par Pascale Rizk
Caen (Agence Fides) – Afin que l’ancienne « Mission de Caen » ne reste pas seulement un édifice historique, mais devienne un lieu de mémoire vivante, les Pères Eudistes et Marie, en collaboration avec les Sœurs de Notre-Dame de la Charité du Bon Pasteur de la province française, ont souhaité inaugurer ce qu’ils appellent « le Sanctuaire Étendu ». Un itinéraire de pèlerinage à travers les lieux, la pierre et les souvenirs, les joies, les épreuves et la dévotion au Cœur de Jésus et de Marie qui ont façonné le parcours de saint Jean Eudes (1601–1680), fondateur de la Congrégation de Jésus et de Marie (les Eudistes) et de l’Ordre de Notre-Dame de la Charité. Conçu à l’occasion de la célébration du centenaire de la canonisation de Jean Eudes, survenue le 31 mai 1925, cet itinéraire se déploie en quatre étapes proposées pour approfondir sa spiritualité : Les Tourailles, Ri-Halboville, la Delivrande et Caen.
Ri et le baptême
Ancrés dans une société rurale du XVIIe siècle, profondément marquée par les guerres de religion et les épidémies de peste qui plongeaient de nombreuses familles dans le deuil, le village et l’église de Ri, en Normandie, apparaissent comme le berceau concret des racines de la spiritualité de saint Jean Eudes. « C’est à la suite d’un vœu fait à Notre-Dame de la Recouvrance des Tourailles que sa mère est tombée enceinte, alors que le couple souffrait d’infertilité depuis des années », nous raconte Sœur Nathalie Champ, des Sœurs de Notre-Dame de la Charité du Bon Pasteur. « Après la naissance de Jean, ses parents sont retournés au sanctuaire pour rendre grâce. Par la suite, le couple a eu six autres enfants », ajoute-t-elle.
Le baptême de Jean Eudes a lieu dans l’église Notre-Dame de la Visitation à Ri, où il reviendra à plusieurs reprises au cours de sa vie.
Jean Eudes considérait sa naissance comme une intervention divine dans la vie de ses parents. Baptisé deux jours après sa naissance, il verra plus tard dans cet événement un signe de la protection de Marie, dans la lignée de la dévotion mariale qui caractérisera toute sa spiritualité. Pour lui, le baptême n’était pas un simple rite d’initiation, mais une « génération ineffable » et une « naissance merveilleuse » qui fait du baptisé un membre vivant du Corps du Christ, animé par le Saint-Esprit. Jean Eudes décrivait l’Esprit comme « l’Esprit de notre esprit, le cœur de notre cœur, l’âme de notre âme, pour demeurer toujours avec nous et en nous », soulignant ainsi une intimité trinitaire vécue au quotidien.
Ainsi, Ri n’est pas seulement un lieu de naissance géographique, mais le point de départ d’une spiritualité baptismale dans laquelle le Saint-Esprit, à l’image de son action en Marie, forme le Christ dans le croyant et oriente toute sa vie vers Dieu.
Caen et la mission itinérante
Après avoir passé la nuit en prière à Notre-Dame de la Délivrande à Douvres-la-Délivrande, située à 14 kilomètres de Caen, Jean Eudes arrive dans la ville de Caen avec cinq compagnons le 25 mars 1643, jour de l’Annonciation, avec un objectif clair : fonder la Congrégation de Jésus et de Marie et créer le premier séminaire de Normandie. C’est ainsi que débuta son ministère en Normandie, entre fondations, épreuves et persévérance dans la foi. Et ce, malgré la fermeture du séminaire imposée par l’évêque de Bayeux en 1650 : « une décision qui a sans doute causé une grande tristesse à Jean Eudes », raconte sœur Denise Deschamps. Mais « il nourrissait une confiance inébranlable dans la volonté de Dieu ». Ainsi, avec la réouverture du séminaire en mai 1653, il y voit une confirmation divine de la vocation des pères eudistes.
Les populations rurales et pauvres, souvent négligées par le clergé de l'époque, étaient au cœur de la mission de Jean Eudes. Accompagné d'un groupe de prêtres, Eudes partait vers différentes villes de Normandie (Caen, Rouen, Coutances, Évreux), de Bretagne (Rennes) et de la région de Nantes. Il prêchait avec simplicité, organisait des cours pour les enfants et les adultes et passait des heures aux côtés des prêtres à confesser les fidèles afin d'encourager une véritable conversion et une réconciliation avec leurs ennemis. Ses missions duraient des semaines, voire des mois. S’il revenait parfois à Caen, c’était pour former les séminaristes et rédiger ses ouvrages fondamentaux, « Le Cœur admirable » et le « Mémorial de la vie ecclésiastique ».
Comme le rappellent les Eudistes et les sœurs de Notre-Dame de la Charité du Bon Pasteur (à l’époque, les Sœurs de Notre-Dame de la Charité), l’oratoire actuel se dresse à l’endroit même où se trouvait la chambre dans laquelle Jean Eudes vécut pendant près de quarante ans et où il mourut en 1680. « Pour lui – se souvient Sœur Madeleine Giugue, qui, avec Sœur Denise, Sœur Nathalie et les pères Eudistes de Caen, veille sur le patrimoine de cette maison reconquise au fil des ans –, la charité est de tous les instants et constitue la règle des règles. »
C’est précisément la charité qui a été la source du zèle missionnaire qui l’a conduit à vouloir servir au quotidien les femmes abandonnées et sans soutien en fondant les Sœurs de Notre-Dame de la Charité.
Ces dernières années, les « missions de rue » se sont diversifiées en France. Les jeunes (Anuncio Mission, Aïn Karem, Compagnie des Laveurs de pieds…) vont témoigner de leur foi auprès des passants et des touristes, en proposant des prières, en distribuant des tracts et en cherchant à établir des contacts personnels, tout en apportant leur soutien aux missions locales.
Récemment, certaines paroisses et nouvelles communautés (comme, par exemple, Chemin Neuf) organisent également, de temps à autre, des initiatives d’évangélisation de rue. (Agence Fides 16//8/2026)