Fashion Designing, GTBIMT College
par Paolo Affatato
Dhaka (Agence Fides) – « Le salaire ne suffit pas à couvrir les dépenses essentielles des familles : de nombreux travailleurs du secteur du textile et de l’habillement vivent dans des conditions très difficiles, bien qu’ils aient un emploi. Certains ne parviennent même pas à envoyer leurs enfants à l’école ». C’est ce que rapporte à l’Agence Fides Mgr Subroto Boniface Gomes, évêque auxiliaire de l’archidiocèse de Dhaka, en commentant les manifestations qui secouent depuis plusieurs jours le secteur textile au Bangladesh. Des milliers d’ouvriers réclament une augmentation du salaire minimum mensuel, jugé désormais insuffisant pour faire face au coût de la vie. Cette mobilisation remet au centre de l’attention les conditions de vie de millions de travailleurs qui font vivre l’un des secteurs les plus importants de l’économie du pays.
Les manifestations, qui ont débuté le 1er novembre, se sont étendues aux principales zones industrielles situées autour de la capitale, Dacca, notamment à Gazipur, Savar, Ashulia et Mirpur. Des milliers de travailleurs se sont mis en grève et ont bloqué les routes et les axes de circulation, provoquant des interruptions de la production. À plusieurs reprises, des affrontements ont eu lieu avec les forces de l'ordre, qui ont utilisé des gaz lacrymogènes et des grenades assourdissantes pour disperser les manifestants. On a dénombré des blessés, des arrestations ainsi que des dégâts causés à des véhicules et à des usines. Selon les organisations professionnelles, en une seule journée, près de 700 usines ont suspendu leurs activités ou déclaré une journée de fermeture.
Les travailleurs réclament que le salaire minimum mensuel passe de 12 500 takas actuellement à 30 000 takas, soit plus du double. Le montant actuel avait été fixé en novembre 2023 et était entré en vigueur le 1er décembre de la même année. Cette demande de révision s’explique par la hausse des prix des denrées alimentaires, des loyers, des transports et des services de santé. L’inflation annuelle au Bangladesh a atteint 8,34 % en septembre 2026, selon les données de l’Office national des statistiques.
Le gouvernement a annoncé la création d’une commission de six membres chargée de revoir la structure salariale du secteur textile. Cette initiative n’a toutefois pas, jusqu’à présent, mis fin aux manifestations dans ce secteur crucial pour l’ensemble du pays : l’industrie de l’habillement emploie environ quatre millions de personnes, en majorité des femmes, et génère plus de 80 % des recettes d’exportation du Bangladesh, qui est le deuxième exportateur mondial de vêtements après la Chine.
« Il existe un phénomène d’exploitation des travailleurs. Le salaire minimum actuel est l’un des plus bas du secteur à l’échelle internationale, alors que le textile représente un secteur crucial pour l’économie nationale », observe Mgr Gomes. L’Évêque souligne l’écart entre le salaire légal et le coût réel de la vie : selon l’ONG « Global Living Wage Coalition », le salaire décent estimé pour une famille à Dacca s’élève à environ 30 000 takas par mois, un chiffre calculé en tenant compte des dépenses nécessaires à une famille pour vivre dignement, et non d’un simple seuil de subsistance. « Les travailleurs affirment que leur salaire ne suffit pas à couvrir les dépenses familiales de base : loyer, alimentation, santé et éducation. Dans ces conditions, même envoyer ses enfants à l’école devient difficile », explique Mgr Subroto à Fides.
Mgr Gomes rappelle les manifestations et les demandes de réforme qui ont suivi l’effondrement du Rana Plaza, l’immeuble qui abritait plusieurs usines textiles, survenu le 24 avril 2013 à Savar et qui a coûté la vie à plus d’un millier de personnes. Après cette tragédie, des contrôles et des normes plus rigoureux ont été mis en place pour la sécurité des bâtiments et des lieux de travail : « En dix ans, des progrès ont été réalisés en matière de sécurité, mais la question salariale reste structurelle », observe-t-il.
L'Évêque établit également un lien entre la situation des travailleurs bangladais et les dynamiques internationales de la « fast fashion », ce modèle commercial fondé sur la production accélérée de collections à bas prix et sur un renouvellement constant des produits : « Les pressions exercées par les marchés occidentaux et les grandes marques pour obtenir des prix toujours plus bas se répercutent sur l'ensemble de la chaîne d'approvisionnement. Le risque d’exploitation est particulièrement élevé aux échelons les plus bas de la production, notamment en raison du système de sous-traitance ».
La question ne concerne donc pas uniquement les relations entre les travailleurs, les entreprises et le gouvernement du Bangladesh : « Les manifestations, souligne-t-il, ne sont pas seulement une affaire interne au pays : elles sont le résultat d’un système mondial dans lequel les grandes marques de mode bénéficient de coûts de production très bas, tandis que ceux qui fabriquent concrètement les produits ont du mal à vivre de leur salaire ».
L’Évêque rappelle donc également la responsabilité des consommateurs et de l’opinion publique internationale : « Les travailleurs demandent au gouvernement d’intervenir, mais un sursaut de conscience et de responsabilité de la part de l’opinion publique internationale est également nécessaire. Il faut que les marques paient des prix plus équitables à leurs fournisseurs, afin que ceux-ci puissent garantir des salaires décents aux travailleurs ».
La mobilisation de ces derniers jours met en lumière une contradiction : un secteur qui assure au Bangladesh un rôle de premier plan dans le commerce mondial de l’habillement continue de reposer sur le travail de millions de personnes qui ne parviennent pas à subvenir aux besoins essentiels de leurs familles. Dans ce contexte, même s’il n’y a pas beaucoup de travailleurs chrétiens dans le secteur textile, l’Église locale fait entendre sa voix pour défendre la dignité de chaque personne : « La dignité du travail et le droit à une rémunération adéquate ne sont pas seulement des questions économiques, mais concernent la justice sociale et la possibilité de construire une société plus humaine », conclut l’Évêque.
(Agence Fides 4/11/2026)