Bamenda (Agence Fides) – Les peuples subissent les conséquences des guerres déclenchées par les puissants, et la religion ne doit pas être « instrumentalisée » pour déclencher des conflits. Tel est le message unanime lancé par le Pape Léon XIV, en compagnie des chefs religieux qu’il a rencontrés aujourd’hui, 16 avril, à Bamenda, capitale de la région anglophone du Cameroun, déchirée depuis 2017 par un conflit séparatiste.
« Chers frères, je suis ici pour annoncer la paix, mais je constate d’emblée que c’est vous qui l’annoncez à moi et au monde entier », a déclaré le Souverain Pontife en rencontrant les différentes communautés de Bamenda. « En effet, la crise qui a bouleversé ces régions du Cameroun a rapproché plus que jamais les communautés chrétiennes et musulmanes, à tel point que vos chefs religieux se sont unis et ont fondé un Mouvement pour la paix, à travers lequel ils tentent de servir de médiateurs entre les parties adverses », a-t-il souligné.
« Combien d’endroits sur terre voudrais-je que cela se passe ainsi ! Heureux les artisans de paix ! Malheur, en revanche, à ceux qui détournent les religions et le nom même de Dieu à leurs propres fins militaires, économiques et politiques, en traînant ce qui est saint dans ce qu’il y a de plus sordide et de plus ténébreux », a mis en garde le Pape Léon XIV.
« Ceux qui dépouillent votre terre de ses ressources investissent généralement une grande partie de leurs profits dans l'armement, dans une spirale de déstabilisation et de mort sans fin », dénonce le Souverain Pontife. « C’est un monde à l’envers, une perversion de la création de Dieu que toute conscience honnête doit dénoncer et rejeter, en choisissant ce demi-tour – la conversion – qui mène dans la direction opposée, sur la voie durable et riche de la fraternité humaine. Le monde est détruit par quelques dominateurs et maintenu debout par une myriade de frères et sœurs solidaires ! »
Une solidarité qui s'est manifestée dans les interventions de Fonki Samuel Forba, modérateur émérite de l'Église presbytérienne du Cameroun, et de l'imam Mohamad Abubakar de la mosquée centrale de Buea. Le premier a déclaré : « L'un des aspects positifs de cette crise qui a secoué nos régions du Cameroun est qu'elle a rapproché comme jamais auparavant les Églises chrétiennes et la religion musulmane. » « La persécution et la souffrance ne connaissent ni foi, ni race, ni langue, ni couleur », a-t-il souligné. « La personne qui souffre a besoin de réconfort, et l’être humain en guerre a besoin de paix, quelle que soit sa croyance ».
Comme l’a rappelé Léon XIV, les chefs religieux de la région se sont unis pour trouver une solution au conflit. « En raison des souffrances communes qu’ils ont endurées, les chefs religieux d’origine anglophone se sont unis et ont fondé un mouvement pour la paix grâce auquel nous avons tenté de servir de médiateurs pour favoriser la paix et le dialogue entre le gouvernement camerounais et les combattants séparatistes », a expliqué le modérateur Fonki Samuel Forba. « Sous la direction de l’Archevêque de Bamenda, Mgr Andrew Nkea, nous sommes allés rencontrer et avons discuté avec de nombreux dirigeants des mouvements séparatistes dans le pays et à l’étranger, et nous avons cherché à engager un dialogue avec les combattants séparatistes locaux sur le terrain, en les convainquant que la paix vaut mieux que la guerre et que la guerre ne peut jamais vraiment résoudre aucun conflit. »
Après avoir rappelé que des musulmans avaient eux aussi été tués et avaient subi des pertes matérielles à cause de la guerre, l’imam Abubakar a remercié Dieu « car cette crise n’a pas dégénéré en guerre de religion et nous continuons à essayer de nous aimer les uns les autres malgré nos religions différentes ». Le chef traditionnel suprême de Mankon, Fon Fru Asaah Angwafor IV, a rappelé le rôle des chefs traditionnels dans l’accueil des premiers missionnaires et a remercié l’Église catholique « pour le grand travail d’évangélisation accompli au cours des années passées et encore aujourd’hui, ainsi que pour les services sociaux que l’Église a offerts à notre peuple ».
Dans son allocution, l’Archevêque de Bamenda, Andrew Nkea, a rappelé les souffrances endurées par la population à cause du conflit : « Pendant près de quatre ans, nos enfants n’ont pas été autorisés à aller à l’école. Les enfants ont été utilisés comme appâts dans des luttes et à des fins politiques. De nombreux prêtres, religieux et même des Évêques de cette province ont été persécutés, battus, enlevés ou même tués dans ce conflit, et pourtant l’Église continue de porter le message évangélique comme une lumière d’espoir au milieu d’un peuple traumatisé. Cette crise a fait de nombreuses veuves, de nombreux orphelins et a laissé tant de personnes sans abri ». (LM) (Agence Fides 16/4/2026)