AFRIQUE/ÉTHIOPIE - C'est désormais la guerre entre l'Éthiopie et l'Érythrée, même si elle n'a pas été déclarée

mardi, 3 novembre 2026

Addis-Abeba (Agence Fides) – Le conflit interne éthiopien s’est désormais transformé en une guerre non déclarée entre l’Éthiopie et l’Érythrée.
Les combats se concentrent dans le Tigré, où de violents affrontements directs ont éclaté le long du front Egela-Tsorona entre les forces éthiopiennes et érythréennes. Les affrontements ont débuté le 30 octobre, lorsque des drones et l’artillerie éthiopiens ont bombardé les positions érythréennes près du village de Qolo-Berdo, et se sont poursuivis tout au long de la journée du 31 octobre.
Dans la matinée du dimanche 1er novembre, des unités d’infanterie des deux armées se sont affrontées lors de combats terrestres à courte distance. Dans le même temps, les forces du Tigré affirment avoir infligé de lourdes pertes aux troupes gouvernementales éthiopiennes lors des affrontements entre Ahferom et Bizet.
Addis-Abeba accuse l'armée d'Asmara d'être intervenue sur le territoire éthiopien pour soutenir les forces tigréennes du Front populaire de libération du Tigré (TPLF). Il s’agit d’un renversement des alliances : lors de la guerre de 2020, qui opposait l’armée éthiopienne (Ethiopian National Defense Forces, ENDF) au TPLF, les militaires érythréens combattaient aux côtés des forces éthiopiennes contre les forces tigréennes, qui sont aujourd’hui au contraire alliées à Asmara (voir Fides 14/10/2026).
L'intervention de l'armée érythréenne remonterait au 7 octobre, lorsque ses troupes ont franchi la frontière à Zelambesa, se dirigeant vers l'axe Adigrat-Idaga Hamus. Le gouvernement éthiopien accuse l'Égypte, le Soudan et d'autres puissances, sans toutefois les nommer, d'être à l'origine de l'intervention érythréenne.
Le Caire entretient un différend de longue date avec Addis-Abeba au sujet du Grand barrage de la Renaissance éthiopienne (GERD ; voir Fides 4/9/2025). Le Soudan, quant à lui, accuse l’Éthiopie d’héberger sur son territoire des bases pour les drones utilisés par les miliciens des Forces de soutien rapide (RSF), qui mènent des attaques contre le Soudan (voir Fides 5/5/2026). Khartoum a déposé une plainte officielle auprès du Conseil de sécurité des Nations unies, dans laquelle il affirme que, depuis février, 187 drones d'attaque auraient été lancés depuis le territoire éthiopien contre des infrastructures civiles et des centrales électriques soudanaises.
Le TPLF a rejoint l’Alliance des forces populaires éthiopiennes pour la survie (Ethiopian Peoples’ Forces Alliance for Survival, ou Alliance for Survival – ASF), qui vise à renverser le gouvernement fédéral et à mettre en place une administration de transition (voir Fides 23/9/2026). Cette alliance regroupe des formations issues de différentes régions du pays : du Tigré, au nord, aux milices Fano des Amharas, en passant par l’Armée de libération oromo et d’autres groupes armés.
Le conflit civil ne se limite donc pas au Tigré. À Wuchale et Ambassel, dans l’État régional d’Amhara, de violents combats ont opposé les militaires de l’ENDF à leurs anciens alliés des milices Fano.
La guerre civile revêt également une dimension d’affrontement entre régions. Depuis le 18 octobre, des combats prolongés opposent les forces des États régionaux de Somalie et d’Oromia, concentrés dans la ville de Moyale, à la frontière avec le Kenya. Ce dernier pays a accueilli plus de 50 000 Éthiopiens fuyant les combats.
Dans le même temps, le gouvernement russe s'est proposé de servir de médiateur entre l'Érythrée et l'Éthiopie, bien qu'il ait récemment renforcé l'armée de l'air d'Addis-Abeba en lui livrant 12 chasseurs-bombardiers Su-35. Moscou s’est également déclarée disposée à fournir quatre batteries antiaériennes et antimissiles S-400. Il s’agit de systèmes sophistiqués, conçus avant tout pour affronter des armées régulières et moins adaptés à un conflit de type irrégulier. (LM) (Agence Fides 3/11/2026)


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