par Père Jolly Vadakken*
Koweït (Agence Fides) - J'ai reçu la lettre de ma nomination en tant que Visiteur Apostolique pour les fidèles syro-malabars de la péninsule arabique de la part de la Secrétairerie d'État, et elle m'a été transmise par l'intermédiaire de Mgr Raphael Thattil, Archevêque majeur d'Ernakulam-Angamaly des Syro-Malabars. La nomination officielle avait été annoncée publiquement le 18 novembre 2025 dans l’éparchie d’Irinjalakuda et sur le mont Saint-Thomas à Kakkanad (où se trouve la Curie de l’archevêque majeur, ndlr).
Appelé à exercer mon ministère en étroite communion et collaboration avec les Vicaires apostoliques de l'Arabie du Nord, Mgr Aldo Berardi, OO.SS.T., et de l'Arabie du Sud, Mgr Paolo Martinelli, OFM Cap., j'examine la situation pastorale, je recherche des solutions concrètes pour le bien des fidèles et j'informe régulièrement le Siège apostolique de l'évolution de la mission. Mgr Berardi et Mgr Martinelli ont tous deux accueilli ma nomination avec joie et, lors d’une rencontre conjointe à la co-cathédrale du Koweït, le 21 décembre 2025, nous avons discuté de manière fructueuse de la mission qui m’a été confiée. Le même jour, nous avons également rencontré le Nonce Apostolique au Koweït, Mgr Eugene Martin Nugent. C’est à partir de ce moment que j’ai commencé ma mission dans la péninsule arabique.
Les fidèles syro-malabars du Golfe
L'histoire de la communauté catholique syro-malabare dans la péninsule arabique est indissociable de la transformation économique de la région. À la suite de la découverte du pétrole, une deuxième vague de christianisme a commencé à se répandre dans les sables du désert, non pas par le biais des missions traditionnelles, mais grâce aux mains et aux cœurs d'une main-d'œuvre migrante.
Parmi ces pionniers figuraient les catholiques syro-malabars. Bien que leur présence fût encore modeste dans les années 1970, elle s’est transformée en une communauté dynamique dans les années 1990. Au départ, leur pastorale était assurée par les Vicariats apostoliques de rite latin déjà existants. Cependant, étant une communauté profondément enracinée dans d’anciennes pratiques spirituelles centrées sur la paroisse et la famille, ces fidèles ont naturellement commencé à rechercher leurs propres expressions liturgiques.
Une préoccupation pastorale grandissante s'est fait jour : séparées de leur Église mère, de nombreuses familles et enfants syro-malabars étaient éduqués exclusivement selon le rite latin, s'éloignant ainsi de leur héritage oriental particulier. Ce vide culturel et liturgique a également ouvert la voie à diverses sectes, conduisant certains à s'éloigner de leurs racines catholiques pour se rapprocher de confessions protestantes.
Les fidèles syro-malabars au Koweït
Lorsque le Koweït a été envahi par l'Irak en 1991, le déclenchement soudain de la guerre a contraint d'innombrables familles de migrants à retourner dans leur pays d'origine. Ce déracinement a conduit à une douloureuse prise de conscience : beaucoup se sont retrouvés étrangers à leur Église mère. Ayant passé des années à l'étranger, la jeune génération n'était pas familiarisée avec les rituels et les prières syro-malabars. Malgré l'affirmation du Concile Vatican II sur l'importance du retour à ses racines spirituelles, les fidèles du Golfe découvrirent que, dans la pratique, préserver leur patrimoine rituel était un défi et une tâche ardue, face aux pressions de la migration et de la guerre.
Avec le début de la reconstruction de la région après 1993, une nouvelle vague migratoire s'est produite. L'essor économique de Dubaï et la reconstruction du Koweït ont attiré un nombre encore plus important de catholiques syro-malabars. Déterminés à préserver leur patrimoine et à protéger la communauté contre le prosélytisme, les fidèles ont franchi une étape historique vers l'auto-organisation. Les associations laïques ont été enregistrées auprès des ambassades indiennes respectives en tant que mouvements culturels, afin de garantir la protection juridique de leurs activités. Le 1er décembre 1995, la SMCA Koweït a été fondée en tant que première association laïque officielle, un modèle qui a rapidement été imité par des mouvements similaires au Qatar, à Bahreïn, en Arabie saoudite, aux Émirats arabes unis et à Oman. Ces associations sont devenues le cœur battant de la communauté. Elles sont devenues les principaux instruments permettant d’instaurer un dialogue continu et respectueux avec les évêques du Vicariat latin afin d’assurer la pastorale dans le rite syro-malabar ; de mettre en place des programmes visant à former les jeunes à leur riche patrimoine spirituel, en veillant à ce que l’héritage culturel et liturgique soit transmis à la génération suivante. Elles ont également permis de créer un solide réseau de soutien pour venir en aide aux personnes dans le besoin au sein de la communauté des migrants. Grâce à la résilience de ces mouvements laïcs, les fidèles syro-malabars du Golfe sont passés du statut de main-d’œuvre dispersée à celui d’une communauté florissante et organisée, fermement ancrée dans sa foi ancestrale tout en s’engageant dans le développement moderne des nations qui les accueillent.
Statistiques sur les fidèles syro-malabars au Koweït
Population totale : 4,3 millions
Population indienne totale au Koweït : 0,85 million (20 %)
Population catholique totale : 400 000 (9 %)
Catholiques syro-malabars : environ 40 000 (10 % des catholiques)
4 paroisses au Koweït
1. Concathédrale de la Sainte Famille, Koweït
2. Paroisse Notre-Dame d'Arabie, Ahmadi, Koweït
3. Paroisse Sainte-Thérèse de l'Enfant-Jésus, Salmiya, Koweït
4. Paroisse Saint-Daniel Comboni, Abbasiya, Koweït
Dans les quatre paroisses, le cœur battant de la communauté syro-malabare reste plein de vie. Cependant, la croissance spirituelle se heurte à d’importants défis matériels et logistiques. À Abbasiya, la taille de notre communauté est impressionnante, avec 2 460 enfants inscrits au catéchisme. Toutefois, cette bénédiction s’accompagne de sérieuses contraintes. En raison du manque de salles de classe, les enfants doivent être répartis en quatre groupes distincts. L'espace disponible au sous-sol est depuis longtemps insuffisant pour nos célébrations liturgiques et nos activités communautaires ; plus récemment, la situation est devenue critique car les autorités compétentes ont complètement fermé le sous-sol d'Abbasiya. Une difficulté similaire se pose à Salmiya, où nous dépendons d’espaces loués au sous-sol pour célébrer notre liturgie sacrée et assurer la formation religieuse de nos jeunes. Bien que nous soyons pleinement conscients des formalités juridiques et administratives complexes en jeu, le besoin d’infrastructures adéquates, d’un espace de culte plus vaste et d’un parking fonctionnel est devenu une nécessité urgente. Un très beau signe distinctif de notre identité syro-malabare est l’unité familiale. Ces petites communautés ecclésiales domestiques, composées de 30 à 40 familles, se réunissent chaque mois chez l’un ou l’autre pour partager la Parole de Dieu et jouir de la communion chrétienne.
L'église syro-malabare Saint-Thomas à Doha (Qatar)
L'église syro-malabare Saint-Thomas de Doha occupe une place d'honneur unique, car elle est la seule église de la péninsule arabique à posséder une identité syro-malabare distincte et indépendante. Plus qu'un simple édifice, elle fait office de véritable foyer spirituel, offrant un accompagnement liturgique, pastoral et social aux fidèles syro-malabars du Qatar. L'église a été solennellement consacrée le 22 mai 2009 par le cardinal Varkey Vithayathil, alors archevêque majeur de l'Église syro-malabare. La vie spirituelle de la paroisse est dynamique, avec trois messes célébrées quotidiennement et cinq le vendredi pour accueillir la nombreuse communauté. La formation à la foi est une mission prioritaire. Actuellement, 2 544 élèves, de la première à la douzième classe, suivent les cours de catéchisme du vendredi. Une équipe dévouée de plus de 180 enseignants se charge de la formation spirituelle et doctrinale. La paroisse est animée par de nombreuses organisations et mouvements apostoliques ; en outre, 28 groupes familiaux actifs se réunissent chaque mois au sein de l'église, favorisant un profond sentiment de fraternité et entretenant l'esprit communautaire de la paroisse.
Statistiques sur les fidèles syro-malabars à Doha
Population totale du Qatar : 2,7 millions
Population indienne totale : 0,7 million (environ 26 %)
Population catholique totale : 350 000 (environ 13 %)
Catholiques syro-malabars : 35 000 (environ 10 % de la population catholique)
Membres enregistrés : 17 900
Nombre de familles : 3 500
Nombre de célibataires : 7 000
Nombre total d'élèves au catéchisme : 2 544
Les Siro-Malabars au Royaume de Bahreïn
Le Royaume de Bahreïn, historiquement connu sous le nom de « Terre des deux mers », est un élégant archipel qui sert depuis longtemps de carrefour culturel et commercial. Depuis les années 1950, Bahreïn accueille une main-d'œuvre internationale diversifiée, mais c'est le boom pétrolier du début des années 1970 qui a catalysé la migration de la communauté catholique du Kerala. À la recherche de nouvelles sources de revenus, ces fidèles ont apporté avec eux un riche héritage spirituel qui continue de s'épanouir aujourd'hui encore.
Les racines de la foi catholique au Bahreïn sont profondes. Dès 1939, la famille régnante a accordé l’autorisation de construire la première église. Sous la direction de l’évêque Tirinanzi et du frère capucin Père Luigi, l’église du Sacré-Cœur a été fondée à Manama. Aujourd’hui, le paysage spirituel s’est considérablement élargi. La majestueuse cathédrale Notre-Dame d’Arabie à Awali sert désormais de siège au vicariat ; consacrée par le cardinal Luis Antonio Tagle, pro-préfet du Dicastère pour l’Évangélisation, section pour la première évangélisation et les nouvelles Églises particulières, elle abrite également la mission BAPCO d’Awali. La présence catholique à Bahreïn est un élément vital et dynamique du tissu national.
Statistiques sur les fidèles syro-malabars au Royaume de Bahreïn
Population totale : 1,47 million
Population indienne totale : 0,33 million
Population catholique totale : 80 000 (5 %)
Catholiques syro-malabars : environ 20 000 (25 % de la population catholique)
Contrairement à d'autres régions du Golfe, la communauté catholique de Bahreïn se caractérise par un sens particulier de l'unité liturgique. Bien que la communauté malankare conserve ses propres célébrations distinctes, le reste des fidèles catholiques reste étroitement intégré. Le rite syro-malabar est célébré deux fois par semaine en malayalam tant à l'église du Sacré-Cœur qu'à la cathédrale d'Awali. Dans un esprit de coopération fraternelle, les cours de formation religieuse et de catéchisme sont dispensés conjointement avec des élèves d'autres traditions liturgiques. Actuellement, les activités communautaires se déroulent collectivement plutôt que d'être divisées par rite, reflétant une approche pastorale unifiée sous l'égide du vicariat latin.
Je suis profondément honoré et reconnaissant de la confiance que le Saint-Siège m'a témoignée en me nommant visiteur apostolique. Je remercie le pape Léon XIV, le secrétaire d’État, le cardinal Pietro Parolin, et tous les responsables de l’Église qui ont conduit à cette décision. Confiant en la divine providence, je m’engage à exercer mes responsabilités et mes devoirs avec intégrité, compassion et amour pour les fidèles syro-malabars de la péninsule arabique.
L'Église catholique de la péninsule arabique est désormais organisée en deux vicariats apostoliques latins, tous deux relevant directement du Dicastère pour l'évangélisation (Section pour la première évangélisation et les nouvelles Églises particulières). Auparavant, le vicariat apostolique d'Arabie (Émirats arabes unis, Oman, Bahreïn, Qatar et Arabie saoudite) et le vicariat apostolique du Koweït (Koweït uniquement) constituaient deux juridictions distinctes. Ces juridictions ont ensuite été réorganisées et renommées. Actuellement, le Vicariat apostolique d'Arabie du Sud (AVOSA) comprend les Émirats arabes unis, Oman et le Yémen, tandis que le Vicariat apostolique d'Arabie du Nord (AVONA) comprend le Koweït, le Qatar, Bahreïn et l'Arabie saoudite. Au cours des 20 dernières années, l'AVONA a assuré la formation, le catéchisme, les sacrements et les messes selon le rite malabar pour 17 prêtres syro-malabars. Nous sommes reconnaissants aux frères capucins, aux pères trinitaires et aux salésiens.
(Agence Fides 28/3/2026)
*Visiteur Apostolique auprès des catholiques syro-malabars de la péninsule arabique