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par Cosimo Graziani
Brasilia/Buenos Aires (Agence Fides) - Ces derniers jours, une crise diplomatique a marqué les relations entre l’Argentine et le Brésil.
Tout a commencé lorsque le président argentin Javier Milei a qualifié son homologue brésilien Luiz Inácio Lula da Silva de « voleur » et de « condamné » lors d’une interview télévisée. Ces propos ont déclenché la réaction du gouvernement brésilien, qui a immédiatement rappelé son ambassadeur à Buenos Aires, ne laissant comme représentant du pays dans la capitale argentine qu’un chargé d’affaires.
Cette crise s’inscrit dans le contexte de la campagne électorale pour les élections présidentielles brésiliennes qui se tiendront l’année prochaine. Ces dernières semaines, Milei a assisté au lancement de la campagne de Flavio Bolsonaro, fils de l’ancien président Jair, actuellement incarcéré pour tentative de coup d’État à la suite de l’assaut contre le bâtiment du Congrès en janvier 2023. Flavio Bolsonaro se présentera à la présidence contre Lula, dans ce qui s’annonce comme une élection polarisante pour ce géant sud-américain.
Lula a qualifié les propos de Milei d’« ingérence étrangère » et a défendu cette décision diplomatique en affirmant que le Brésil devait être « traité avec respect ».
Cette crise diplomatique s’inscrit dans le cadre d’un affrontement plus large qui se déroule actuellement en Amérique du Sud et dans tout l’hémisphère occidental. Le Brésil reste en effet, avec le Mexique, le dernier grand pays d’Amérique latine dirigé par un gouvernement de gauche. Ces dernières années, l’Amérique du Sud et l’Amérique centrale ont en effet connu une succession de victoires des partis de droite ou de centre-droit. Le Brésil fait figure d’exception à cet égard, car en 2023, un représentant de gauche est revenu au pouvoir, précisément l’année où Milei a prêté serment en tant que président. Alors que le pays s’apprête à entrer dans une nouvelle campagne électorale, la victoire de l’un ou l’autre candidat pourrait non seulement modifier la position politique de Brasilia, mais aussi consolider – ou non – une tendance amorcée il y a plusieurs années. L’enjeu n’est pas seulement le gouvernement du Brésil, mais aussi le positionnement politique de tout un continent.
Les conséquences géopolitiques seraient énormes, à commencer par un alignement total sur les États-Unis. Milei et Lula représentent en effet les deux extrêmes du spectre en matière de politique internationale. Alors que le premier s'aligne sur de nombreux sujets internationaux avec le président américain, partageant même avec Donald Trump ses critiques à l'égard d'organisations internationales telles que les Nations unies, le second mène depuis des années une politique fondée sur le multilatéralisme, dans laquelle les organisations internationales jouent un rôle fondamental dans les relations entre États.
Un continent tout entier aligné sur les États-Unis de Trump renforcerait, sur le plan international, cette première vision politique, facilitant ainsi l’application du « corollaire Trump » de la doctrine Monroe dans l’hémisphère occidental.
Sans oublier les différences économiques. Ces dernières années, l’Argentine s’est rapprochée des États-Unis, notamment en matière d’investissements dans des secteurs clés tels que l’intelligence artificielle. Les contacts entre le gouvernement de Buenos Aires et les grandes entreprises américaines du secteur, qui connaissent un âge d’or sous la présidence de Trump, sont nombreux. L’Argentine vient d’adopter une législation favorable à ces entreprises, fondée sur la déréglementation, tandis qu’à Brasilia, les investissements réalisés portent tous la marque de l’État. Si Flavio Bolsonaro remportait les élections de l’année prochaine, il est possible que ce type de politiques soit également adopté au Brésil, ouvrant ainsi un immense nouveau marché aux entreprises américaines. (Agence Fides 15/8/2026)