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par Gianni Valente
Abu Dhabi (Agence Fides) - Sur le territoire du Vicariat apostolique d’Arabie du Sud – qui comprend les Émirats arabes unis, Oman et le Yémen –, ceux qui partagent la foi catholique, à commencer par l’Évêque, sont tous des immigrés. C’est ainsi que sont nées les communautés ecclésiales aujourd’hui disséminées dans la péninsule arabique. Non pas par calcul ou par programmation, mais en suivant les urgences de la vie réelle : trouver un travail pour vivre et faire vivre ses proches.
Aujourd’hui, l’ombre de la guerre plane également sur eux et sur leur condition. Les Émirats arabes unis sont eux aussi la cible de drones et de missiles iraniens, après l’attaque israélo-américaine contre l’Iran. Et pour les chrétiens employés dans les métropoles, sur les chantiers et dans les usines, l’avenir devient encore plus incertain.
Une communauté d'expatriés pour raisons professionnelles, loin de chez eux, peut-elle perdurer si le conflit vient également mettre fin à leur activité professionnelle ? Ou risque-t-elle de se disperser à terme comme du sable emporté par le vent, si les flux économiques et productifs dont dépendent les travailleurs pour leur salaire, souvent maigre, viennent à s'interrompre ?
Mgr Paolo Martinelli, Vicaire apostolique, rend visite aux communautés et aux paroisses pendant le Carême. Il observe et écoute. Il confie à l’Agence Fides qu’il trouve du réconfort « dans les prières des enfants pour la paix ». Il constate que, même dans cette situation provisoire qui risque de devenir précaire, « le peuple de Dieu est un peuple fidèle ». Et il reprend les paroles de l’Apôtre dont il porte le nom : « rien ne peut nous séparer de l’amour du Christ ».
Les catholiques du Vicariat apostolique sont des travailleurs immigrés. Quel impact la guerre a-t-elle sur leur situation professionnelle ? Les entreprises ferment-elles leurs portes ?
MARTINELLI: Nos fidèles partagent les conditions de travail de tous les autres travailleurs étrangers. Aux Émirats arabes unis, 90 % de la population est composée de migrants, contre environ 50 % à Oman. Les pays du Golfe considèrent les travailleurs étrangers comme une ressource essentielle. Actuellement, aux Émirats, face aux attaques de l’Iran, le gouvernement encourage le télétravail, surtout dans le secteur privé, afin de réduire le trafic et d’éviter les longs trajets pour se rendre sur le lieu de travail. L’enseignement a également été transféré en ligne.
C'est le secteur du tourisme qui souffre le plus en ce moment. Nous savons qu'un certain nombre d'employés de ce secteur ne travaillent pas, pour l'instant seulement de manière temporaire, dans l'attente de voir comment la situation évolue. Les autorités locales se sont montrées solidaires de tous les habitants et des travailleurs. Leur souhait est que la vie continue normalement malgré les difficultés. Beaucoup dépendra des perspectives à moyen et long terme.
Certains commencent à envisager de rentrer chez eux?
MARTINELLI: Je n'ai pas l'impression que des mesures radicales aient été prises pour l'instant ; certaines personnes ont quitté le pays temporairement, profitant des deux semaines de vacances scolaires. Tout le monde essaie de comprendre comment la situation va évoluer, avant de prendre une décision. Tout le monde espère pouvoir revenir bientôt, en espérant que les hostilités cessent.
Nous entretenons une bonne collaboration avec les autorités civiles, notamment pour venir en aide à ceux qui se trouvent ici sans famille et qui vivent dans des camps de travail, afin que personne ne se sente seul et que chacun apprenne à affronter sereinement cette situation d'incertitude. Ici, la religion est considérée comme une ressource permettant d'humaniser la vie, de soutenir le cheminement et de créer de la solidarité entre les gens.
Le caractère « provisoire » des communautés chrétiennes du Vicariat était un signe fécond et réconfortant pour tous : un signe propre à des communautés qui ne sont pas nées d’un effort ou d’un projet, mais de manière gratuite. La guerre a-t-elle encore renforcé le sentiment que ce « caractère provisoire » peut se transformer en « précarité » ?
MARTINELLI: Le sens chrétien de ce caractère provisoire nous conduit à vivre la vie comme un grand pèlerinage. Nos fidèles vivent intensément les circonstances telles qu’elles sont données par la Providence. Il suffit de voir comment ils participent aux célébrations, comment ils s’entraident, leur passion pour transmettre la foi à leurs enfants, le sérieux avec lequel ils s’investissent dans leur travail. Cependant, nous savons que la destinée ultime est ailleurs : le but de la vie est le Royaume de Dieu, la vie éternelle. Et le chemin que nous parcourons est important précisément parce qu’il mène ailleurs ; chaque pas est précieux car il nous rapproche du but et est soutenu par la vertu de l’espérance. « Tout concourt au bien de ceux qui aiment Dieu », nous rappelle Saint Paul dans l’Épître aux Romains.
Il me semble que cette attitude permet à nos fidèles de traverser, même en cette période marquée par une incertitude accrue, grâce à la force de l'espérance chrétienne. Le Seigneur ne nous abandonne pas et marche avec nous, même dans le contexte précaire de ces jours-ci. Nous sommes ensemble et marchons ensemble ; ensemble, nous affrontons également ces nouveaux défis.
La guerre est un choc, elle prend par surprise, elle tend à déstabiliser et à ébranler nos certitudes. Cependant, dans une perspective de foi, cette situation montre encore plus clairement que la vie ne nous appartient pas et que l'espérance ne doit jamais être placé dans les circonstances, qui sont toujours changeantes, mais en Christ, qui est présent même dans le caractère éphémère de la vie.
Quelles sont les répercussions sur la vie quotidienne des communautés (messes, sacrements, catéchisme), qui est toujours très animée ?
MARTINELLI: Au début, la peur était présente et, les premiers jours, on a constaté une certaine baisse de la fréquentation à la messe. Mais les jours suivants, le nombre de fidèles est revenu à la normale. Au contraire, dans certains cas, nous avons même vu le nombre de fidèles augmenter, désireux de prier davantage. Les autorités civiles encouragent la poursuite d’une vie normale. Elles nous ont simplement demandé d’éviter les rassemblements trop nombreux. C’est pourquoi, par exemple, le catéchisme s’est déplacé en ligne. Pour le reste, il est possible d’accéder à tous les sacrements dans la paroisse.
Ces jours-ci, je poursuis mes visites pastorales dans nos paroisses, je rencontre des enfants, des jeunes, des groupes, je célèbre la messe. Je retrouve toujours cette vivacité et cette participation qui caractérisent ce peuple. Nous parlons aussi de la guerre et partageons nos inquiétudes pour l’avenir, mais toujours avec la certitude que rien ne peut nous séparer de l’amour du Christ.
Y a-t-il eu un événement, un geste, une parole entendue de la bouche d’un baptisé qui vous a réconfortée en tant qu’Évêque, en ces jours difficiles, marqués par la peur ?
MARTINELLI: Je voudrais évoquer deux faits.
Le premier concerne justement le premier jour, lorsque la guerre a éclaté. Je me trouvais dans une paroisse à la frontière avec Oman. Nous avons célébré la messe des enfants. Je ne savais pas trop quoi dire ; moi aussi, j’étais bouleversé par cette nouvelle situation. J’ai pensé leur apprendre une chanson sur la paix : « La paix vient d’en haut, elle entre dans le cœur, on la voit sur le visage ». J’ai été ému de voir à quel point ils l’ont apprise tout de suite et comment ils la chantaient en scandant et en criant fort les paroles. Cela m’a vraiment semblé être une grande prière des enfants adressée à Dieu pour demander la paix.
Le 4 mars, nous avons commémoré le dixième anniversaire du meurtre de quatre sœurs des Missionnaires de la Charité, survenu à Aden (Yémen) en 2016. Avec ce conflit qui venait tout juste de commencer, je craignais que les gens aient du mal à venir, mais à ma grande surprise, à 19 heures, et malgré plusieurs alertes au cours de la journée, l’église était pleine comme lors des grandes occasions, même si c’était un jour de semaine. Le peuple de Dieu est un peuple fidèle.(Agence Fides 16/3/2026).