Juba (Agence Fides) - Le Soudan du Sud est le plus jeune État du monde. C’est aussi l’un des États dont l’histoire est la plus tourmentée.
On célèbre ces jours-ci le quinzième anniversaire de son indépendance, obtenue en 2011 à l’issue d’un référendum. Il s’agissait d’une étape décisive : le mouvement pour l’indépendance vis-à-vis du Soudan avait débuté dans les années 1950 et ce n’est qu’en 2005 qu’un accord fut conclu entre le président soudanais Omar el-Béchir et John Garang, chef de l’Armée populaire de libération du Soudan. À l’origine de ce conflit se trouvaient des divergences religieuses, mais pas seulement : le Soudan était à majorité musulmane, tandis que le Soudan du Sud était à majorité chrétienne, et dans le sud, on reprochait aux dirigeants nationaux de vouloir imposer la culture et la langue arabes également dans la partie méridionale du pays. Après des décennies de guerre, lors du référendum, 99 % des participants ont voté en faveur de la sécession de Khartoum. Il semblait qu’un nouveau chapitre allait s’ouvrir, mais les perspectives de paix dans le pays ont été de courte durée.
Dès 2013, la situation s’est aggravée : en juillet de cette année-là, le président Salva Kiir, dans le but de consolider son pouvoir, a démis de ses fonctions le vice-président Riek Machar. Cinq mois plus tard, un conflit armé éclata entre les factions des deux hommes politiques, qui s’opposaient selon des lignes ethniques : d’un côté les Dinka, dont fait partie Kiir, de l’autre les Nuer, dont fait partie Machar. La situation sembla s’apaiser grâce à un accord de paix signé en 2015, qui permit à Machar de revenir dans le pays après deux ans d’exil. Cet accord n’a toutefois duré que très peu de temps et de nouvelles négociations ont dû être engagées entre les deux factions. Les négociations ont abouti à une série de cessez-le-feu entre 2017 et 2018, tous violés par les parties. Finalement, en 2018, un accord de paix a été conclu, grâce à la médiation de l’Ouganda, sollicitée par Kiir.
L’accord prévoyait la formation d’un gouvernement d’union nationale et l’organisation de nouvelles élections. Le problème est que, dans les deux cas, les échéances ont été repoussées de plusieurs années. Le gouvernement d’union nationale n’a été mis en place qu’en 2020 après deux reports, tandis que les élections devraient se tenir à la fin de cette année, alors qu’elles étaient initialement prévues en 2023. La situation s’est à nouveau détériorée en 2025, lorsque la guerre civile a repris et que le vice-président Machar a été assigné à résidence. Comme le souligne le Council of Foreign Relations, l’arrestation de Machar a pratiquement mis fin aux accords de 2018.
À l'heure actuelle, les violences se concentrent dans l'État de Jonglei, dans l'État de Warrap et dans le Haut-Nil. Ces violences sont le fait des deux factions, elles-mêmes divisées en divers groupes armés reflétant la diversité ethnique du pays. Le 1er juillet, l'Assemblée nationale de transition a voté des amendements prévoyant la suppression de l'obligation d'élaborer une constitution définitive avant les élections. Cette décision peut être interprétée comme une tentative de Kiir de renforcer encore davantage son emprise sur le pouvoir, décision qui ne fera qu’attiser le conflit entre les deux factions militaires. Si cette situation devait perdurer, avec un affrontement politico-militaire qui ne semble pas trouver de solution, on peut se demander comment les élections prévues pour la fin de l’année pourront être organisées et, le cas échéant, quels résultats elles pourraient donner.
Selon certains analystes, le conflit civil au Soudan du Sud serait également alimenté par le conflit qui déchire le Soudan. En particulier, les flux transnationaux de pétrole, extrait au Soudan du Sud et raffiné au Soudan, contribueraient à cette contagion. Pour le Soudan du Sud, les principales recettes économiques proviennent de l'extraction, tandis que pour le Soudan, elles proviennent du transit. Tant que les conflits civils respectifs se poursuivront, ces deux aspects resteront au cœur des affrontements entre les milices impliquées, aggravant encore les crises économiques et humanitaires des deux pays.
La crise humanitaire au Soudan du Sud, qui n’est surpassée que par celle du Soudan, est alimentée par la guerre mais aussi par le changement climatique. Selon les données du Bureau des affaires humanitaires des Nations unies (OCHA), en 2026, les deux tiers de la population, soit environ dix millions d’habitants, auront besoin d’une aide humanitaire. Parmi les problèmes à résoudre figure celui de l’urgence alimentaire, qui, selon l’OCHA, devrait s’aggraver d’ici la fin de l’année : le risque est que le nombre de personnes en situation d’insécurité alimentaire aiguë augmente par rapport aux huit millions actuels. (CG) (Agence Fides 17/7/2026)