ASIE/PHILIPPINES - Quarante ans après la « révolution des chapelets », il est aujourd'hui urgent de mener « une révolution du cœur »

lundi, 23 février 2026

Edsa Archive

Manille (Agence Fides) – « Les Philippins sont confrontés à une nouvelle « fatigue morale » et aujourd'hui, quatre décennies après la révolution historique du pouvoir populaire de 1986, les citoyens sont appelés à « sauvegarder activement la liberté et la vérité » : a déclaré Mgr Gilbert Garcera, président de la Conférence épiscopale des Philippines (Cbcp), lors de la messe célébrée à l'occasion du 40e anniversaire de la « Révolution des chapelets », un événement qui a marqué l'histoire nationale. En février 1986, près de deux millions de personnes ont envahi l'avenue Epifanio de los Santos (EDSA) pour protester de manière pacifique et non violente contre l'oppression et la corruption du régime de Ferdinand Marcos père et demander le rétablissement de la démocratie.
La « fatigue morale », a souligné Mgr Garcera lors de l'Eucharistie célébrée au sanctuaire national de Marie Reine de la Paix à Quezon City, naît lorsque la liberté devient « seulement un souvenir, la foi devient une dévotion sans courage et la paix est recherchée sans justice ». Ainsi, « l'esprit de l'EDSA meurt lentement », a déclaré l'Archevêque. Le président de la CBCP a exhorté les Philippins à relever les défis du présent avec le même courage, la même responsabilité et la même conviction morale qui ont façonné la révolution du pouvoir populaire : « La liberté a un coût. La paix a un prix. La foi exige des responsabilités », a-t-il déclaré.
Dans ce contexte, l'Église reste « une voix prophétique, inconfortable, non silencieuse, mais fidèle », a-t-il observé, car « rester silencieux face à l'injustice est de la complicité, pas de la sainteté ».
Les paroles de Mgr Garcera faisaient écho au message diffusé par l'ensemble de la Conférence épiscopale à l'occasion du 40e anniversaire de l'EDSA, intitulé « Souvenez-vous des merveilles que le Seigneur a accomplies ».
« Du 22 au 25 février 1986, peut-on lire dans le texte des Évêques envoyé à Fides, nous avons vu comment les Philippins, avec courage mais pacifiquement, ont manifesté leur dégoût et leurs frustrations dans la rue. Le long tronçon de l'EDSA est devenu une vaste cathédrale à ciel ouvert de foi et de défi pacifique. Des millions de Philippins, venus de tout le pays, se sont rassemblés sous la protection de la Bienheureuse Vierge Marie et de son Fils, Jésus. En serrant et en priant le rosaire, en célébrant des messes, en chantant des hymnes, nous, en tant que peuple, nous nous sommes alignés côte à côte, affrontant les chars et les soldats avec rien d'autre qu'une foi inébranlable dans nos cœurs ».
« La dictature, rappelle le texte, n'est pas tombée par la violence, mais grâce à la persévérance silencieuse et à la force de la piété et de la foi collective qui réclamaient à grands cris la justice et un véritable changement ».
« Cet événement extraordinaire n'a pas été simplement une entreprise humaine. Il témoigne plutôt de la faveur de Dieu sur son peuple, qui l'a recherché dans les moments les plus sombres. La foi et l'amour pour la patrie nous ont unis. Nos prières ont été exaucées. Le « miracle de l'EDSA : le pouvoir du peuple » s'est réalisé ».
En célébrant le 40e anniversaire de cet événement, « nous sommes reconnaissants pour la grâce qui l'a rendu possible. Ce faisant, nous, Évêques, vous demandons d'assumer trois devoirs sacrés : vous souvenir, vous repentir, réagir, afin que nous puissions accueillir à nouveau l'esprit de ce miracle et nous conduire vers un avenir meilleur ».
Le premier devoir est de « se souvenir des héros anonymes » qui « ont montré le véritable pouvoir de la foi, capable de remodeler la société sans effusion de sang. Les prières se sont révélées plus fortes que les chars d'assaut. La foi a triomphé de la peur ».
En ce qui concerne le repentir, les Évêques exhortent le peuple à « prendre conscience d'avoir gaspillé le don de l'EDSA » par habitude. « Nous sommes revenus à nos anciennes habitudes et nous avons oublié nos frères et sœurs en difficulté. Nous n'avons pas réussi à assumer pleinement la responsabilité de la construction de la nation », ce qui s'est traduit par « une pauvreté persistante, une corruption enracinée, une confiance érodée, un sous-développement ».
Le troisième point, la réaction, doit être caractérisé « par le courage et l'amour, à travers un changement qui exige l'honnêteté ». « Ne nous lassons pas de rechercher et de soutenir la vérité et de rejeter les mensonges. La malhonnêteté recouvre nos blessures et notre pauvreté ». Le changement, réaffirment les Évêques, « naît de l'amour. L'amour est action. Sans amour, nous continuons à souffrir. Le changement exige une conversion personnelle. L'intégrité quotidienne est le sacrifice de faire le bien même quand personne ne nous regarde. Cela signifie tourner le dos aux mensonges et aux pratiques malhonnêtes ».
Le changement « nécessite une conversion collective », car « les institutions et les communautés doivent abandonner les vieilles habitudes qui perpétuent la corruption ».
Dans cette optique, les Évêques invitent à lutter ensemble contre l'impunité, à rester vigilants, à s'engager en soutenant « des dirigeants honnêtes et compétents, soucieux du bien commun » et à continuer « à éduquer à la bonne citoyenneté et à la gouvernance en vue des élections de 2028 ». « Tout cela, conclut le message, nécessite une révolution : une révolution du cœur ».
(PA) (Agence Fides 23/2/2026)


Partager: