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Singapour (Agence Fides) - Le gouvernement de Singapour a adopté un ensemble de mesures économiques incitatives visant à encourager les familles à avoir davantage d'enfants. Dans un pays qui affiche l'un des taux de fécondité les plus bas au monde (0,87 enfant par femme en 2025), la population vieillit rapidement. Lors du National Day Rally fin août 2026, le Premier ministre Lawrence Wong a présenté un nouveau dispositif d’aide plus généreux, baptisé « Child Support Package », dans le cadre duquel l’État versera, au total, près de 70 000 dollars singapouriens (55 000 dollars américains) sous forme d’aides directes pour chaque nouvel enfant, citoyen singapourien, de la naissance à l’âge de 17 ans. Parmi les éléments de ce dispositif, on compte 10 000 dollars versés en espèces à la naissance, 2 000 dollars par an de 1 à 16 ans (soit un total de 32 000 dollars), des versements sur un compte destiné aux dépenses liées aux enfants, ainsi que 10 000 dollars pour les études postsecondaires à l’âge de 17 ans. À cela s’ajoutent d’autres aides déjà existantes qui portent le total à environ 70 000 dollars singapouriens. Parmi les autres mesures associées, on trouve une réduction des frais de crèche, davantage de jours de congé parental, en particulier pour les familles nombreuses, ainsi que des aides et des abattements fiscaux pour l’achat d’un premier logement destinés aux familles avec enfants.
Cette mesure ne nécessite pas l'approbation du Parlement, puisqu'il s'agit d'une mesure d'exécution annoncée par le Premier ministre. Les allocations seront versées à partir d'avril 2027. Les nouveau-nés nés à partir du 1er avril 2027 bénéficieront de l'intégralité du nouveau dispositif, tandis que les enfants déjà bénéficiaires des anciennes allocations passeront automatiquement au nouveau système, avec les ajustements nécessaires. Le gouvernement a présenté cette mesure comme un « changement fondamental » visant à offrir un soutien ciblé dès la naissance et une aide continue tout au long des années de croissance de l’enfant, et s’inscrivant dans le cadre des efforts visant à donner aux familles « davantage confiance dans le fait d’avoir des enfants ».
Terence Ho, analyste à la « Lee Kuan Yew School of Public Policy », a salué l’inclusion des enfants de parents non mariés, soulignant l’approche plus inclusive de cette mesure, qu’il qualifie de « soutien à la vie naissante », indépendamment de l’état civil des parents.
Si cette mesure apporte une aide financière concrète aux familles, la question se pose toutefois en amont : un récent sondage YouGov montre qu’environ un Singapourien sur quatre déclare ouvertement ne pas vouloir avoir d’enfants, pour des raisons telles que le stress, le rythme de vie intense, la concurrence scolaire et professionnelle, ainsi que la difficulté à concilier carrière et vie de famille. Le gouvernement lui-même reconnaît que « la décision d’avoir des enfants est profondément personnelle », précise-t-il, mais l’objectif de ce dispositif est de faciliter la vie de ceux qui souhaitent déjà devenir parents.
Dans les messages et commentaires des membres du « National Council of Churches » de Singapour, on souligne que « l’argent seul ne suffit pas, face à des problèmes structurels tels que le rythme de travail intense, une culture d’entreprise peu favorable à la famille, le stress et des attentes éducatives extrêmement élevées ».
« Singapour est aujourd’hui confrontée à un déclin démographique après avoir mené, dès les années 1960, des politiques de planification familiale qui décourageaient la procréation », observe Joseph Masilamany, journaliste et analyste catholique chevronné basé en Malaisie, lors d’un entretien avec l’Agence Fides.
La campagne « Stop at Two » est devenue officielle et très intensive à partir de 1972 et est restée en vigueur jusqu’au milieu des années 80, avec des slogans caractéristiques : « Fille ou garçon, deux suffisent ». « Le système – se souvient Masilamany – reposait sur de fortes mesures incitatives et dissuasives, telles que l’augmentation des frais d’hospitalisation pour le troisième enfant et les suivants ; la réduction, voire la suppression, du congé maternité rémunéré après le deuxième enfant ; ainsi que des conditions moins favorables dans l’attribution des logements sociaux et des places scolaires pour les familles nombreuses. » L’avortement et la stérilisation ont été libéralisés et encouragés.
« Singapour – poursuit l’analyste – est désormais confrontée au problème inverse. Les mariages tardifs, les personnes qui choisissent de ne pas se marier du tout et les couples qui décident d’avoir peu d’enfants, voire aucun, deviennent des facteurs démographiques de plus en plus importants. Un nombre croissant de femmes font des études supérieures, se construisent une carrière et recherchent l’indépendance financière avant d’envisager le mariage et la maternité. Pour beaucoup, la maternité n’est plus une étape essentielle de la vie ».
« Singapour a remarquablement réussi à façonner les comportements de la population par le biais de lois, de réglementations et de campagnes », observe-t-il, « mais on ne peut pas gérer l’amour, le mariage et la parentalité comme un système où il suffirait d’appuyer sur un bouton pour obtenir des résultats ». « Un gouvernement peut offrir des primes à la naissance, des avantages fiscaux, des aides au logement et des aides à l’enfance : ces mesures peuvent réduire les coûts liés à la constitution et à l’entretien d’une famille, mais elles ne peuvent pas faire tomber les jeunes amoureux, les inciter à se marier plus tôt ou les pousser à vouloir des enfants : le gouvernement ne peut pas créer le désir de devenir parent. »
(PA) (Agence Fides 3/9/2026)