nous sommes approchés, avons demandé des informations et avons découvert qu’ils venaient de la région du Bale-Est. Nous nous sommes ainsi retrouvés face à un vaste territoire presque totalement délaissé par l’action missionnaire de l’Église. Cela est devenu pour nous un appel pressant à notre identité de missionnaires ad Gentes ».<br /><br />« Aujourd’hui, dans le Bale, nous sommes présents dans les quatre provinces de Golcia, Sauena, Laga Gaida et Daarar », ajoute le père Emanuele Ciccia, missionnaire de la Communauté de Villaregia. « Mais ces dernières années, une question ne cessait de nous interpeller : cette région, où l’Évangile n’a pas encore pénétré, nous demande-t-elle peut-être un engagement exclusif ? La ville de Ghinnir peut-elle être un lieu où nous devons être présents, précisément parce qu’il n’y a pas encore d’église ni de communauté catholique ? »<br /><br />Au fil du temps, explique le missionnaire, la réponse a mûri grâce aux relations nouées. « Nous avons remarqué que quelque chose était en train de changer. Le Bale Est ne pouvait pas être simplement un territoire où mener quelques activités missionnaires. Les relations tissées au cours de ces trois années de travail nous ont fait comprendre que le moment était venu de franchir une étape supplémentaire : non seulement continuer à aller vers ces communautés, mais nous rapprocher d’elles de manière durable. En d’autres termes, non plus une mission vers la frontière, mais une mission à la frontière. C’est de là qu’est né le choix de Ghinnir ».<br /><br />« C’est une étape qui nous fait sortir de ce que nous connaissons et, après sept ans de travail à Robe, cela signifie repartir à zéro : habiter la ville, tisser des liens, être constamment à l’écoute des signes de l’Esprit », souligne le père Emanuele. Un choix qui soulève également une question concrète : « Comment être Église là où il n’y a pas encore d’Église ? Comment l’être dans un contexte à majorité musulmane ? La réponse ne sera pas d’abord une structure, ce sera une présence ».<br /><br />« Être numériquement insignifiants peut représenter une grande opportunité pour l’Évangile, une occasion précieuse de se rapprocher des autres, de ne pas faire peur, d’intercepter les forces positives du territoire et de tisser des liens avec elles », observe Teresa. « Dans certains contextes, il ne sera pas possible d’annoncer directement la personne de Jésus, mais il existe mille façons de raconter l’Évangile », ajoute le père Emanuele. « Avant tout à travers le partage des valeurs du Royaume de Dieu, dans la manière dont nous entrons en relation avec les gens, dans l’attention portée aux plus démunis et dans la capacité à jeter des ponts avec les autres ». C’est précisément pour cette raison que, selon le missionnaire, le déménagement à Ghinnir représente « une étape de maturité missionnaire ». « Grandir dans la mission, c’est apprendre à sortir de nos zones de confort, à ne pas trop dépendre des structures, à être ouverts à ce que nous ne connaissons pas encore ».<br /><br />Même le choix d’une maison en location revêt une signification symbolique : « Cela suggère la souplesse missionnaire, mais cela nous rappelle aussi que, dans une préfecture comme la nôtre, la forme la plus adaptée est celle de la tente, plutôt que celle d’une maison. La tente offre un abri et permet d’habiter un lieu, mais elle reste légère, essentielle, prête à être démontée et remontée ailleurs. Une Église qui sait prendre racine, mais qui ne se laisse pas alourdir par ses propres structures ; une Église qui sait habiter un territoire, mais qui reste libre de repartir lorsque la mission l’exige. C’est pourquoi Ghinnir ne sera pas seulement une nouvelle destination, mais une nouvelle base d’où partir ».<br /><br />« La mobilité, donc, n’est pas seulement une question pratique, elle fait partie de notre conception de la mission », reprend Teresa. « Une Église qui se déplace, une Église qui sort, une Église qui se rapproche. Ce choix ne concerne pas seulement notre fraternité, mais s’inscrit dans le cheminement de la Préfecture Apostolique de Robe, appelée à grandir et à élargir toujours davantage son rayon d’évangélisation »<br />.<br />« Nous avons quitté Robe il y a quelques jours et nous voici maintenant à Ghinnir, sans savoir ce qui nous attend », conclut Teresa. « Nous aimerions reprendre la route avec une maison où vivre, mais avec une tente dans le cœur, prêts à nous arrêter, à rencontrer et, le moment venu, à repartir. »<br /><br />La Communauté missionnaire de Villaregia est une communauté catholique composée de consacrés, de consacrées, de clercs, de couples mariés et de célibataires de différentes nationalités, unis par la même spiritualité et la même mission : être une communauté au service de la mission ad gentes.<br /><br /> <br />Tue, 29 Sep 2026 13:53:46 +0200EUROPE/POLOGNE - Les funérailles du père Zbojnowicz, tué lors de l'attaque du monastère de Jarosław, auront lieu mardi 29 septembrehttps://fides.org/fr/news/78224-EUROPE_POLOGNE_Les_funerailles_du_pere_Zbojnowicz_tue_lors_de_l_attaque_du_monastere_de_Jaroslaw_auront_lieu_mardi_29_septembrehttps://fides.org/fr/news/78224-EUROPE_POLOGNE_Les_funerailles_du_pere_Zbojnowicz_tue_lors_de_l_attaque_du_monastere_de_Jaroslaw_auront_lieu_mardi_29_septembreVarsovie – Les funérailles du père Stanisław Zbojnowicz, prêtre bénédictin, victime le 24 septembre d’une agression au monastère des sœurs bénédictines de Jarosław, dans le sud-est de la Pologne, près de la frontière avec l’Ukraine, auront lieu demain, 29 septembre.<br />Un réfugié ukrainien, Ihor M., âgé de 31 ans, s’est introduit dans le complexe monastique, s’est emparé d’un couteau de cuisine et a agressé cinq personnes : quatre hommes et une femme.<br />Le père Stanisław Zbojnowicz, qui a tenté de l’arrêter, a été blessé de manière mortelle. Deux autres hommes sont toujours hospitalisés dans un état grave. L’un d’eux est un autre prêtre, le père Marek Pieńkowski, président du Conseil de la Fondation pour la pastorale familiale et très engagé dans l’aide aux réfugiés ukrainiens.<br />Les experts en psychiatrie ont constaté que l’agresseur présentait les symptômes d’un trouble psychotique.<br />Samedi 26 septembre, près du monastère de Jarosław, une marche silencieuse a été organisée en mémoire du prêtre assassiné, précédée d’une messe de suffrage. « De cet endroit, en tant que disciple de Jésus-Christ, je tiens à dire très clairement, en mon nom, au nom du père Marek et au nom du père Stanisław, que nous pardonnons ! », a déclaré lors de son homélie le père Adrian Mantykiewicz, un prêtre originaire de Czeladź, en Silésie, qui a été blessé plus légèrement lors de l’agression.<br />Le prêtre, la tête bandée et le visage enflé, a également exhorté à s’abstenir de blâmer le pays d’origine de l’agresseur : « Je vous demande de ne pas blâmer le pays d’origine du coupable, car le mal a été commis par une personne en particulier, une personne qui a un nom, une vie et qui est responsable de ses actes. »<br />Le père Stanisław Zbojnowicz était recteur de l’église Saint-Nicolas-Évêque et de l’abbaye de Jarosław depuis 2010. Il était né le 13 octobre 1958 à Grzęska, près de Przeworsk. Il a été ordonné prêtre en 1986. Il a exercé son ministère de curé à Wola Zarczycka, Rogi, Domostawa et Rzeszów, au sein de la paroisse de l’Exaltation de la Sainte-Croix, à l’église paroissiale de Przeworsk et à l’hôpital provincial de Krosno. Il a passé les dernières années de sa vie comme confesseur au presbytère de Saint-Nicolas-Évêque et à l’abbaye de Jarosław. <br /><br />Mon, 28 Sep 2026 13:17:28 +0200EUROPE/HONGRIE - Différents mais unis dans l'amour du Christ : le message de la rencontre annuelle de l'Enfance missionnairehttps://fides.org/fr/news/78223-EUROPE_HONGRIE_Differents_mais_unis_dans_l_amour_du_Christ_le_message_de_la_rencontre_annuelle_de_l_Enfance_missionnairehttps://fides.org/fr/news/78223-EUROPE_HONGRIE_Differents_mais_unis_dans_l_amour_du_Christ_le_message_de_la_rencontre_annuelle_de_l_Enfance_missionnaireBudapest - Plus d’une centaine d’enfants, accompagnés de leurs animateurs et de certains parents, se sont retrouvés à Budapest à l’occasion de la rencontre annuelle organisée par l’Œuvre Pontificale de la Sainte Enfance de Hongrie, en collaboration avec le Secrétariat international de la POSI. La rencontre s’est déroulée sous la devise « L’amour du Christ nous unit ».<br /> « Nous croyons fermement que c’est l’amour du Christ qui nous rassemble et nous unit au-delà de toutes les frontières. Sur le plan spirituel, nous nous inspirons du fondateur de la Sainte Enfance, Charles de Forbin-Janson, qui disait : « Ma plus grande joie est de rendre les autres heureux » », a expliqué le directeur national des Œuvres Pontificales Missionnaires hongroises, le Père Tete Remis, missionnaire de la Société du Verbe Divin . « À cette occasion », a-t-il ajouté, « nous saluons l’engagement missionnaire des enfants qui, malgré leur jeune âge, se mobilisent pour prier pour leurs camarades d’autres pays. Fidèles à la devise de la Sainte Enfance “Les enfants aident les enfants”, nous les encourageons à soutenir leurs camarades en difficulté par de petits sacrifices et des prières pour les pauvres, les malades et les orphelins qui vivent dans des situations de grande détresse ».<br />Venus de différentes communautés du pays, les enfants et adolescents missionnaires ont passé ensemble toute la journée de samedi, qui a débuté par la célébration eucharistique présidée par le Père Fransiskus Xaverius Magung, Supérieur provincial de la Société du Verbe Divin. Jeux, chants, activités sportives et ateliers artistiques se sont succédé tout au long de la journée, en présence de la secrétaire générale de la POSI, venue spécialement de Rome, sœur Inês Paulo Albino, A.S.C.<br />Après avoir exprimé sa gratitude aux enfants et aux animateurs pour leur présence et leur précieux travail missionnaire, Sœur Albino s’est attardée sur le thème de la rencontre. « Ce thème semble refléter le monde dans lequel nous vivons, riche en différences : cultures, langues, traditions, expériences et sensibilités diverses. Je considère toutefois que ces différences constituent une grande richesse pour l’Église et pour le monde, même si, parfois, elles semblent être source de divisions », a souligné la Secrétaire Générale de la POSI, qui a poursuivi : « Le message de Jésus est clair : nous sommes appelés non pas à être tous identiques, mais à être unis dans l’amour. »<br />Sœur Albino a également souligné que l’amour du Christ n’est pas seulement un sentiment, mais un amour concret, un amour qui se donne et qui nous fait vivre une relation fondée sur l’accueil, le pardon et la fraternité, en attirant l’attention sur le besoin d’amour que ressentent le monde et chacun d’entre nous.<br />« Le défi aujourd’hui est de nous demander comment moi et nous pouvons concrétiser cet amour au sein de notre communauté, mais pas en partant des grandes institutions », a-t-elle expliqué aux participants à la rencontre. « Commençons par chacun d’entre nous : peut-être un mot gentil d’encouragement, un geste d’attention, un pardon sincère ou la disponibilité à aider ceux qui sont en difficulté… Chaque petit geste accompli avec amour renforce l’unité et rend visible la présence du Christ parmi nous. Ainsi, à travers notre vie, nous pouvons devenir témoins de sa tendresse et apporter de l’espérance à ceux que nous rencontrons ».<br />Sœur Albino a enfin encouragé à poursuivre la pastorale missionnaire, à promouvoir la POSI tout en continuant à vivre avec joie la spiritualité de la Sainte Enfance.<br /> <br />Mon, 28 Sep 2026 13:14:42 +0200LE PAPE EN FRANCE/X - À Lourdes, où les plus fragiles portent la lumièrehttps://fides.org/fr/news/78222-LE_PAPE_EN_FRANCE_X_A_Lourdes_ou_les_plus_fragiles_portent_la_lumierehttps://fides.org/fr/news/78222-LE_PAPE_EN_FRANCE_X_A_Lourdes_ou_les_plus_fragiles_portent_la_lumierepar Marie-Lucile Kubacki<br /><br />Lourdes - Elle interprète l’un des chants du spectacle Bernadette de Lourdes. Autour d’elle, des personnes malades sont assises dans leurs fauteuils, au milieu du sanctuaire. La scène est brève, dépouillée, tout entière traversée par la fragilité. Elle dit pourtant l’essentiel de cette journée : à Lourdes, les plus vulnérables sont le cœur de l’Église.<br />Le 27 septembre, pour sa visite au sanctuaire marial, le pape a rencontré une foule de 200 000 pèlerins venus de France et du monde entier. À la messe, il a salué « le visage universel de l’Église », celui de pèlerins qui ont franchi des frontières et apporté jusqu’à la grotte leurs joies comme leurs fardeaux. « Quel bonheur d’être ensemble, un seul cœur, une seule famille ! », a-t-il lancé. <br /><br />Les pauvres et les malades, le trésor de l'Église<br /><br />Si tous les chemins mènent à Rome, beaucoup conduisent aussi à Lourdes. On vient y prier, y demander une guérison, parfois y chercher simplement une présence. Malades, personnes handicapées, familles éprouvées, migrants et blessés de la vie y trouvent un accueil où leur vulnérabilité n’a ni à se cacher ni à se justifier. Ce qui manque parfois, souvent, ailleurs, le sanctuaire tente de l’offrir : du temps, de l’attention, une humanité qui ne détourne pas le regard.<br /><br />Cette hospitalité a donné son sens à la rencontre du pape avec les malades et les accompagnateurs de l’Accueil Notre-Dame. « Ici, la fragilité n’est pas cachée, elle devient le lieu d’une rencontre sacrée », a-t-il affirmé. Et aux personnes souffrantes, il a adressé une parole sans détour : « Vous n’êtes pas un poids, vous êtes le cœur battant de notre humanité et un trésor précieux pour l’Église. »<br /><br /><br /> Le mot de « trésor » n’est pas anodin. Saint Laurent, selon la tradition, désignait les pauvres comme le trésor de l’Église. À Lourdes, ce trésor se donne à voir dans les corps éprouvés, mais aussi chez tous ceux qui se reconnaissent pauvres, mendiants de la grâce, parfois révoltés par la maladie ou les injustices. Léon XIV a honoré cette présence tout au long de sa visite. À la grotte de Massabielle, il a défendu la dignité de la vie face à la maladie, à la souffrance et au grand âge. « Ici, aucune fragilité n’est rejetée », a-t-il déclaré lors de la messe. Les béquilles, les fauteuils roulants et les larmes cachées ne sont pas des obstacles à la rencontre : ils sont, a-t-il dit, le lieu où chacun peut être accueilli et respecté. Et Lourdes est une « profession de foi en la beauté et la sacralité de la vie. »<br /><br />À l’Accueil Notre-Dame, Léon XIV a appelé les soignants à « veiller sur la personne souffrante et non pas [à] la supprimer ». « Ce qui est légal n’est pas nécessairement moral », a-t-il ajouté, en exhortant à développer les soins palliatifs et la recherche, et à accompagner les malades avec tendresse. Les médecins, infirmiers, brancardiers, aumôniers et bénévoles, a-t-il rappelé, soignent les corps et « pansent aussi les âmes ». Le débat sur la fin de vie, déjà évoqué par le pape devant les Évêques de France, s’inscrit dans une réflexion plus large sur la liberté, la souffrance et la responsabilité collective. Mais à Lourdes, le propos s’est incarné dans les gestes de l’accueil et dans la présence auprès des malades. La dignité, a rappelé Léon XIV, ne dépend ni de l’autonomie ni de l’état de santé ; elle appartient à chaque personne, du seul fait qu’elle existe. <br /><br />Reconnaître ses torts, panser ses blessures<br /><br />Aux Évêques, le pape a demandé de ne pas se laisser décourager par les erreurs et les chutes qui ont marqué l’histoire de l’Église. Il les a exhortés à reconnaître les fautes « dans l’amour de la Vérité », à panser les blessures avec la charité du Bon Pasteur, puis à « ne [pas] se lasser d’annoncer l’Évangile ». <br /><br />La journée a également été marquée par une rencontre à huis clos avec sept personnes victimes d’abus commis par des membres du clergé et de l’Église de France. À la Maison épiscopale de Lourdes, Léon XIV a écouté individuellement leurs récits, leur douleur et leurs propositions pour que de tels faits ne se reproduisent pas, a communiqué la Salle de Presse du Saint-Siège. Le pape a prié avec quelques-unes d’entre elles, puis a remercié le groupe pour ce témoignage douloureux et réaffirmé son engagement à empêcher que d’autres subissent les mêmes violences. Il a exprimé sa solidarité envers les victimes et, à travers elles, envers toute personne qui porte encore les séquelles des abus, en formulant le vœu que la communauté des fidèles devienne de plus en plus un lieu de réconfort et de guérison.<br /><br />La lumière fragile<br /><br />Le soir, la procession aux flambeaux a rassemblé pèlerins et malades dans une même marche. La lumière avançait de main en main, portée par ceux qui pouvaient marcher et par ceux que d’autres accompagnaient. « Cette lumière qui nous guide et nous attire, c’est celle de l’espérance qui ne nous quitte jamais », a dit Léon XIV, évoquant une existence traversée d’épreuves mais « déjà habitée de la joie de se savoir enfants de Dieu ». Les personnes malades, a-t-il ajouté, sont les « témoins privilégiés » de cette transfiguration par la foi et l’amour. « Il faut venir ici faire cette procession avec vous, chers malades, pour en ressentir toute la réalité. » Puis il a repris les mots de Pie XII : « Jamais, en un lieu de la terre, on n’a vu pareil cortège de souffrances ; jamais pareil rayonnement de paix, de sérénité et de joie. » À Lourdes, même dans la nuit, la fragilité ne disparaît pas. Elle avance au rythme de la prière, éclairée par la fragile lumière flambeaux.<br />Mon, 28 Sep 2026 13:04:45 +0200100 ANS DEPUIS L'ORDINATION DES 6 PREMIERS ÉVÊQUES CHINOIS/II - Mgr Melchior Sun Dezheng au diocèse d'Anguohttps://fides.org/fr/news/78221-100_ANS_DEPUIS_L_ORDINATION_DES_6_PREMIERS_EVEQUES_CHINOIS_II_Mgr_Melchior_Sun_Dezheng_au_diocese_d_Anguohttps://fides.org/fr/news/78221-100_ANS_DEPUIS_L_ORDINATION_DES_6_PREMIERS_EVEQUES_CHINOIS_II_Mgr_Melchior_Sun_Dezheng_au_diocese_d_AnguoCent ans après l’ordination des six premiers Évêques chinois consacrés à l’époque moderne , l’Agence Fides consacre une série de fiches documentaires à ces successeurs des apôtres et à leurs diocèses, qui ont été au cœur de cet événement décisif dans le cheminement de l’Église catholique en Chine.<br /><br />§§§
<br /><br />par le Professeur Liu Zhiqing<br /><br /><br />Anguo – Le diocèse d’Anguo fut la deuxième circonscription ecclésiastique en Chine confiée à la direction d’un ecclésiastique chinois. Il fut érigé le 15 avril 1924. Son premier Évêque, Melchior Sun Dezheng , fut l’un des six Évêques chinois ordonnés par le Pape Pie XI dans la basilique du Vatican le 28 octobre 1926. Avant sa consécration épiscopale, il avait été nommé Préfet apostolique le 15 avril 1924, puis évêque par Pie XI le 24 juin 1926.<br /><br />Histoire du diocèse<br /><br />Après avoir institué la Préfecture Apostolique de Puchi en 1923, le premier délégué apostolique en Chine, l’Archevêque Celso Costantini, s’est immédiatement attelé à la création d’un deuxième diocèse destiné à être confié au clergé chinois. Avec le soutien du père Joseph Fabrègues , missionnaire de la Congrégation de la Mission et Vicaire Apostolique de Zhili central , la Préfecture Apostolique de Lixian fut érigée en 1924.<br /><br />Costantini résuma ainsi la différence entre les deux nouvelles circonscriptions ecclésiastiques : « Le diocèse de Puchi avait été choisi dans une situation d’urgence et ne disposait pas de bases particulièrement solides. Le diocèse de Lixian, en revanche, était tout à fait différent : il comptait de nombreux fidèles et disposait d’une œuvre missionnaire bien développée. »<br />À l'époque, le Vicariat Apostolique de Zhili central était administré par la Congrégation de la Mission . En 1923, il comprenait les préfectures et les districts de la région de Baoding, et était subdivisé en six décanats : Baodingfu Kioutao, Baodingfu Sikwan, Baodingfu, Huchu, Donglu et Gaojiazhuang .<br />Au total, 65 prêtres exerçaient leur ministère dans ce vicariat, dont 20 étrangers et 45 Chinois. Les prêtres chinois représentaient donc 69,23 % du clergé, un pourcentage qui plaçait le vicariat à la deuxième place dans toute la Chine. On comptait 40 paroisses dotées de prêtres résidents, et 86 674 catholiques baptisés enregistrés.<br />Selon les statistiques de 1923, le décanat de Gaojiazhuang du vicariat apostolique de Zhili central comprenait 12 paroisses : Gaojiazhuang, Xinqiao , Lioukiapailo, Wanan, Nansong, Lijiazhuang, Duanjiazhuang , Liucun , Nanma, Chengliushi , Liujiazhuang et Zhaojiazhuang . Au total, il comptait 24 237 fidèles.<br />Le 15 avril 1924, le doyenné de Gaojiazhuang fut séparé du vicariat apostolique de Zhili central et constitua la Préfecture Apostolique de Lixian. La même année, elle comptait 26 179 catholiques baptisés, 16 prêtres chinois et 4 religieuses chinoises.<br />La cathédrale fut initialement établie à Gaojiazhuang, dans le comté de Lixian. En raison des difficultés d’accès et de transport, le siège de la nouvelle circonscription ecclésiastique fut transféré en 1927 dans le quartier ouest de la ville d’Anguo.<br />Le 8 juillet 1929, la Préfecture Apostolique de Lixian fut élevée au rang de vicariat apostolique et prit le nouveau nom de Vicariat Apostolique d’Anguo. Le 11 avril 1946, la circonscription ecclésiastique fut à nouveau élevée au rang de diocèse.<br />Selon les statistiques rapportées par Zhao Qingyuan dans son ouvrage « Chronologie de la subdivision des diocèses catholiques en Chine et de la succession de leurs responsables », en 1940, le diocèse comptait 149 églises et chapelles, 116 prêtres chinois et 34 328 baptisés enregistrés.<br /><br />En 1949, le territoire du diocèse comprenait six districts : Boyye, Lixian, Anguo, Shulu, Gaoyang et Shenze.<br /><br />2. Les Évêques du diocèse<br /><br />Le premier Évêque du diocèse de Lixian fut Melchior Sun Dezheng , missionnaire de la Congrégation de la Mission .<br />Melchior Sun Dezheng est né le 19 novembre 1869 à Pékin. À l'âge de 13 ans, il entra au séminaire. Il fréquenta le petit séminaire puis le grand séminaire pendant 14 ans au total, se distinguant par ses excellents résultats scolaires. Il fut ordonné prêtre le 24 janvier 1897 et exerça son activité missionnaire à Tianjin , Yanshan et dans d'autres localités.<br /><br />Le 4 novembre 1899, il entra dans la Congrégation de la Mission, et le 25 janvier 1901, il prononça ses vœux religieux. Il enseigna pendant 12 ans au petit séminaire de Pékin. En 1912, il fut nommé curé de Niufang, dans le district de Jingzhao , et, pendant les douze années qui suivirent, il exerça son ministère pastoral à Tianjin, Cangxian , Yanshan, Jingdong et dans d’autres régions.<br />Le 15 avril 1924, il fut nommé Préfet Apostolique de la Préfecture Apostolique de Lixian. Le 24 juin 1926, il reçut le siège titulaire d’Esbon. Le 28 octobre 1926, dans la basilique Saint-Pierre à Rome, il fut ordonné Évêque par le pape Pie XI, devenant ainsi l’un des six premiers Évêques chinois ordonnés à cette époque.<br />Le 15 juillet 1929, avec l’élévation de la Préfecture Apostolique au rang de Vicariat Apostolique, Melchior Sun Dezheng prit le titre d’Évêque du Vicariat Apostolique d’Anguo.<br />En 1936, après avoir présenté au pape sa demande de se retirer de l'exercice de son ministère et obtenu l'autorisation, il se retira à la Maison du Bienheureux des Petits Frères de Saint-Jean à Qinghe, dans la banlieue nord de Pékin. À la fin de l’année 1948, il s’installa dans le centre de Pékin. Il mourut le 13 août 1951, à l’âge de 82 ans, après une vie consacrée à l’annonce de l’Évangile.<br />Après le départ de Melchior Sun Dezheng de la tête du diocèse, survenu en 1936, Wang Zengyi fut nommé, le 1er juillet 1937, par le pape Pie XI, Vicaire apostolique d’Anguo et Évêque titulaire de Lamia.<br />Le 24 février 1938, dans la cathédrale de Pékin, eut lieu la consécration épiscopale de Mgr Wang Zengyi. La cérémonie fut présidée par l'Évêque émérite d'Anguo, Melchior Sun, tandis que Paul Léon Cornelius Montaigne, Vicaire Apostolique de Pékin, et Zhou Jishi , Vicaire Apostolique de Baoding, concélébraient en tant que co-consécrateurs. Mgr Wang Zengyi est décédé le 21 février 1951.<br /><br />3. Développement des activités pastorales<br /><br />Le diocèse d’Anguo est issu du doyenné de Gaojiazhuang, qui appartenait au Vicariat Apostolique de Baoding. Après 26 ans de développement, le nombre de catholiques baptisés était passé à environ 33 000.<br />Le diocèse comptait au total 26 membres du clergé, chinois et étrangers : 1 Évêque chinois, 23 prêtres chinois et 2 prêtres étrangers. En outre, il y avait 111 religieuses chinoises et 2 religieuses étrangères.<br />Les statistiques annuelles relatives au développement des activités pastorales sont présentées dans le tableau ci-dessous.<br /><br />Tableau statistique des activités pastorales du diocèse d'Ankuo, 1924-1950<br /><br />XXXXXX<br /><br />XXXXXX<br />Sources<br /><br />: Les missions de Chine et du Japon; Les missions de Chine; Annuaire des Missions Catholiques de Chine.<br /><br /><br />Mon, 28 Sep 2026 01:31:16 +0200ASIE/INDE - À Mumbai, la mission de l'Église au cœur de la mégalopolehttps://fides.org/fr/news/78217-ASIE_INDE_A_Mumbai_la_mission_de_l_Eglise_au_coeur_de_la_megalopolehttps://fides.org/fr/news/78217-ASIE_INDE_A_Mumbai_la_mission_de_l_Eglise_au_coeur_de_la_megalopolepar Paolo Affatato<br /><br />Mumbai – Une Église appelée à vivre sa mission au cœur de l’une des mégalopoles les plus grandes, les plus dynamiques et les plus contradictoires de l’Inde : telle est la réalité quotidienne de l’archidiocèse de Bombay, un territoire où coexistent, d’une part, de grands centres financiers et commerciaux, l’industrie du divertissement de Bollywood et, d’autre part, certains des bidonvilles les plus étendus d’Asie. « De par sa complexité urbaine, son importance géopolitique et son impact pastoral, Bombay représente un pôle vital pour l’Église catholique en Inde », explique à l’Agence Fides Mgr Stephen Victor Fernandes, Évêque auxiliaire de Bombay.<br /><br />L'Archidiocèse compte environ 500 000 baptisés sur un territoire peuplé de plus de 21 millions d'habitants, qui comprend la métropole de Mumbai, sa vaste banlieue et certains districts limitrophes de l'État du Maharashtra, dans le centre-ouest de l'Inde. Il s'agit d'une réalité fortement polarisée : à côté de la richesse des quartiers financiers et commerciaux se trouvent de vastes zones marquées par l'extrême pauvreté, la précarité du logement et le chômage. La ville elle-même est une mosaïque linguistique et culturelle : outre le marathi, langue officielle du Maharashtra, l'hindi, le gujarati, l'anglais et de nombreuses autres langues sont largement répandus.<br /><br />C’est surtout dans les banlieues et les bidonvilles que l’Église accomplit une partie essentielle de sa mission : « Le plus grand défi est celui des inégalités sociales et de la pauvreté urbaine », observe l’Évêque, évoquant l’immense bidonville de Dharavi situé au cœur de Mumbai, « l’un des plus grands bidonvilles d’Asie et du monde ». Dharavi se distingue, à l'échelle mondiale, par son impressionnante densité de population, avec une population estimée à environ 1 million d'habitants, soit 277 000 personnes par kilomètre carré, ce qui en fait l'une des zones les plus densément peuplées de la planète.<br /><br />Dans ce contexte, « la communauté catholique s'est historiquement engagée à offrir une éducation, des soins de santé et des services sociaux sans discrimination fondée sur la caste ou la religion ». « Dans les quartiers les plus pauvres – où les services essentiels et les infrastructures font souvent défaut –, la présence ecclésiale s’exprime également à travers les communautés ecclésiales de base : de petites communautés ancrées dans le tissu des bidonvilles, qui s’efforcent d’être de « petits points de lumière », avec l’Évangile au centre, dans des contextes marqués par la pauvreté et, parfois, par la criminalité ».<br /><br />Cette présence capillaire se traduit par un vaste réseau d’œuvres sociales et éducatives. Outre les 124 paroisses, les structures éducatives catholiques comprennent 167 écoles, 33 collèges, 18 centres d’éducation non formelle et 15 établissements d’éducation spécialisée. Dans le domaine de la santé, on compte 9 hôpitaux et 25 dispensaires et cliniques. « La pastorale à travers les écoles et dans les hôpitaux, dans le service éducatif et dans le domaine de la santé, constitue l'épine dorsale de notre mission », souligne Mgr Fernandes.<br /><br />Dans le domaine de l'éducation, parallèlement à des établissements jouissant d'un grand prestige national, l'Église accorde une attention particulière aux quartiers défavorisés. Les grands établissements, tels que le St. Xavier's College géré par les jésuites et le Sophia College for Women, coexistent avec de petites écoles et des centres d’aide scolaire destinés aux enfants des travailleurs journaliers et aux familles les plus démunies. « L’objectif est de lutter contre le décrochage scolaire et d’offrir des opportunités aux enfants et aux adolescents qui vivent dans les quartiers les plus défavorisés, comme Dharavi », explique-t-il.<br /><br />Il en va de même pour la santé. L'Archidiocèse dispose d'établissements hospitaliers d'excellence, mais aussi d'un réseau de dispensaires et de cliniques qui s'étend jusqu'aux zones suburbaines et rurales : « Dans les districts où les services publics font le plus défaut, les congrégations religieuses, notamment féminines, gèrent des structures de santé de proximité ; les cliniques mobiles acheminent des médecins et des médicaments de base jusque dans les bidonvilles et les villages des communautés tribales ». L'Église locale gère également 12 centres dédiés au traitement de la lèpre et du sida, ainsi que 20 structures destinées aux personnes âgées, aux personnes en situation de handicap et aux malades en fin de vie.<br /><br />« L’Église a été pionnière à Mumbai dans la création de centres d’accueil pour les malades atteints d’un cancer en phase terminale, de centres de soins pour les lépreux – un fléau qui persiste encore aujourd’hui – et de maisons de soins pour les personnes atteintes du sida, luttant ainsi contre la stigmatisation sociale dont souffrent ces malades », rappelle l’évêque. C’est dans cette tradition de service que s’inscrit également le témoignage des Missionnaires de la Charité, fondées par Mère Teresa de Calcutta, qui ont développé à Mumbai leur présence aux côtés des pauvres, des malades et des personnes marginalisées.<br /><br />Le dialogue interreligieux est un autre domaine dans lequel s’exprime la vie de l’Église : « Nous vivons dans une société pluraliste, à majorité hindoue, comptant d’importantes communautés musulmanes et bouddhistes », explique Mgr Fernandes. Dans un climat social et politique parfois marqué par le nationalisme confessionnel, « l’Église s’efforce de protéger les droits et la vie des minorités religieuses, notamment en menant un débat sur la récente législation, adoptée dans l’État du Maharashtra, qui concerne les conversions religieuses ».<br /><br />La pastorale des jeunes revêt également une grande importance : « Mumbai, observe-t-il, est une mégalopole tournée vers la modernité mondiale, où les nouvelles générations sont exposées à la sécularisation, à la culture de consommation et à une forte concurrence dans les études et le monde du travail ». « De nombreux jeunes ont tendance à abandonner la pratique religieuse et la vie ecclésiale, pour se tourner vers l’extérieur, vers les professions libérales et la recherche d’un emploi qualifié », rapporte l’évêque. Le défi pastoral consiste donc « à proposer les valeurs de l’Évangile dans un environnement fortement concurrentiel et en mutation rapide. Si la vie des jeunes est accompagnée par le Christ, leur cheminement de croissance humaine et professionnelle prend une autre dimension, une plénitude différente : c’est à nous de les guider vers cette prise de conscience ».<br /><br />C’est surtout en pensant aux jeunes et en se tournant vers eux que l’Église s’interroge sur sa relation avec les nouveaux médias numériques, qu’elle considère également comme un domaine d’évangélisation : « Outre le témoignage concret de la vie et de la relation personnelle, il s’agit là d’un autre domaine incontournable : une nouvelle chaire d’où annoncer l’Évangile à l’humanité d’aujourd’hui », déclare Mgr Fernandes.<br />Dans ce contexte, on ne peut ignorer la question de l’intelligence artificielle : « C’est une question cruciale, qui suscite beaucoup d’intérêt en Inde. En tant que professeur d’éthique, j’ai eu l’occasion de souligner ce qu’a dit le Pape dans l’encyclique Magnifica Humanitas », affirme Mgr Fernandes, en posant la question fondamentale : « Comment pouvons-nous mettre l’intelligence artificielle au service du bien commun, de la vie et de la dignité de la personne ? ». « C’est une question qui, aujourd’hui comme demain, concernera la mission de l’Église à Bombay, en Inde et dans le monde entier », conclut-il. <br /><br /> Mon, 28 Sep 2026 01:19:50 +0200LE PAPE EN FRANCE / IX - La visite de Léon XIV, les clichés et les surprises de la grâcehttps://fides.org/fr/news/78220-LE_PAPE_EN_FRANCE_IX_La_visite_de_Leon_XIV_les_cliches_et_les_surprises_de_la_gracehttps://fides.org/fr/news/78220-LE_PAPE_EN_FRANCE_IX_La_visite_de_Leon_XIV_les_cliches_et_les_surprises_de_la_gracepar Marie-Lucile Kubacki<br /><br />Paris - Un long ruban de 800 000 personnes s’est déployé tout au long des Champs-Élysées, le 26 septembre, pour participer à la messe du pape, place de la Concorde. Une affluence exceptionnelle, sans compter les téléspectateurs.<br />Cette France à laquelle on accole systématiquement l’adjectif « sécularisée » est-elle, au fond, si paradoxale ? <br />Pas si l’on s’en tient à l’étymologie du terme para-doxa : « contrairement à la pensée admise ».<br />L’un des grands mérites du voyage du Pape Léon XIV dans l’Hexagone est de déjouer les phrases toutes faites. Car qu’étaient venues chercher ces 800 000 personnes, au-delà de l’expérience d’un moment historique ?<br />On trouvera peut-être une réponse dans l'étape qui a précédé ce grand moment.<br /><br />Les vies « observées » de la Maison Bakhita<br /><br />Dans la matinée, Léon XIV s’était rendu à la maison Bakhita, un centre d’accueil du diocèse de Paris ouvert aux personnes exilées, migrantes et réfugiées. D’autres associations étaient représentées, comme Aux captifs, la libération, qui vient en aide aux personnes de la rue et aux personnes prostituées, et À Bras Ouverts, qui accompagne des enfants, des adolescents et de jeunes adultes en situation de handicap mental ou psychique.<br />Dans la plus grande simplicité, trois personnes accompagnées par ces associations ont témoigné de leur parcours. Meysam, un Afghan de 35 ans, tailleur arrivé en France en 2015, s’est dit heureux de pouvoir à son tour faire du bénévolat, « heureux de former les femmes », car, dans son pays, « elles n’ont pas le droit de se former ni de travailler ». Avec une grande pudeur, il a confié avoir été « plusieurs fois pris de désespoir ». « Ce dont je veux témoigner, a-t-il souligné, c’est que, dans la vie, il ne faut jamais abandonner. À chaque fois que j’ai failli baisser les bras, j’ai toujours croisé quelqu’un qui me tendait la main et me permettait d’avancer malgré tout. En farsi, il y a une expression qui dit : “”, ce qui signifie : “Tout passe”. »<br />Puis Lise-Marie, 30 ans, porteuse du syndrome de Down, a raconté qu’elle aimait « faire la cuisine, en particulier préparer le gâteau au chocolat et les champignons au Boursin pour l’apéro », mais aussi « prier, [participer à] l’adoration du Saint-Sacrement, [aller aux] confessions ». « J’ai aimé venir à la veillée des JMJ où nous avons dormi à la belle étoile après l’adoration. J’étais heureuse de rencontrer le pape François. Je suis contente aujourd’hui de pouvoir témoigner d’À Bras Ouverts devant le pape », a-t-elle affirmé, debout devant Léon XIV.<br />Le visage de la dernière témoin, Blessing, 31 ans, n’a pas été filmé afin de ne pas compromettre sa sécurité. « J’ai été forcée à faire des choses que je ne voulais pas faire, a-t-elle confié. J’aimerais vous en dire plus, mais il m’est difficile de parler de cette période. Je ne souhaitais pas cela pour ma vie, et ma rencontre avec l’association m’a permis de me rendre compte que ma vie pouvait être différente. » Elle a poursuivi : « Je me souviens être partie quelques jours à la campagne avec les Captifs : l’objectif était de réfléchir à la place des personnes accueillies dans l’association. J’ai eu la chance de participer à cette réflexion ; j’ai senti que mes idées comptaient, que j’étais écoutée. »<br />Chacun de ces témoignages — et en particulier celui de Blessing — fait écho à la phrase de Bernadette à Lourdes, où le pape s’est rendu en fin de journée. Évoquant la Vierge qui lui était apparue, Bernadette avait dit : « Elle m’a regardée comme une personne. »<br /><br />Une Église qui en est toujours à ses débuts<br /><br />Derrière les barrières de sécurité, tout au long des Champs-Élysées, dans les rues de Paris et derrière les écrans de télévision, se manifestait un même désir : être regardé comme une personne et vivre un moment de communion. C’est à cela que le pape a répondu dans son homélie, lorsqu’il a affirmé : « Jésus-Christ, le Bon Pasteur nous guide, comme le berger guide ses brebis, vers la source du bonheur et de la paix. Il connaît chacun et chacune de nous par son nom. Rien ne lui échappe de nos secrets, de nos intentions, de nos faiblesses. Il scrute les profondeurs de notre cœur. Il a donné sa vie pour nous et continue de la donner par les sacrements. Il porte sur ses épaules les brebis fatiguées ou blessées, et ramène avec délicatesse celles qui se sont égarées. Jésus révèle l’amour inconditionnel de Dieu pour nous. Pour Lui, aucun de nous n’est un numéro sur une carte d’identité, ni un matricule, mais une personne, une personne unique et irremplaçable. »<br />C’est aussi à cela qu’il a répondu en s’adressant aux catéchumènes et aux néophytes à l’Institut catholique de Paris : non pas comme à une catégorie sociologique, mais comme à des personnes en quête de grâce et désireuses de trouver le bonheur. Il a évoqué une Église « en état d’initiation », toujours commençante et toujours accueillante. Si « tout passe », comme le dit Meysam, demeure la soif d’essentiel : la main tendue, le regard qui reconnaît chacun comme une personne, et cette promesse du Christ que le pape est venu rappeler : nul n’est jamais seul ni oublié. Sun, 27 Sep 2026 01:12:46 +0200Éloge de la « juste laïcité de la cité terrestre »https://fides.org/fr/news/78215-Eloge_de_la_juste_laicite_de_la_cite_terrestrehttps://fides.org/fr/news/78215-Eloge_de_la_juste_laicite_de_la_cite_terrestrepar Cosimo Graziani <br /><br />Asmara - L’administration Trump a décidé de lever les sanctions contre l’Érythrée, cinq ans après leur imposition par le président Biden. Cette décision, prise vendredi 18 septembre, a été justifiée par la défense des intérêts nationaux américains. Les entités sanctionnées en 2021 étaient l’armée érythréenne et le parti du président Isaias Afwerki, le Front populaire pour la démocratie et la justice, accusés d’avoir commis des violations des droits de l’homme pendant le conflit dans la région éthiopienne du Tigré entre 2020 et 2022. Au cours de ce conflit, l’armée érythréenne combattait aux côtés de l’armée fédérale éthiopienne. Les sanctions ont également été levées à l’encontre d’entreprises telles que la Red Sea Trading Corporation.<br />D'après les informations de Reuters, le gouvernement américain a déclaré que la situation d'« urgence nationale » qui avait justifié les sanctions – renouvelées d'année en année – n'était plus d'actualité. Selon l’agence britannique, l’un des porte-parole du Département d’État américain a déclaré que l’application des sanctions était injuste et qu’il était nécessaire d’adapter la politique étrangère américaine à la réalité et de « collaborer avec les pays pour faire valoir les intérêts américains ».<br />Du côté érythréen, la nouvelle a été accueillie très favorablement. Le ministre de l’Information d’Asmara, Yemane Gebremeskel, a déclaré que les sanctions étaient injustifiées et que le gouvernement « avait salué le geste et les mesures de réparation de l’administration Trump ».<br />Cette décision a été prise quelques jours après que les Houthis ont pris le contrôle de l’autre rive de la mer Rouge, et plus précisément du golfe de Bab el-Mandeb. Cet événement revêt une grande importance en raison de ses conséquences géopolitiques et logistiques à l’échelle mondiale : Bab el-Mandeb est l’un des goulets d’étranglement les plus importants au monde, car c’est par là que passe la route commerciale reliant l’Extrême-Orient à l’Europe. De plus, après la fermeture du détroit d’Ormuz, il constituait la voie de contournement pour les exportations saoudiennes de pétrole brut vers l’Asie. Avec les Houthis installés d’un côté de la mer Rouge, Washington a manifestement ressenti le besoin de mettre en œuvre des contre-mesures, et il est probable que la levée des sanctions ait semblé la mesure la plus logique à prendre pour renforcer sa présence dans un contexte géopolitique lié à la crise du golfe Persique.<br />Mais cette décision suscite de nombreuses interrogations. En effet, à la lumière des derniers événements survenus en Éthiopie, avec la prise de l’aéroport de Makallé par les milices tigréennes, la question reste de savoir si les États-Unis resteront en marge de cette crise. La prise de l’aéroport de Makallè a été menée par des milices appartenant à une nouvelle alliance politico-militaire composée des milices tigréennes et d’autres groupes ethniques éthiopiens, dans le but de renverser le gouvernement du Premier ministre Abiy Ahmed. L’Érythrée soutient ce groupe, ayant changé d’alliance par rapport au conflit de 2020-2022, durant lequel elle s’était rangée aux côtés d’Addis-Abeba, ce qui en fait une adversaire de l’Éthiopie dans l’éventualité d’un nouveau conflit régional. La crise n’a pas éclaté ces derniers jours : des affrontements avaient déjà eu lieu ces derniers mois entre les milices tigréennes et les troupes fédérales éthiopiennes. Se pourrait-il que le gouvernement américain n’ait pas su analyser correctement la situation lorsqu’il a décidé de lever les sanctions contre Asmara ? Si tel était le cas, nous serions face à une erreur que l’on pourrait qualifier de stratégique.<br />Les États-Unis risquent ainsi de se retrouver impliqués dans un nouveau conflit, ce qui pourrait entraîner un surengagement non seulement en termes de ressources, mais aussi sur le plan politique, avec des conséquences tant internes qu’internationales. Cette décision vis-à-vis d’Asmara risque d’être contre-productive pour les intérêts américains, quoi qu’en disent les responsables du Département d’État. Sun, 27 Sep 2026 01:07:10 +0200LE PAPE EN FRANCE/VIII - Le voyage de Léon XIV célèbre le lien entre le christianisme populaire et l'intelligence de la foihttps://fides.org/fr/news/78219-LE_PAPE_EN_FRANCE_VIII_Le_voyage_de_Leon_XIV_celebre_le_lien_entre_le_christianisme_populaire_et_l_intelligence_de_la_foihttps://fides.org/fr/news/78219-LE_PAPE_EN_FRANCE_VIII_Le_voyage_de_Leon_XIV_celebre_le_lien_entre_le_christianisme_populaire_et_l_intelligence_de_la_foipar Marie-Lucile Kubacki<br /><br />Paris - Le voyage du pape en France était très attendu, et la première journée de Léon XIV dans l’Hexagone est déjà un succès. Pour s’en convaincre, il suffisait d’entendre les 80 000 jeunes réunis au Stade de France, à Saint-Denis, chanter d’une seule voix : « Ce n’est qu’un au revoir, Saint-Père », tandis que le pape les saluait, vitre ouverte, à l’arrière de la voiture qui l’emmenait au terme d’une journée riche en rencontres et en émotions. <br /><br />Au-delà des clivages idéologiques<br /><br />Au programme du 25 septembre : l’Élysée, l’Unesco, Notre-Dame de Paris et la veillée avec les jeunes ; le monde politique, la diplomatie culturelle, la mémoire patrimoniale et l’espérance de la jeunesse.<br /><br />Alors que la religiosité populaire et la réflexion intellectuelle ont parfois été renvoyées dos à dos, affaiblissant le témoignage chrétien par la polarisation et l’idéologisation du débat, le voyage de Léon XIV semble avoir réussi à faire respirer le catholicisme français de ses deux poumons.<br /><br />La procession des Saints de France<br /><br />Cette articulation était flagrante au Stade de France, où la veillée s’est ouverte par des chants et un grand spectacle en plusieurs tableaux retraçant l’histoire des saints de France. Des premiers temps de l’évangélisation avec saint Denis et de la charité fraternelle avec Saint Martin jusqu’à l’audace de Jeanne d’Arc et à l’élan missionnaire de Pauline Jaricot, chaque étape était pensée comme les vitraux des cathédrales du Moyen Âge : une catéchèse visuelle, accessible au grand public. Les tableaux successifs ont relié le service des plus pauvres, illustré par Saint Vincent de Paul, la joie confiante de sainte Thérèse et de saint Don Bosco, et la profondeur contemplative de Saint Bernard de Clairvaux. Ces tableaux se sont terminés par la procession des saints de France, devant laquelle le pontife a essuyé une larme d’émotion. La veillée a également été l'occasion d'un moment de vénération de la Sainte Tunique d'Argenteuil, vénérée selon la tradition comme la tunique portée par Jésus pendant la Passion. Ils ont ainsi offert aux dizaines de milliers de jeunes un parcours d’édification spirituelle, préparant la prière et l’enseignement du pape, précédé d’un temps de questions réponses avec eux.<br /><br />La liberté et la sainteté sont des dons<br /><br />Au cours de ses interventions, Léon XIV s’est penché en particulier sur le rapport entre sainteté et liberté. La liberté, a-t-il expliqué aux jeunes, ne se réduit pas à l’arbitraire de faire tout ce qui peut venir à l’esprit : c’est un don que l’on reçoit et qui s’accomplit dans la relation avec la vérité, c’est-à-dire avec le Christ. Se référant à Saint Paul et à son invitation à « éviter », « tendre vers » et « combattre », il a décrit la sainteté comme un chemin concret : fuir l’orgueil, la violence et la cupidité ; tendre vers la justice, la foi, la charité et la douceur ; combattre non pas les autres, mais le mal, en ayant pour seule arme « celle de l’amour qui se donne ». Dans cette perspective, la liberté chrétienne ne signifie ni se retirer du monde ni s’imposer aux autres : elle rend capable de choisir le bien et de servir.<br /><br />Le Pape a donné à cette réflexion un visage populaire en invitant les jeunes à prendre exemple sur les saints, figures familières de la mémoire religieuse française. «Inspirez-vous de l’exemple des saints, leur a-t-il lancé : même dans la persécution, ces frères et sœurs ont ouvert des chemins de paix. Regardez ces prêtres passionnés par le Christ, comme Saint Eugène de Mazenod et Saint Jean-Marie Vianney ; regardez la beauté mystique de sainte Thérèse de l’Enfant Jésus ; la bienheureuse Pauline Jaricot, fervente dans la charité et la mission ; le courage des 50 [cinquante] martyrs de l’apostolat de la seconde Guerre Mondiale qui ont servi leurs frères jusqu’au sacrifice de leur vie. Les saints ont changé le cours de l’histoire, faisant passer beaucoup de personnes de la souffrance à l’espérance ; car ils ont d’abord changé leur propre cœur, en le transformant à la lumière de la foi.» La réponse à l’appel de Dieu se nourrit, a-t-il dit, de la prière et du service, de l’adoration et de l’action, du silence et de l’annonce. <br />Le rassemblement, avec ses chants et ses tableaux vivants, était la porte d’entrée de la pensée, qui à son tour, éclairait l’engagement quotidien, manifestant un art populaire au service de l’intelligence de la foi.<br /><br />L'Eucharistie nourrit la communion du Peuple de Dieu<br /><br />Cette même recherche d’unité avait été formulée plus tôt dans la journée à Notre-Dame, lors des vêpres avec les évêques, les prêtres, les diacres, les personnes consacrées et les séminaristes. En évoquant la liturgie, Léon XIV a rappelé qu’elle ne se sépare pas de la vie de l’Église et de la manière dont ses membres se traitent les uns les autres. Il a appelé à faire prévaloir la communion sur les sensibilités personnelles : « La liturgie reste en cela un reflet de la vie, a-t-il rappelé. La joie eucharistique s’affirme et se répand là où l’harmonie est retrouvée, là où la dignité renaît, là où l’autorité devient service, là où la liberté reprend son cours. C’est le plus grand don que nous puissions partager. Faites donc passer la communion avec le Successeur de Pierre et avec l’Église avant vos sensibilités personnelles, afin de cultiver l’unité du peuple de Dieu. Ensemble, nous serons la prophétie qu’un monde réconcilié est possible. »<br /><br />À Notre-Dame, la beauté patrimoniale s’est ainsi trouvée mobilisée au service d’une tâche présente : faire de la communion une réalité vécue, jusque dans les tensions et les différences. L’édifice restauré, fruit d’un travail collectif salué par le pape, est apparu dans sa voix comme le signe qu’une œuvre commune, unissant des individus et des institutions y compris “au-delà des frontières de l’appartenance ecclésiale”, peut faire renaître ce qui semblait perdu. Comme il l’avait déjà affirmé en Espagne, la tradition et le patrimoine, peuvent transmettre une forme de vie et un élan commun, pourvu qu’ils ne soient pas pétrifiés dans une forme de nostalgie.<br /><br />Entre machines « intelligentes » et personnes mises au rebut<br /><br />À l’Unesco, le Pape a élargi cette réflexion à la famille humaine. L’organisation, a-t-il souligné, est un lieu où l’humanité peut réfléchir sur elle-même, son histoire et son avenir. Éducation, science et culture ne sont pas des domaines autonomes de l’existence : ils prennent leur sens dans la question de ce que signifie être humain. Léon XIV a mis en garde contre une société qui attribuerait le nom d’« intelligence » aux systèmes informatiques tout en évaluant les personnes selon leur efficacité, jusqu’à rejeter celles qui ne seraient plus jugées productives. La dignité humaine ne dépend ni de la performance ni de l’autonomie, a-t-il rappelé. « L’être humain est certes celui qui naît, mais aussi celui qui meurt. Notre dignité n’est pas détruite par la maladie ou la souffrance, et elle ne dépend pas non plus de nos capacités. Au contraire, elle appelle une attention bienveillante à chaque étape de la vie. » Ce propos, adressé aux représentants d’une institution internationale, rejoint l’expérience concrète du soin et de la fragilité évoquée à l’Élysée, comme l’appel aux jeunes à se tenir proches des plus faibles. De la réflexion sur les technologies à la rencontre avec les personnes vulnérables, un même fil rouge : une société se mesure à la place qu’elle fait à ceux qu’un regard déshumanisant pourrait considérer comme inutiles.<br /><br />Le Pape a aussi plaidé pour que la science et la culture demeurent au service de la paix et de la personne. L’information, a-t-il averti, ne se confond pas avec la sagesse ; les technologies, notamment l’intelligence artificielle, ne peuvent répondre aux questions de sens enracinées dans l’expérience humaine. Pour illustrer les voies opposées qui s’offrent à l’humanité, il a convoqué deux images bibliques : Babel, unité imposée par la domination, et la Pentecôte, communion où les différences de langues sont entendues sans être abolies. La haute tradition intellectuelle n’est donc pas un privilège réservé à une élite : elle aide à comprendre ce qui unit les personnes et les peuples, et à discerner les conditions d’une paix durable.<br /><br />Éloge de la « juste laïcité de la cité terrestre »<br /><br />À l’Élysée, où il avait commencé sa journée, Léon XIV a tenu là aussi à inscrire son propos dans l’histoire intellectuelle et politique française, des écoles cathédrales et des universités aux Lumières et à la Déclaration des droits de l’homme, née à Paris, comme il l’a rappelé. Il a rappelé que liberté, égalité et fraternité ne sont pas de simples devises, mais des exigences éthiques dont le message évangélique peut nourrir l’accomplissement. Il a également défendu une conception de la laïcité qui ne bannit pas la religion de l’espace public, mais permet le dialogue et la coopération au service du bien commun. « Comment ne pas voir aussi dans un tel engagement l’expression de la juste laïcité de la Cité terrestre ? Le chrétien impliqué dans la vie publique, et agissant selon la lumière de sa conscience éclairée par la foi, ne peut être considéré comme un prosélyte ou une menace à l’unité de la patrie. » Liberté, égalité, fraternité doivent suivre la boussole de la dignité de la magnifique humanité pour ne pas perdre le nord.<br /><br />De l’Élysée à l’Unesco, de Notre-Dame au Stade de France, la journée a ainsi établi des ponts entre des univers qui n’ont pas forcément l’habitude se de rencontrer : la vie publique et la foi, la culture savante et les pratiques populaires, la prière liturgique et l’engagement social. Les saints racontés aux jeunes, les réflexions adressées aux diplomates et aux responsables de l’éducation, l’appel à l’unité dans l’Église : autant de manières de rappeler que la tradition chrétienne française ne se réduit ni à un héritage muséal ni à une émotion collective. Elle est cela mais elle est bien plus : une mémoire, une pensée et une même quête de sens et de dignité, de quelque chose de plus grand que soi, et de plus haut que les plates promesses du matérialisme et de la consommation. <br /> Sat, 26 Sep 2026 14:25:42 +0200ASIE/MALAISIE - Le premier prêtre de la communauté autochtone des Berawan, à Bornéo : « Pourquoi pas moi ? »https://fides.org/fr/news/78212-ASIE_MALAISIE_Le_premier_pretre_de_la_communaute_autochtone_des_Berawan_a_Borneo_Pourquoi_pas_moihttps://fides.org/fr/news/78212-ASIE_MALAISIE_Le_premier_pretre_de_la_communaute_autochtone_des_Berawan_a_Borneo_Pourquoi_pas_moiMiri – Il a écouté l’homélie d’un missionnaire néerlandais, le père Guido Gockel, prononcée en iban, l’une des langues locales du territoire du Sarawak, à Bornéo malaisien. C’est ainsi que le jeune Joel Rut Markus, un catholique local de la tribu indigène des Berawan, a été frappé par cette expérience et s’est demandé « pourquoi un prêtre néerlandais s’était donné la peine d’apprendre et de prêcher dans la langue locale ». Après cette expérience, vécue il y a dix ans, le jeune homme a commencé à se poser une question qui le concernait directement : « Comment pourrais-je, moi, annoncer l’Évangile au sein des communautés locales, dans leurs langues et leurs cultures ? ». La question s’enracina dans son cœur : « Pourquoi pas toi ? Pourquoi pas moi ? », se demandait-il, et cette interrogation le poussa à réfléchir plus profondément à l’appel de Dieu, puis à embrasser la vocation sacerdotale.<br /><br />Le diocèse de Miri, à Bornéo malaisien, vient de célébrer l'ordination sacerdotale de Joel Rut Markus, premier prêtre issu de la communauté Berawan, une tribu autochtone locale. La cérémonie s’est déroulée le 16 septembre en présence de plus de 3 000 fidèles à l’église Saint-Dominique-et-du-Rosaire de Taman Tunku, un moment particulièrement significatif pour la communauté catholique du diocèse de Miri, qui regroupe les catholiques de toute la partie nord de la province du Sarawak.<br />Après avoir répondu à l’appel de Dieu, le père Joel a entamé sa formation de séminariste : il a passé quatre ans au College General de Penang, puis quatre ans et demi au St. Peter’s College de Kuching pour sa formation au sacerdoce. Aujourd’hui, l’achèvement de sa formation est une grande joie pour la communauté de Miri. Au cours de l’Eucharistie, Mgr Richard Ng, évêque de Miri, a réitéré son invitation aux jeunes à envisager la vocation sacerdotale, rappelant que « le chemin de la formation sacerdotale exige de nombreuses années de préparation, ainsi que de la patience, de la persévérance et la disponibilité à accueillir la grâce de Dieu et à accomplir Sa volonté ».<br /><br />Évoquant le parcours du père Joel, Mgr Richard Ng a encouragé les jeunes à ne pas hésiter à répondre à une éventuelle vocation, affirmant que le diocèse de Miri avait besoin d’« ouvriers dans sa vigne ».<br />Le père Joel commencera son ministère sacerdotal à l’église de la Sainte Famille à Lapok. Son ordination marque un moment important pour la communauté catholique de Berawan et ajoute un nouveau prêtre local au ministère pastoral du diocèse de Miri au sein des différentes communautés autochtones du Sarawak.<br />Le diocèse de Miri s’étend dans le nord du Sarawak, l’un des deux États malaisiens situés sur l’île de Bornéo, avec l’État de Sabah. Les communautés catholiques comptent de nombreuses populations autochtones, pour lesquelles la langue et la culture constituent des éléments importants de la foi et de la vie communautaire.<br /><br />Les Berawan font partie du groupe plus large de ces populations autochtones de l'intérieur du Sarawak, généralement désignées sous le nom d'Orang Ulu. Selon les autorités locales, la communauté compte environ 7 000 personnes dans le district de Baram, réparties dans 17 villages.<br />Ils vivent principalement dans le bassin de la rivière Baram, dans les zones traversées par les rivières Tinjar et Tutoh, où se trouvent plusieurs communautés organisées de manière traditionnelle autour d’habitations communautaires typiques de nombreuses populations autochtones du Sarawak.<br />La vie traditionnelle des Berawan était liée à la forêt, aux rivières et à l’agriculture, avec la culture du riz, la pêche et la chasse. Au cours des dernières décennies, ce mode de vie a profondément changé : l’accès à l’éducation a élargi les perspectives d’avenir pour les nouvelles générations, tandis que la conversion de vastes zones en plantations de palmiers à huile et l’envasement des rivières ont réduit les espaces disponibles pour certaines activités traditionnelles.<br /><br />La langue constitue l'un des éléments centraux de l'identité de la communauté. Jusqu'à récemment, le berawan était principalement une langue orale : ce n'est qu'en 2024 qu'un glossaire comparatif de la langue berawan a été présenté à Miri. La dimension religieuse reflète l'histoire et les transformations de la communauté. Les traditions ancestrales animistes perdurent aux côtés de groupes qui ont choisi le christianisme et, dans certaines communautés, l'islam.<br /><br />Dans le contexte plus large du Sarawak, le christianisme est particulièrement présent parmi les populations autochtones. Le diocèse de Miri, qui compte 120 000 catholiques sur environ 950 000 habitants, est une communauté composée en grande partie de populations Dayak et Orang Ulu, qui ont accueilli et progressivement intégré la foi chrétienne tout en conservant des éléments importants de leur identité culturelle.<br />C’est dans cette imbrication entre langue, culture autochtone et foi chrétienne que s’inscrit la vocation du père Joel : son désir d’annoncer l’Évangile dans la langue et la culture des communautés locales devient un signe d’inculturation et de la croissance d’une Église capable de s’exprimer à travers ses propres peuples et leurs traditions.<br /> <br />Sat, 26 Sep 2026 00:47:09 +0200Fulton J. Sheen a été proclamé bienheureux. Le Cardinal Tagle : « Heureux le vase d’argile qui puise sa force en Jésus »https://fides.org/fr/news/78214-Fulton_J_Sheen_a_ete_proclame_bienheureux_Le_Cardinal_Tagle_Heureux_le_vase_d_argile_qui_puise_sa_force_en_Jesushttps://fides.org/fr/news/78214-Fulton_J_Sheen_a_ete_proclame_bienheureux_Le_Cardinal_Tagle_Heureux_le_vase_d_argile_qui_puise_sa_force_en_Jesuspar Marie-Lucile Kubacki <br /><br />Saint-Louis - Saint-Louis, Missouri, 24 septembre. Pour de nombreux pèlerins, la journée a commencé de bonne heure. Certains se sont précipités vers les entrées de l’America’s Center, le vaste complexe situé en centre-ville, près du stade de la légendaire équipe locale de baseball, les Cardinals.<br /><br /> À l’intérieur de ce vaste centre de congrès, qui ressemble presque à une petite ville, une exposition retrace la vie de l’Archevêque Fulton J. Sheen. Une reconstitution d’un salon américain typique abrite un téléviseur sur lequel étaient diffusées des images en noir et blanc de *Life Is Worth Living*, son émission des années 50. Sur une table, des exemplaires du magazine *Life*, dont un consacré au communisme — une référence à un sujet que Sheen abordait souvent à l’antenne.<br /><br />L’exposition rassemble un ensemble éclectique d’exposants : des vendeurs d’articles de dévotion dédiés à Sheen, notamment des chapelets, des pièces commémoratives et des images pieuses ; un stand proposant des figurines Lego représentant des prêtres célébrant la messe, dont une figurine de collection à l’effigie de Sheen ; des universités faisant la promotion de leurs programmes ; des ordres religieux, des associations et des librairies. Près d’un stand de l’aumônerie de l’armée américaine, les enfants se pressent pour recevoir des bracelets en plastique noirs et jaunes portant le slogan « Be all you can be ».<br />À l’extérieur, une longue file d’attente pour la confession serpente sous le regard de groupes réunis autour de tables, qui se réchauffent les mains avec de grandes tasses de café américain.<br /><br />Souvenirs en noir et blanc<br /><br />Les pèlerins sont venus de 49 États des États-Unis et de plus de 10 pays, selon l'Évêque de Peoria, Louis Tylka, qui a déclaré lors de la conférence de presse avoir constaté un vif intérêt de la part de l'Italie, de la Pologne et du Brésil. « Nous sommes du diocèse de Peoria, et ma fille est venue en avion depuis l’archidiocèse de Seattle pour participer à cet événement », raconte à Fides Colleen Murphy, une femme pleine de vie et bien coiffée, âgée d’une septantaine d’années. Mme Murphy se souvient avoir regardé l’émission télévisée de Sheen aux côtés de son père lorsqu’elle était enfant. « Quand on le regardait dans les yeux, on avait l’impression qu’il s’adressait uniquement à soi et à personne d’autre. » Elle est également attirée par sa dévotion à Marie. Et aujourd’hui, elle demande à Sheen de veiller sur ses enfants et petits-enfants et de les protéger.<br /><br />Pour María Cervantes, une catéchiste de la paroisse Saint-Boniface à Lafayette, dans l’Indiana, qui parle espagnol, Sheen est « un exemple de la manière d’atteindre la sainteté dans une vie ordinaire », grâce à la spiritualité et à l’attention portée aux moments du quotidien. Elle explique que le curé de sa paroisse a présenté Sheen à un groupe de catéchistes et les a aidés à organiser le voyage. C’est ainsi qu’elle est arrivée à Saint-Louis.<br /><br />Jim Sabatier et Marty Stark sont venus d’Oxford, dans le Mississippi. Sabatier se souvient avoir vu Sheen à la télévision en noir et blanc avec ses parents et ses sept frères et sœurs. « Je me souviens seulement qu’il enlevait sa cape et puis… c’était vraiment spécial », raconte Stark. « Ses yeux et sa voix m’impressionnaient aussi, et je me souviens qu’il écrivait au tableau avec une écriture très soignée. »<br /><br />Tout le monde se dirige vers la vaste coupole de l’America’s Center, un complexe construit pour accueillir de grands événements sportifs et autres rassemblements de masse, qui a été aménagé pour une journée de prière et de célébration. Le programme a débuté plusieurs heures avant la messe de béatification, avec des interventions, de la musique et des témoignages destinés à plonger les pèlerins dans un esprit de prière. Les dimensions du Dome rendent ce rassemblement encore plus impressionnant : malgré les dizaines de milliers de personnes présentes, l’atmosphère à l’intérieur est restée globalement silencieuse et recueillie.<br /><br />Avant la liturgie, Mgr Tylka décrit la béatification comme l’aboutissement d’années de prière et de mois de préparation. « Grâce à lui, nous avons pu rencontrer le Seigneur et découvrir ce merveilleux message qu’il ne cesse de partager : “Dieu t’a aimé” », a-t-il déclaré. Il a qualifié cet événement d’important non seulement pour le diocèse de Peoria ou pour l’Église des États-Unis, mais aussi pour l’Église du monde entier. Une calotte portée par Sheen a été placée sur la scène pendant le programme précédant la messe.<br /><br />« Heureux êtes-vous lorsque le Ressuscité agit à travers vous »<br /><br />Au cours de la messe, James Fulton Engstrom — l’enfant qui n’avait ni pouls ni respiration pendant 61 minutes, et dont le rétablissement a été reconnu comme le miracle attribué à l’intercession de Sheen — présentera une relique : un fragment de la mâchoire de Sheen. Lors de la conférence de presse, sa mère, Bonnie Engstrom, a expliqué que la famille avait donné à son fils le nom de Sheen et l’avait placé sous sa protection avant sa naissance. La procession qui pénètre dans la Coupole fait défiler devant l’assemblée une longue file de prêtres et d’évêques. On comptait 89 évêques inscrits, ainsi qu’environ 1 000 prêtres, 850 religieux, 850 séminaristes et 260 diacres. Le Cardinal Luis Antonio Tagle, qui préside la cérémonie, semble visiblement ému tandis qu’il avance. Dans son homélie, il définit la béatification non pas comme un hommage à la célébrité, mais comme la reconnaissance d’une vie façonnée par la mission : proclamer l’Évangile et servir son prochain, en particulier les pauvres et les plus vulnérables.<br /><br />La popularité de Sheen en tant qu’animateur de télévision et auteur, suggère le Cardinal, ne l’a pas rendu bienheureux en soi. Son importance résidait plutôt dans ce vers quoi il renvoyait – le Christ – et dans les relations qu’il a tissées avec les gens. « Prêcher sa propre sagesse, plutôt que celle de Jésus, revient à falsifier la parole de Dieu : ce n’est pas une mission ; ce n’est pas la béatitude », a averti le Cardinal. « Heureux et beaux sont vos pieds lorsque vous annoncez le salut et la paix de Dieu, selon le prophète Isaïe. Voyager par terre, par mer et par les airs en proclamant des paroles destructrices et en commettant des actes violents n’est pas une mission ; ce n’est pas la béatitude. Heureux êtes-vous lorsque le Seigneur ressuscité œuvre avec vous et confirme l’Évangile que vous prêchez par des signes miraculeux ». Ajoutant aussitôt après : « Être autosuffisant et s’affirmer soi-même est un mauvais signe ; ce n’est pas une mission, ce n’est pas la béatitude. Un évangélisateur missionnaire est donc connu de Jésus et appelé à connaître Jésus et son Évangile ; il est appelé à travailler humblement avec Jésus. Et sur ce chemin, un évangélisateur missionnaire en vient à se connaître lui-même en Jésus. Heureux êtes-vous lorsque Jésus vous voit, vous connaît, vous appelle, vous envoie et agit avec vous. Heureux êtes-vous lorsque vous parvenez à connaître votre véritable moi et votre mission, car Jésus vous connaît et vous connaissez Jésus. Heureux les authentiques évangélisateurs missionnaires ».<br /><br />Un bienheureux « concierge »<br /><br />Le Cardinal rappelle la réponse donnée par Sheen lorsque le Pape Pie XII lui demanda combien de personnes il avait converties. Sheen répondit qu’il ne les avait pas comptées, afin de ne pas être tenté de penser que ces conversions étaient son mérite. Il se décrivit comme « simplement un portier » qui pouvait parfois conduire les gens vers la porte ouverte de la maison de Dieu.<br /><br />Pour le Cardinal, cette image rend compte d’une qualité essentielle du ministère de Sheen : l’humilité face au rôle du prédicateur et la confiance dans le message. Le Cardinal Tagle souligne également l’attention que Sheen portait à la pauvreté, en citant son célèbre discours de 1964 au Concile Vatican II : « Tout comme seul un Christ blessé pouvait convertir un Thomas sceptique, seule une Église blessée par la pauvreté peut convertir un monde sceptique ». À ces mots, certains fidèles acquiescent en silence.<br /><br />La béatification et les blessures de la ville et du monde<br /><br />Bien que la béatification ait lieu dans le centre-ville, dans un quartier animé et essentiellement commercial, la situation varie d’un bout à l’autre de la ville. La ville de Saint-Louis affichait un taux de pauvreté de 20,6 % en 2024, contre 12,1 % au niveau national. Le taux de délits contre les biens était également nettement supérieur à la moyenne nationale. En 2024, Saint-Louis a enregistré 150 homicides ; son taux d’homicides figurait parmi les plus élevés, occupant la première place dans l’échantillon de 24 villes d’une étude, mais il a baissé en 2025.<br />La ville reste marquée par de profondes divisions sociales et raciales, façonnées en partie par des décennies de ségrégation et d’inégalités entre les quartiers.<br /><br />Le Cardinal évoque ensuite une anecdote racontée par Sheen lui-même, qui s’est produite lors d’une visite à des personnes atteintes de la lèpre en Ouganda. Sheen avait apporté des croix en argent pour leur en offrir ; lorsqu’il recula à la vue de la main défigurée d’un homme, il se rendit compte que la croix qu’il offrait représentait le Christ qui avait embrassé la vulnérabilité humaine. Il a alors touché et serré la main de cet homme, raconte le cardinal, décrivant Sheen comme « la 501e personne atteinte de la lèpre ». Avant de conclure : « Heureux le vase d’argile qui puise sa force en Jésus ! Heureux l’évangélisateur converti par la contemplation et le contact avec les blessures du Christ ressuscité dans ses frères et sœurs blessés. Heureux le missionnaire qui creuse au plus profond du cœur des pauvres pour y rencontrer Jésus. Heureux Fulton J. Sheen ! »<br /> <br />Le Rosaire aux cinq couleurs<br /><br />Après ces paroles, la liturgie eucharistique se poursuit dans un silence surprenant, compte tenu de la foule présente. Les files d'attente pour la communion avançaient lentement et solennellement ; les pèlerins regagnaient ensuite leurs places pour la fin de la messe.<br /><br />Parmi les pèlerins se trouve Michael Krzyzanowski, un ancien combattant de l’armée américaine qui a entendu parler de Sheen pour la première fois alors qu’il fréquentait le séminaire au milieu des années 60. Il avait envisagé de devenir prêtre, mais avait choisi une autre voie. Pourtant, Sheen est resté dans son cœur. « C’était tout simplement l’un des Évêques qui était… plus connu aux États-Unis que d’autres. Pour moi, c’est un grand homme de ce siècle », affirme-t-il avec un sourire. Dans le silence de la coupole, ses paroles résonnent presque comme une prière. Il disparaît dans la foule, parmi les personnes qui quittent l’America’s Center en emportant avec elles le souvenir de cette journée et, dans les sacs distribués aux pèlerins à l’entrée, un chapelet missionnaire aux cinq couleurs. Fri, 25 Sep 2026 13:05:13 +0200