ASIE/BAHREÏN - Marie, mère, protectrice et compagne de millions de catholiques loin de leur terre d'origine : le Vicariat d'Arabie du Nord et la solennité de Notre-Dame d'Arabie

mardi, 13 janvier 2026

Avona

Awali (Agence Fides) - Le samedi (ou le dimanche) suivant le Baptême du Seigneur est célébré dans toute la péninsule arabique comme la solennité de Notre-Dame d'Arabie (OLA). Cette année, la célébration à Bahreïn a été présidée par le Vicaire Apostolique d'Arabie du Nord, Aldo Berardi, O.SS.T., le samedi 10 janvier dans la cathédrale d'Awali, avant de partir le lendemain pour le Koweït en attendant l'arrivée du Secrétaire d'État, le cardinal Pietro Parolin, pour la consécration de l'église Notre-Dame d'Ahmadi en basilique mineure du Vicariat (voir Fides 1/8/2025) qui comprend Bahreïn, le Koweït, le Qatar et l'Arabie saoudite. Mgr Berardi a également confirmé à l'Agence Fides que dans les autres églises du Vicariat, la solennité de l'OLA sera célébrée le samedi 17 janvier.

Voici l'histoire, tirée d'un écrit de la Confraternité de Saint Aréthas et Compagnons du Vicariat d'Arabie du Nord, dont le promoteur épiscopal et guide est le Vicaire Apostolique, des origines de cette dévotion et de la manière dont elle s'est développée et évoluée dans le Golfe.

La vénération de la Bienheureuse Vierge Marie sous des titres locaux ou nationaux est une caractéristique distinctive de la spiritualité catholique, qui reflète le lien intime entre Marie et les différents peuples du monde. Depuis les premiers siècles, les chrétiens ont invoqué la Mère de Dieu d'une manière qui témoigne de leur histoire, de leur culture et de leur expérience vécue. Ainsi, chaque pays - et souvent chaque ville ou région - possède un titre marial qui exprime la manière dont les fidèles perçoivent la présence maternelle de Marie parmi eux. Le pape François, par exemple, nourrissait une profonde dévotion pour Notre-Dame de Luján, patronne de son pays natal. Les catholiques japonais se tournent vers la Vierge de Tsuwano, qui symbolise la survie du christianisme au Japon à une époque où il était réprimé. L'Espagne possède une extraordinaire abondance de titres mariaux, de Notre-Dame de Montserrat à Notre-Dame du Pilar, chacun né de siècles de prière, de miracles et de dévotion populaire.

Dans cette vaste et colorée tapisserie d'affection mariale, le titre de Notre-Dame d'Arabie se distingue par sa résonance spirituelle unique. Contrairement à de nombreuses invocations mariales enracinées dans des cultures à majorité chrétienne ou dans des traditions séculaires, ce titre est apparu dans une région où le christianisme vit dans le silence, humblement et souvent sans signes extérieurs. Pourtant, au cœur même de la péninsule arabique, Marie a été accueillie comme mère, protectrice et compagne par des millions de catholiques loin de leur terre d'origine. Son titre exprime non seulement l'identité géographique, mais aussi la profonde confiance d'une Église qui vit en diaspora, trouvant en Elle une tendre gardienne qui veille sur ses enfants alors qu'ils naviguent dans la vie et dans la foi dans le Golfe.

Les origines de la dévotion à Notre-Dame d'Arabie remontent au milieu du XXe siècle, lorsque les Pères Carmélites Dépouillées, originaires d'Irak, sont arrivés au Koweït à la fin des années 1940 pour venir en aide à la communauté catholique grandissante. Parmi leurs priorités pastorales figurait la nourriture spirituelle d'un troupeau hétérogène : des travailleurs, des familles et des migrants qui aspiraient ardemment à un sentiment d'appartenance et à la protection divine dans un pays loin du leur. C'est dans ce contexte que les Carmélites ont introduit une image mariale, connue par la suite sous le nom de Notre-Dame d'Arabie, afin qu'elle serve de présence maternelle unificatrice pour les catholiques dispersés dans le Golfe.

L'image actuelle provient d'une statue de 1919 de Notre-Dame du Mont Carmel provenant de la basilique du monastère Stella Maris à Haïfa, en Israël. Une lithographie de cette image, apportée à Ahmadi, au Koweït, le 1er mai 1948, a été vénérée publiquement à partir de la fête de l'Immaculée Conception de la même année, grâce à l'engagement du père Teofano Ubaldo Stella, O.C.D., premier Préfet Apostolique puis Vicaire Apostolique du Koweït, chargé par le pape Pie XII.

En 1949, avec la dévotion croissante, la Légion de Marie commença à utiliser sa propre image de Notre-Dame des Miracles, poussant l'évêque Stella à commander une nouvelle statue en Italie. Sculptée dans du cèdre du Liban, la statue de la Vierge à l'Enfant fut apportée au pape Pie XII pour être bénie. Le 17 décembre 1949, à la veille de l'Année Sainte du Jubilé, le pape Pie XII bénit personnellement la statue nouvellement réalisée dans les palais du Vatican et fut photographié en train de prier devant elle : un geste extraordinaire qui marqua profondément le début de la dévotion. La statue fut transportée par avion au Koweït et accueillie avec joie le 6 janvier 1950 au sanctuaire d'Ahmadi, où elle devint rapidement le centre de la prière quotidienne.

Le pape Pie XII manifesta encore davantage son affection pour ce titre marial lorsqu'il fit don au sanctuaire d'Ahmadi, en 1956, d'un grand cierge décoré, choisi parmi ceux qui lui avaient été offerts lors de la célébration de la Chandeleur cette année-là. L'année suivante, répondant à la demande du nouveau Vicaire Apostolique du Koweït, Victor León Esteban San Miguel y Erce, le Saint-Père promulgua le décret Regnum Mariae, daté du 25 janvier 1957, déclarant officiellement Notre-Dame d'Arabie patronne principale du territoire et du Vicariat Apostolique du Koweït.

Le premier grand triomphe de cette dévotion eut lieu en 1960, à l'occasion du dixième anniversaire de l'arrivée de la statue au Koweït. En signe de gratitude pour les innombrables faveurs qui auraient été reçues par l'intercession de Marie, le Vicaire Apostolique du Koweït invita les fidèles à contribuer tout au long de l'année 1959 à la création d'une précieuse couronne en or. Réalisées avec le plus grand soin dans les moindres détails, pesant plus de deux livres d'or pur et ornées de diamants, de rubis et de perles du Golfe - dont une offerte personnellement par le Vicaire Apostolique - les couronnes furent envoyées à Rome et présentées au pape Saint Jean XXIII le 17 mars 1960. Par l'intermédiaire du secrétaire d'État, le cardinal Domenico Tardini, le pape délégua le cardinal Valerian Gracias, archevêque de Bombay, pour couronner la statue en son nom. Après une messe pontificale solennelle, le cardinal posa les couronnes d'or sur la tête de l'Enfant Jésus et de la Vierge Marie, scellant ainsi l'un des plus beaux chapitres de l'histoire initiale de cette dévotion.

À l'époque moderne, le défunt évêque Camillo Ballin, MCCJ, fervent dévot marial et pasteur visionnaire, a guidé un renouveau de l'identité mariale de l'Église dans le Golfe. Sous sa direction, la statue de Notre-Dame d'Arabie a été solennellement et canoniquement couronnée à Ahmadi en 2011, lors d'une cérémonie présidée par le cardinal Antonio Cañizares Llovera au nom du pape Benoît XVI. Le 5 janvier 2011, le pape Benoît XVI a approuvé le patronage de Notre-Dame d'Arabie en tant que patronne principale du golfe Arabique, tant pour le Vicariat Apostolique du Koweït que pour le Vicariat Apostolique d'Arabie, réorganisés par la suite en vicariat apostolique d'Arabie du Nord et vicariat apostolique d'Arabie du Sud. Mgr Ballin a également demandé au Saint-Siège de fixer la solennité de Notre-Dame d'Arabie au samedi suivant le baptême du Seigneur, avec l'autorisation pastorale de la célébrer le dimanche. Comme expression culminante de sa dévotion, il a lancé et dirigé la construction de la cathédrale Notre-Dame d'Arabie à Bahreïn, qui a été consacrée en 2021 par le cardinal Luis Antonio Tagle, alors Préfet de la Congrégation pour l'Évangélisation des Peuples et aujourd'hui Pro-Préfet du Dicastere pour l'Évangélisation, Section pour la première évangélisation et les nouvelles Églises particulières (voir Fides 9/12/2021).


Sur cette base, Mgr Berardi, successeur de Ballin, a réaffirmé la signification durable de cette présence mariale. En 2025, il a supervisé l'élévation du sanctuaire d'Ahmadi, où se trouve la statue originale vénérée, au rang de basilique mineure. Mgr Aldo fait remarquer que la présence ininterrompue d'une statue mariale pendant plus de 75 ans au cœur de la péninsule arabique est extraordinaire, compte tenu du contexte culturel et religieux de la région, où les images sacrées sont généralement limitées. Sa survie et sa vénération continue témoignent non seulement de la protection discrète mais puissante de Marie, mais aussi de la foi inébranlable d'une Église qui vit son témoignage dans le silence, l'humilité et une profonde dévotion.
Aujourd'hui, la dévotion à Notre-Dame d'Arabie continue de s'approfondir. Son image est un symbole d'unité pour la communauté catholique extraordinairement hétérogène du Golfe, un phare d'espérance pour les migrants et les travailleurs et un rappel que la Mère de Dieu accompagne ses enfants même dans les terres où l'expression chrétienne doit être vécue avec discrétion et humilité. Cette dévotion florissante - façonnée par les missionnaires, renforcée par la vision pastorale et sanctifiée par les prières de millions de personnes - reste un témoignage rayonnant du cœur marial vivant de l'Église dans la péninsule arabique.

(AP) (Agence Fides 13/1/2026)


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