Johannesburg (Agence Fides) – « Notre pays n’est ni xénophobe ni raciste, mais les lois sur l’immigration doivent être respectées et il appartient uniquement à l’État, et à personne d’autre, de veiller à ce qu’elles le soient ». C'est ainsi que l'on peut résumer les idées exprimées par le président sud-africain Cyril Ramaphosa dans son discours à la nation du 7 juin, dans lequel il a présenté une approche globale de la gestion des migrations prévoyant de nouvelles restrictions pour les migrants en situation irrégulière. La mesure a été adoptée par le Conseil des ministres et approuvée par le Conseil de coordination présidentielle.
Ramaphosa a déclaré prendre acte des préoccupations des Sud-Africains concernant l'immigration clandestine, un problème exacerbé par les conditions économiques difficiles dans lesquelles vit la majeure partie de la population locale. « De nombreux Sud-Africains se posent des questions difficiles, mais légitimes », a déclaré le président. « Ils se demandent si nos frontières sont sûres. Ils s’inquiètent pour leurs emplois. Les Sud-Africains soulèvent ces questions parce qu’ils s’inquiètent de la pression exercée sur les services publics.
Ils s’inquiètent pour la sécurité et l’État de droit. » « Ces préoccupations sont réelles. Elles méritent d’être entendues. Elles méritent d’être prises en compte », reconnaît Ramaphosa. Au cours des derniers mois, des incidents violents ont été commis par des Sud-Africains à l’encontre d’immigrés. Une escalade de la violence qui avait été dénoncée par les Évêques sud-africains (voir Fides 21/5/2026) et qui a contraint plusieurs ressortissants d’autres pays africains à quitter l’Afrique du Sud (voir Fides 2/6/2026).
Ramaphosa souligne qu'il faut « reconnaître que l'immigration clandestine n'est pas la cause de toutes nos difficultés économiques » et que la solution aux problèmes sociaux et économiques du pays « doit passer par une croissance économique plus rapide, des investissements accrus, l'expansion industrielle, le développement des infrastructures et la création de millions de nouveaux emplois ».
Le président sud-africain réaffirme également que « la responsabilité de faire respecter les lois sur l'immigration incombe à l'État et à l'État seul », même s'il admet qu'« il y a eu des lacunes dans la gestion des flux migratoires ». Le durcissement de la lutte contre l'immigration clandestine prévoit : l'intensification des activités d'identification et d'expulsion des ressortissants étrangers sans papiers ; des sanctions pécuniaires et pénales pour les employeurs qui embauchent des travailleurs sans papiers ; le renforcement des contrôles aux frontières et l'éradication de la corruption dans le système d'immigration ; l'enregistrement biométrique de tous les résidents pour lutter contre l'usurpation d'identité. Des quotas sectoriels pour l'emploi de travailleurs étrangers seront également introduits dans le cadre d'une nouvelle politique migratoire, et une gestion des demandes d'asile à proximité des frontières sera mise en place.
Dans sa lettre pastorale intitulée « Do Not Turn Away the Stranger », datée du 9 juin, Mgr Sithembele Sipuka, Archevêque du Cap et président du Conseil sud-africain des Églises (SACC, qui regroupe les principales confessions chrétiennes, dont l’Église catholique), se félicite que le gouvernement ait pris conscience du problème et se soit engagé à agir. Dans cette lettre pastorale, il reprend plusieurs thèmes soulevés par le président Ramaphosa, notamment la reconnaissance du fait que la migration n’est pas la cause principale des difficultés économiques de l’Afrique du Sud. Mgr Sipuka soutient que les taux de chômage supérieurs à 40 % ne peuvent être attribués aux migrants, mais sont plutôt liés à des défaillances systémiques telles que la corruption, l’éducation insuffisante et les inégalités économiques. « Blâmer l’étranger, c’est laisser les véritables coupables échapper à toute responsabilité », affirme-t-il, ajoutant que « le crime n’a pas de nationalité ». « La réponse au crime, c’est la justice appliquée aux coupables, jamais la violence infligée aux innocents ».(LM) (Agence Fides 10/6/2026)